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La Gioia : Pippo Delbono sème les graines de la joie

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L’une des figures les plus importantes de la scène théâtrale contemporaine, Pippo Delbono, était de passage au théâtre Molière de Sète avec « La Gioia », spectacle-conte lumineux sur la douleur de vivre.

« L’histoire d’un homme qui ne ressentait plus rien sinon sa douleur. » Comme les fleurs qui parsèment le plateau, la joie est fragile et éphémère. Surtout lorsqu’on se sent enfermé, fou, triste, mélancolique… Apprivoiser ces instants fugaces de bonheur, c’est ce à quoi Pippo Delbono va s’attacher. Les émotions, comme les saisons, ont un cycle, peuvent être violentes et nous laisser sur le carreau. Parfois s’installe la noirceur, et nous voilà prisonnier (ici littéralement) d’une cage, de barreaux de détresse et de solitude. Le spectacle va astucieusement et merveilleusement personnifier ces états d’âme au gré de numéros enchantés et enchanteurs : une danse macabre que l’on croirait sortie d’un conte d’Edward Gorey vaut à elle seule son pesant d’or !

Pippo Delbono s’installe en marge de la scène, en retrait de la vie, de sa vie, par honte. Il met des mots sur son mal-être et observe le ballet des émotions défiler devant lui. Il philosophe : « Aucune nuit n’est assez noire pour celui qui est désespéré. » Il poétise : « Dans ma vie je veux au moins vivre un jour de lion. » Il hurle : « Où est cette joie ? Où est-elle ? »

« L’hiver se transformera en printemps », pour sûr. Une amitié, un amour, vont passer par là. Vient la rencontre d’amis aussi étranges que cabossés et pourtant salvateurs : le clown triste, Bobò qui a passé 40 ans dans un asile, le réfugié qui a quitté la dictature… Des dizaines de bateaux de papier s’illuminent et sont coulés par des sacs poubelles remplis de vêtements, sur une mer « ensemencée de noyés ». Alternance de joies et de peines, toujours. Mais avant tout la beauté de la singularité et l’intérêt que l’on peut trouver, aussi, dans la bizarrerie poétique émergeant d’un monde aseptisé, dur.

Les compagnons excentriques échappés de chez Lewis Carroll entament des tableaux féériques et colorés. L’anormalité comme fureur de vivre. Dans la simplicité et l’originalité, souhaiter un non-anniversaire, tout bonnement. Les fleurs faneront avant de s’ouvrir à nouveau, c’est aussi le tragique (et la métaphore) de l’existence. Doit-on forcément trouver un sens ? La beauté n’est-elle pas aussi dans le mystère ?

Notre certitude à cet instant ? La Gioia est un spectacle aussi bouleversant que radieux.

La Gioia 
Conception : Pippo Delbono 
Avec : Dolly Albertin, Gianluca Ballarè, Bobò, Margherita Clemente, Pippo Delbono, Ilaria Distante, Simone Goggiano, Mario Intruglio, Nelson Lariccia, Gianni Parenti, Pepe Robledo, Zakria Safi, Grazia Spinella
Musique : Antoine Bataille, Pippo Delbono 
Régie générale : Gianluca Bolla 
Création lumières : Orlando Bolognesi 
Création costumes : Elena Giampaoli 
Direction technique : Fabio Sajiz 
Création son : Pietro Tirella 
Composition florale : Thierry Boutemy
Spectacle en italien, surtitré en français
Durée : 1h25

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