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Riccardo Frizza : « J’essaie de sculpter le langage d’un opéra autour des interprètes »

Il est l’un des chefs d’orchestre les plus importants de sa génération. Il est régulièrement invité dans les plus prestigieux théâtres du monde entier, parmi lesquelles figurent l’Opéra National de Paris ou l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Entre le 7 septembre et le 5 octobre prochain, Riccardo Frizza dirigera « I Puritani » de Vincenzo Bellini à l’Opéra Bastille (Paris). Putsch a pu le rencontrer quelques minutes avant la dernière répétition générale.

propos recueillis par

Quelles sont les particularités de cette représentation des I puritani que vous allez diriger ?

En tant qu’interprète de ce type de répertoire, je mise surtout sur la recherche de l’essence du style. Cette production a déjà été mise en scène par le même réalisateur, Laurent Pelly, C’est donc la première reprise avec des nouveaux interprètes. Lorsque les interprètes changent, tout change. Cela parce que ce type de musique possède une inclinaison à la transcendance. En d’autres termes, cette musique insiste particulièrement sur le côté pathétique du romantisme. Comme la plupart de ces libretti de 1800, les histoires tournent autour de thèmes tels que : la douleur provoquée par l’amour, la tragédie, les trahisons, les faux mariages…. Ce sont des histoires qui mettent en évidence la douleur que l’amour provoque à l’humanité. Personnellement j’essaie donc de sculpter le langage d’un opéra autour des interprètes.

Avez-vous participé à la réalisation de la scénographie ?

Non. Car, comme je disais, il s’agit d’une production qui a été déjà représentée ici. Je peux dire que j’ai  très bien travaillé avec Laurent Pelly, qui possède une très grande sensibilité. Sa notoriété est connue dans le monde entier, en particulier pour le genre comique. En ce sens, il a donné un aspect très élégant à cette partition et à cette histoire. La scénographie est caractérisée par une élégance très particulière. Elle gravite autour des interprètes.

 

« Je suis convaincu qu’en restant fidèle à la partition et aux volontés du compositeur, on peut toujours trouver quelque chose capable de nous connecter à ce qui se passe de nos jours »

 

Travailler à l’Opéra de Paris, qu’est ce que cela signifie pour vous ?

C’est le plus grand théâtre au monde. Ici on travaille très bien, en particulier grâce à une organisation interne particulièrement soignée. Le théâtre se met littéralement à disposition des artistes. Cela n’arrive pas dans beaucoup d’autres théâtres.

Avez-vous une responsabilité particulière en tant que directeur d’orchestre, compte tenu du fait que la première mise en scène de I Puritani a eu lieu à Paris en 1835 ?

Mon attitude ne change pas en raison du public. Je ne fais pas de différences entre le public européen, américain ou asiatique. Je suis un interprète et je cherche l’essence du message théâtrale.

Vincenzo Bellini était un méditerranéen à Paris. Y-a-t-il des traces de cela dans cette opéra ?

En effet, ce compositeur était un sicilien, ayant quitté sa terre pour la ville de Milan. A l’époque tous les compositeurs s’y donnaient rendez-vous car Milan, et son théâtre de La Scala, représentaient la scène culturelle nationale. Ensuite, Bellini s’est rendu à Paris afin d’obtenir sa consécration internationale. Paris était la scène de niveau mondial. Ici on venait pour se mesurer avec ses propres capacités car, à Paris il y avait un public plus cultivé et donc plus exigeant.

 

« Ce sont des histoires qui mettent en évidence la douleur que l’amour provoque à l’humanité »

 

Revenons  à I Puritani. Vous disiez que cette opéra touche des thèmes tels que l’amour et la folie? En particulier on parle d’un amour contrasté à cause de l’opposition de deux factions. A votre avis, y-a-t-il quelques chose d’actuel dans cette histoire ?

Oui. C’est toujours une histoire actuelle. Presque toutes les opéras du XIX siècle ont des facettes capables de se refléter à notre époque. Récemment, j’ai par exemple travaillé en Catalogne, sur une version de La Traviata, dans laquelle on posait l’accent sur le machisme et le féminisme. Cela parce que dans ce pays le taux des violences faites aux femmes est plus élevé que dans le reste d’Europe. L public vient au théâtre pour la musique mais il peut toujours trouver des liens avec ce qui se passe aujourd’hui.

Et vous, faites-vous des liens avec l’actualité quand vous travaillez sur un opéra ?

Il s’agit de deux dimensions différentes. Peut-être cette attitude, concerne plus les réalisateurs que les directeurs d’orchestre. Personnellement, je suis convaincu qu’en restant fidèle à la partition et aux volontés du compositeur, on peut toujours trouver quelque chose capable de nous connecter à ce qui se passe de nos jours. Cependant, je ne dois pas interpréter un opéra avec une clé moderne à tout prix, afin de permettre au public de retrouver quelque chose se rapprochant à sa réalité.

Quels sont vos projets après I puritani ?

Je vais diriger l’opéra Lucia di Lammermoor à Bilbao. Ensuite je vais diriger Lucrezia Borgia au Donizetti Festival de Bergame, dont je suis le directeur musical. Après je me rendrai à Chicago pour des concerts dédiés au « trois reines » de Gaetano Donizetti. Au mois de décembre je serai de retour à l’Opéra Garnier de Paris – toujours dans le cadre des 350 ans de cette institution – pour le concert de Il Pirata de Vincenzo Bellini.

 

(vidéo publié sur le compte YouTube de l’Opéra National de Paris)

 

 


« I puritani »
Opéra melodramma serio en trois parties
D’après J. F. Ancelot et J. X. Boniface dit Saintine, Têtes rondes et cavaliers – 1835

Musique : Vincenzo Bellini
Livret : Comte Carlo Pepoli
Direction musicale : Riccardo Frizza
Mise en scène : Laurent Pelly
Costumes : Laurent Pelly
Chef des Choeurs : José Luis Basso
Décors : Chantal Thomas
Lumières : Joël Adam

Opéra Bastille
7 septembre – 5 octobre 2019


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(crédit photo à la une : Riccardo Frizza – © Joan Tomás – Fidelio Artist)

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