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Agnès Thill : « Au sein de LREM, l’élargissement de la PMA est aussi une façon de pulvériser la droite »

La députée de l’Oise a été exclue de « La République En Marche », ainsi que de son groupe parlementaire parce qu’elle a exprimé des positions contraires à l’extension de la PMA aux couples de femmes. Pour Agnès Thill, son ex-parti affiche un intérêt de façade pour les droits des femmes mais, en réalité il poursuit une fin strictement politique: la « pulvérisation » de la droite.

propos recueillis par

Comment est-on arrivé à votre exclusion du parti de La République En Marche ?

Tout a commencé en mai 2018, lors de la présentation d’un projet de loi visant à élargir le recours à la PMA, aux couples de femmes. Celui qui portait ce projet de loi, Guillaume Chiche, définissait comme obscurantistes tous ceux qui s’y opposaient. Personnellement, j’ai manifesté ma contrariété. Puis nous sommes arrivés à l’introduction de l’ouverture de la PMA dans la révision de la loi bioéthique. Il est prévu que cette loi soit revue, tous les sept ans, s’il y a des avancées médicales.

Donc on répond à une exigence de mise à jour ?

Non. Parce qu’il n’y a pas eu d’évolutions, d’avancées scientifiques sur la PMA. Le but de la révision est donc d’élargir le recours à cette technique. C’est une demande sociétale, on veut une validation officielle d’un comportement privé. Je m’oppose à cela.

 

 » L’ouverture de la PMA à toutes les femmes ne répond pas à la nécessité de trouver un remède pour une pathologie. C’est la réponse à un désir »

 

Mais alors il ne s’agit pas d’un besoin de répondre à des changements sociétaux?

Il faut se poser ces questions : devons-nous assouvir tout désir ? L’ouverture de la PMA à toutes les femmes ne répond pas à la nécessité de trouver un remède pour une pathologie. C’est la réponse à un désir. On pourrait se demander si une société gouvernée par le désir incarne le progrès. L’homme est réduit à rien et la procréation équivaut à une technique.

Lettre d’exclusion de la Députée Agnès Thill signée par Gilles Le Gendre

 

Cependant dans d’autres pays, on pratique déjà cette technique pour les couples de femmes…

Mais nous ne sommes pas obligés de faire comme les autres, ou bien on perd notre liberté.

On pourrait vous rappeler que l’élargissement de la PMA était dans le programme électoral d’Emmanuel Macron…

Bien sûr, mais il y avait aussi la réduction de 120.000 fonctionnaires de l’administration publique, qui ne se fera pas. Et puis, nous n’avons jamais promis de faire naître des enfants sans pères. Je me demande si cela rentre dans le rôle d’un parlementaire de le faire. Je crois qu’on devrait appliquer le principe de précaution.

 

« Une minorité est en train d’imposer sa vision à une majorité. Cette minorité veut “normaliser” la société. Mais normaliser, ce n’est pas effacer les différences »

 

Alors à quelles demandes répond cette proposition de modification de la loi bioéthique ?

Ce n’est qu’une décision politique. Les droits des femmes ne comptent rien dans ce choix. Je crois que l’élargissement de la PMA est aussi une façon de pulvériser la droite.

Pourquoi ?

Parce que la décision d’introduire l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, a été prise après avoir vu les résultats des élections européennes. On aurait pu revenir sur ce projet de loi. Mais après avoir constaté que la droite avait obtenu seulement 8% des votes, on a décidé d’accélérer.

Qui, selon vous, a soutenu particulièrement la cause de votre exclusion du parti ?

Il y a eu dix-sept députés qui ont fait du chantage sous la pression d’associations. Je me rappelle seulement que ce parti se décrivait comme un mouvement pluraliste. En réalité, c’est un parti avec une pensée unique. La preuve est arrivée avec mon exclusion.

Pensez-vous que ces députés ont demandé votre exclusion pour s’assurer une carrière politique ?

Je ne sais pas. Mais ce que je constate c’est qu’en matière de filiation, une minorité est en train d’imposer sa vision à une majorité. Cette minorité veut “normaliser” la société. Mais normaliser, ce n’est pas effacer les différences, c’est vivre avec les différences des autres.

Avez-vous essayé de contacter le Président de la République ?

Je lui avais envoyé une lettre. Ses équipes m’ont fait savoir qu’il aurait ouvert un débat. Mais, finalement il n’y a rien eu.

Êtes-vous déçue par l’attitude d’Emmanuel Macron ?

Je pense que je me suis faite avoir par le discours qu’il tenait en prônant pour la bienveillance, l’ouverture, la tolérance. La réalité est tout le contraire.

 

« Mon expulsion marquera un exemple pour les autres. Dans ce parti, la parole est muselée »

 

Il n’y a donc pas de place pour les divergences, selon vous, dans La République En Marche ?

Je pense que pour rester dans le parti, il faut changer d’avis. Comme l’ont fait les membres du gouvernement. Ces mêmes personnes qui, il y a encore peu, étaient contre l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, y sont maintenant favorables. Ce parti n’accepte pas les opinions discordantes. Comment est-il possible que si une seule députée, sur plus de trois cent, n’est pas d’accord sur une politique, on l’exclut du parti ? Mon expulsion marquera un exemple pour les autres. Dans ce parti la parole est muselée.

Une dernière question. Quels sont vos plans après l’exclusion de LREM ?

D’abord, je me suis re-appropriée ma liberté. Je vais réfléchir à la possibilité d’adhérer à un autre groupe parlementaire. Ce qui est sûr, c’est que je ne me tairai pas quand le projet de réforme de la loi bioéthique arrivera à l’Assemblée Nationale.

 


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(crédit photo à la une : ©DR)

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