BenH : un petit génie de l’humour qui ne veut pas entrer dans « le monde des grands »

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«  BenH  », ce drôle de pseudo ne vous dit peut-être rien mais Putsch  parie que cela va vite changer  ! Cet humoriste de 30 ans qui joue son spectacle «  Le monde des grands » au Point-Virgule, ne manque pas de talent, d’ironie, de pertinence et de sensibilité. Un futur grand de l’humour, que cela lui plaise ou non. Point à la ligne.

BenH sait que son nom ne parle pas à grand monde. D’entrée de jeu, il demande au public « Que ceux qui me connaissent, applaudissent ». Heureusement pour lui ce n’est pas le silence complet… mais ce n’est pas non plus une ovation. En aucun cas vexé, BenH lance : « je précise à ceux qui ont applaudis que je ne suis pas Benoit Hamon hein parce que mon pseudo peut porter à confusion ». Éclats de rire dans la petite salle du Point-Virgule. L’humoriste ose jouer de son anonymat actuel, s’en moquer et la mayonnaise prend directement… sans jamais retomber. Le one man show de BenH est réussi de A à Z : drôle, émouvant, juste, tendre, intelligent, innovant, pertinent et impertinent du début à la fin. Ou, plus précisément, du fœtus en train de se former, qu’il joue dans la première scène du spectacle, au senior en train d’attendre la mort, dans la toute dernière.

Un one man show réussi de A à Z mais surtout un joli hymne à la vie

La pièce est tamisée, seule BenH est dans la lumière. Il est assis au centre de la scène, sur une chaise, les jambes repliées sur lui-même. Puis, d’une voix sérieuse et posée, le jeune humoriste commence à parler. Très vite, le public comprend qu’il incarne un fœtus en train de se développer. Et plus les mois passent, plus sa position sur la chaise change, en manque de place. L’idée est simple mais efficace. BenH joue le bébé à merveille, si bien que le spectateur l’imagine sous ses yeux. L’imagine et l’écoute avec grande attention. Pas un bruit dans la salle, excepté quelques éclats de rires. L’introduction, au spectacle mais aussi à la vie, est réussie avec brio. Le spectateur mais aussi le bébé, attendent avec impatience la suite… du spectacle et de la vie.

Et personne ne sera déçu : BenH appuie sur le bouton « accélérer » et fait défiler les années. Il parle de l’enfance, de son innocence et de ses rêves, puis de l’adolescence, du premier amour, de la première fois, puis de l’entrée dans l’âge adulte et dans la vie active, de sa maturité, sa dureté mais aussi sa beauté. Comme il dit si bien : « Passer de l’enfance au monde adulte, c’est comme passer d’un monde imaginaire à la réalité. On n’est rarement prêt à s’y confronter, à travailler, à perdre ses rêves » avant d’ajouter « Moi, je suis tombé en panne au milieu du trajet. C’est comme si j’avais pris le RER B et que je n’étais pas encore arrivé à destination ». Ce trentenaire a donc encore ses rêves intacts, dont celui de vivre de ses blagues. Mais aussi de ne pas grandir trop vite, de ne pas voir le monde tel qu’il est vraiment.

Puis, BenH dépasse son âge : il parle du moment où l’adulte devient parfois, un « connard de parisien », puis un parent avec un ou deux enfants, puis un senior en maison de retraite qui n’attend plus personne. Sauf la mort.

Un scénario bien écrit et un jeu d’acteur bien mené

BenH est incontestablement un bon orateur et un bon comédien. Il sait jouer tous les rôles : un fœtus/bébé, un adolescent, un parisien bobo imbuvable, un jeune salarié, un jeune adulte, un senior… Avec une facilité déconcertante et une justesse remarquable, BenH s’efface et rentre dans la peau de ses personnages. Tout semble incroyablement vrai et crédible : les expressions, les gestes, les intonations mais surtout les émotions et les souvenirs. Au point que le public n’a plus BenH sous les yeux ou plus seulement. Un des grands points forts du spectacle !

L’humoriste ne veut pas se sentir seul dans la pièce, seul sur scène, seul sous les projecteurs. Alors, régulièrement, il interroge et sensibilise le public qui ne se fait pas prier pour réagir, puisque celui-ci se sent totalement concerné par le scénario. BenH échange donc avec lui, l’écoute et improvise. Résultat : le one man show n’est pas linéaire, figé, scolaire. Au contraire, il est dynamique, libre, spontané, sincère et vivant. Complètement ancré dans la réalité et le quotidien des gens.

Mais le point fort numéro un de ce one man show, mise en scène par l’humoriste à succès Jarry, est clairement le scénario. Bien pensé, bien écrit et bien mené jusqu’au bout. Le spectateur peut non seulement s’identifier mais aussi recevoir, en pleine figure, une série d’émotions différentes. Différentes et fortes. Il rigole essentiellement mais pas seulement : souvent, même, il se tait et il enregistre. Les mots, les idées, les messages. Et ce spectacle n’en manque pas. Le principal message ? Une fois adulte, la vie est clairement injuste et cruelle mais incroyablement belle quand on ose être soi-même, quand on ose risquer sa peau pour tenir ses promesses et réaliser ses rêves d’enfants. BenH conclut joliment  : « Comme dirait Jean D’Ormesson, il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien, il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde ». Silence. Puis, il ajoute en dévisageant le public : « Vous êtes ces secondes. Merci ».

 

One man show « Le monde des grands » de BenH, mise en scène par Jarry, actuellement au café-théâtre Le Point-Virgule (7 rue sainte-croix-de-la-bretonnerie 75004 Paris) tous les mercredis à 21h15. 

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