fbpx

Adulescence : une zone de turbulences qui frappe les peuples

par

Par Sophie Sendra – Dans la construction d’un individu, il existe une période que tous les parents connaissent – avec regrets – celle de l’adolescence. Période qu’il faut connaitre pour pouvoir « résister » à ce bouleversement, à cette évolution que traverse l’enfant vers un autre soi, une identité propre détachée des modèles parentaux. Cette période de perturbations, cette zone de turbulences semble frapper les peuples.

Cet entre-deux montre une « adulescence » programmée que tout le monde regarde comme le reflet positif de la détermination des peuples à changer les choses. En regardant de plus près, il est possible de faire un parallèle entre les étapes que traverse un adolescent à la puberté et les mouvements tectoniques des plaques populaires.

Principes de développement

Lorsque les populations se trouvent confrontées au mal-être, elles s’interrogent sur le statut de la liberté qu’on leur octroie. Cette liberté est-elle relative et conditionnée par une autorité ? Le peuple se confronte-t-il à des changements brutaux, inhabituels ? Il est certain qu’il existe une origine aux différents comportements que l’on observe lorsque les peuples se divisent et se crispent.

Jusqu’ici la pyramide était respectée, les peuples avaient des leaders auxquels se raccrocher, des repères valorisés par les cultes, des valeurs « sûres et certaines ». Dans l’enfance, les repères sont adulés, ils sont des exemples à suivre, mais la période de l’adolescence est celle du désir d’émancipation, une volonté de se trouver dans un « soi » unique détaché de ces repères si présents et trop pesants. L’adolescent va alors se tourner vers d’autres repères qui pourront le rassurer, lui montrer d’autres voies. Il va avoir pour volonté de se distinguer des adultes, de se mettre à l’épreuve, de s’intégrer à un groupe. Il va adopter des comportements ordaliques et va se mettre en danger. Les sports extrêmes, les jeux et paris dangereux vont lui donner le frisson qu’il espère tant pour se sentir en vie, il va se penser éternel. Etre adulte c’est faire le deuil de l’enfance. C’est aussi se construire une identité propre, dans la pensée comme dans l’action. Pour y arriver, l’adolescent doit s’identifier coute que coute à un groupe au risque de se sentir rejeté par ses pairs. Ce groupe devient le repère, l’assurance d’une protection, la possibilité de se voir au travers des autres comme ayant une valeur qui lui permet de se projeter comme un futur adulte, loin de l’image de ses parents. Il va alors se construire un vécu, une histoire en dehors des vieux « leaders ».

L’émancipation des peuples

« Le moi se pose en s’opposant au non-moi » disait Johann Fichte, philosophe Allemand du XIXème siècle. C’est ce qu’il se passe lorsque les peuples se crispent. Ils se posent, ils deviennent eux-mêmes, en s’opposant à ceux qui leur font face. Mais la volonté de se rapprocher des « groupes de pairs » dans un mouvement d’émancipation peut avoir des méfaits.
Dans ce rude choix qui s’offre à lui, le peuple peut choisir un groupe qui le mettra en danger, qui lui fera adopter des attitudes contraires à son intérêt. En pensant s’émanciper grâce au groupe, il peut tomber dans le travers de se recréer un système pyramidal fait de « leaders » qui, sous prétexte de leur montrer la voie, utiliseront la leur pour mieux les contraindre à nouveau sous une autorité bien plus grande que celle qu’ils cherchaient à fuir.
Nous ne pouvons pas dire que les peuples ont perdu des valeurs, des principes, ils ne savent peut-être pas comment remplacer celles et ceux qu’ils suivaient en adulant le « Père ». Ils cherchent à quel « groupe » se vouer, à qui pouvoir ressembler. Ils se font peur, provoquent, osent répondre, interpeler les représentants de l’Etat. Tel un adolescent ruant dans les brancards, ils se rebellent sans trop savoir à quel groupe de pairs ils vont adhérer. Ce côté « volatile » de l’adolescent, passant d’un groupe à l’autre, critiquant les uns un jour, les adorant le lendemain, les peuples s’en emparent. Ils veulent se reconnaitre dans le « groupe » parce que c’est rassurant et que, tel l’adolescent de 15 ans qui voit son corps changer et qui ne se reconnait plus, il veut se voir comme tout le monde et adopte la mode ambiante.

De la métaphysique des Peuples

Lorsque l’adolescent est en crise, il se pose des questions métaphysiques – même s’il ne le sait pas. Le malaise de cette période de développement vient de plusieurs facteurs : une puberté qui le fait changer et se rapprocher de sa vie d’adulte ; une dégradation de son propre regard sur lui ; une importance sans précédent du regard de l’Autre sur lui ; une difficulté à prendre sa place ; des premiers choix qu’il doit assumer pour sa vie future au travers de responsabilités qu’on lui confère et, lorsque le cercle familial est en difficulté, le malaise de l’ado s’accentue.
Les Parents du peuple, ces repères historiques sont en crise, ils pensent au divorce, à la division. Le peuple mute et ne se reconnait pas forcément dans ce qu’il pensait être. Il porte un regard sur lui-même qui n’est pas valorisant. Il voit que le monde porte parfois un regard moqueur sur lui. Il ne sait plus où est sa place, il se voit bon dernier dans beaucoup de domaines. On demande au peuple de faire ses premiers choix sans leaders charismatiques pour le guider, de prendre ses responsabilités vis-à-vis de la planète, rien que ça. Il cherche désespérément à se mirer dans un « groupe de pairs » qui lui donnera des réponses à ses questions métaphysiques : qui suis-je ? Vers quelle destinée vais-je ? Quel sera l’avenir ? En ce sens, nous nous dirigeons vers un peuple « adulescent » qui n’aura de cesse que de se retourner vers des valeurs anciennes et parentales, comme un Tanguy ne voulant pas quitter le nid, déjà vieux avant d’être jeune. Un peuple ordalique et adulescent, se faisant peur tout en ne lâchant pas le cordon ombilical d’une histoire qui se regarde désormais devant soi.

S’il fallait Conclure
Dans le développement de l’enfant, à chaque période de changement, il est constaté un léger recul, un petit retour en arrière, comme si l’enfant prenait de l’élan pour se projeter dans le stade suivant. Les peuples font la même chose au regard de l’Histoire. Reculer pour mieux sauter, voilà sans doute ce que nous constatons dans certaines orientations populaires. Attention il faut reculer, mais pas trop loin non plus, car l’élan risque de faire rater la cible à celui qui saute. Et puis, soyons francs, jusqu’où allons-nous reculer ? Encore un peu et nous nous interrogerons sur la valeur de l’Autodafé, sur celle de l’économie apportée par l’esclavage. Fort heureusement nous n’en sommes pas là… Rétrograder permet de prendre de l’élan ou de s’arrêter, au choix.

Lire aussi dans nos chroniques de Philosophie :

De Bob Dylan à Donald Trump : l’époque des Antipodes aux USA

Droit des femmes : la lutte difficile contre les préjugés

Rentrée littéraire : avec un air de politique

Erythrée : un pays oublié de tous

Laissez votre commentaire

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à