Arnaud Genon : Tu vivras toujours, son émouvant premier roman

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Par Laurence Biava – Arnaud Genon vit et enseigne en Allemagne. Il a publié de nombreux articles et plusieurs essais consacrés à la littérature autobiographique et autofictionnelle. Tu vivras toujours est son premier roman.

Ce récit magistral et universel est celui d’un enfant jeune qui écrit une longue lettre d’amour à sa mère décédée trop tôt. Beau et bouillonnant d’une passion non feinte, il nous porte et nous émeut, dans cette aventure filiale et frêle qui transcende la mémoire, fouille les souvenirs les plus féconds et passe au travers des mailles d’une histoire personnelle, celle de l’enfant en « construction ». L’auteur : « C’est un livre sur l’enfance et l’innocence, sur l’aveuglement et la perte. Sur l’écriture aussi. Un livre que j’aimerais croire universel : un enfant, sa maman, la mort. »

C’est un récit triste et profond, porté par une très belle plume, livrant courageusement et humblement les méandres du cœur et de l’âme, un texte pur, sobre et authentique dont on ressort forcément grandi et secoué. Aussi.

« On regardait je ne sais quel programme sur la télé que papa avait installée en face du lit, dans leur chambre, au dessus de la commode. Maman poussait de petits gémissements parfois, lorsqu’elle changeait de position, à cause du cathéter qu’elle oubliait. Je la regardais en faisant une moue compatissante. Elle me rassurait de ses yeux, en silence. Je lui demandais si je la gênais, si elle préférait rester seule. Non, au contraire, me répondait-elle, mais je ne veux pas que tu te forces. Je ne me forçais pas. Je ne pouvais pas ne pas être là. J’avais l’impression de partager quelque chose avec elle. Au-delà des mots que nous n’échangions pas. La conscience du temps…»

Arnaud Genon livre un récit dont ne ne perd pas le fil. Jamais.

Du haut de ses 11 ans, puis de ses 13 ans, le jeune narrateur, bien que fragilisé, observe, dompte, capte tous les instants, il semble maîtriser parfaitement les signes de ce qui se profile. Hélas. Rien ne lui échappe, jusque dans les interstices du quotidien de Maman, qu’il tente de soulager de tous les poids de la maladie (jolis moments que les descriptions des cycles médicamenteux, des soins, de la vie qui s’engouffre, des habitudes…), qu’il suit de près ou de loin, attentif à tout… La perte se profile pourtant comme la vie de l’enfant qui va et le récit distille, sans s’encombrer de réflexions existentielles que l’on pourrait nourrir à cette aube nouvelle, des impressions camaieux qui font que le lecteur oscille perpétuellement entre ombre et lumière.

Oui, comment aborder cette perte, alors que l’adolescence, lucidement, s’avance, se se profile… La mort de l’ange est intenable mais le souvenir se perpétue, il va et ressuscite par mille endroits. Elle est là, chevillée au cœur, elle vit toujours. Dans la pénombre du deuil de la mère couve la mutation certaine du fils, mutation perceptible et brillamment narrée dès le début du récit dont on ne perd le fil. Jamais.

C’est la révélation d’un secret qui porte ce texte émouvant au charme envoûtant et le fait scintiller. Un beau livre sur la candeur qui vient ourdir les ruptures définitives, non exemptes de douleur. Bien sûr.

Toujours.

Tu vivras toujours
Arnaud Genon
Editions de la Rémanence
78 pages
 – 10 €

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