The Neon Demon : le conte macabre de Nicolas Winding Refn

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Par Jonathan Rodriguez – Reparti bredouille du dernier Festival de Cannes, la sortie du nouveau film de Nicolas Winding Refn, est tout de même un évènement en soi. The Neon Demon met en scène l’ascension fulgurante d’une jeune mannequin à Los Angeles qui suscite les jalousies et les convoitises.

Après la trilogie Pusher, Bronson, Le Guerrier Silencieux, Drive et Only God Forgives, Nicolas Winding Refn continue d’explorer les tréfonds d’un cinéma qui fascine autant qu’il divise, clamant pour autant sa véritable singularité.

The Neon Demon où la beauté enivrante

Ce qui frappe rapidement dans le dixième film du cinéaste Danois, c’est tout d’abord sa beauté. Froide, lumineuse et radicale, elle s’exprime dès l’entame par ce travelling arrière où Elle Fanning, vêtue d’une robe bleue scintillante, allongée sur un canapé orné de soie, le visage figé, la gorge en sang. Mais l’on comprend que c’est un shooting photo, comme une alerte, une illusion claire. Le spectateur est prévenu.
Cette élégance s’exprime également au travers de séquences qui resteront parmi les plus marquantes d’un point de vue purement esthétique, cette année. On pense à cette scène totalement hypnotique, alternant lumière et obscurité succincte où les regards, les sourires et l’inquiétude se glissent en filigrane. Cette lumière incarne l’un des axes majeurs du cinéma de Refn. Elle façonne son identité visuelle depuis Bronson. Car le réalisateur utilise avec brio ces éléments. Une nouvelle fois, Nicolas Winding Refn s’appuie sur un éclairage aux néons avec des couleurs flashy prononcées très à la mode dans le cinéma contemporain. Dans The Neon Demon, l’élégance cinématographique colle parfaitement à l’envoutante bande-originale de Cliff Martinez.

The Neon Demon ou l’allégorie de la mode et le conte macabre

Le récit initiatique de cette nouvelle coqueluche de la mode permet au cinéaste d’aborder la question de ce monde cruel incarné par la figure des photographes et de ces mannequins à la beauté vénéneuse. La violence de ce monde fait écho une nouvelle fois à l’identité NWR – sigle visible dès le générique final.
« L’art est un acte de violence » : l’aveu d’une fascination qui accompagne le danois dans toute sa carrière. Brute, esthétique, soudaine et progressive, elle retrouve un nouveau point de chute avec The Neon Demon, lorsque le film bascule dans le conte macabre. Une orientation qui en déstabilisera plus d’un mais qui reste une belle opportunité de rendre hommage aux maitres qui ont fait le genre.
Cette radicalité assumée laisse place néanmoins à des défauts de rythme qui peut désabuser le spectateur tant la lenteur au milieu du film atténue sa force et trahit parfois ses intentions de départ. Malgré ses qualités, on y préfère la folie de Bronson, le mysticisme du Guerrier silencieux ou encore la virtuosité de Drive.

Elle Fanning captivante dans The Neon Demon

À l’image de son personnage, Elle Fanning est une étoile montante. A tout juste 18 ans, la jeune actrice a déjà tourné pour Inarritu, Fincher, Francis Ford et Sofia Coppola ainsi que JJ Abrams. Dans The Neon Demon, elle illumine le film de sa beauté froide et incarne avec brio la transformation d’un personnage timide en prédatrice redoutable. Ce changement palpable est rendu possible grâce à une justesse de jeu remarquable.

Nicolas Winding Refn reste fidèle à ses principes et à son cinéma. Une vision qui divisera autant qu’elle fascinera. Vous n’avez plus qu’à vous laisser emporter par le tourbillon visuel de Nicolas Winding Refn.

The Neon Demon 
De Nicolas Winding Refn 


Avec Elle Fanning, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee 
 1h57 – The Jokers / Le Pacte

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