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Simone Stritmatter : cri d’espoir pour les cassés de la vie

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Par Laurence Biava – Il est surtout un cri d’espoir pour les cassés de la vie, ceux qui ont été infortunément et malheureusement séparés, alors que rien ne les y préparait. Et qui se retrouvent, de façon totalement inopinée, alors que rien, également ne les y préparait. En apparence…

L’histoire : à Prague, deux orphelines issues du même établissement, vont être séparées par l’adoption d’une d’entre elles par une famille de Strasbourg. L’une d’elle, épouse d’un riche biologiste pervers narcissique, deviendra un chercheur surdoué, mais cassé dans ses élans. La seconde, va tomber, elle, dans une délinquance légère. Le hasard d’une chute dans un escalier va les faire se côtoyer, sans le savoir, dans le même hôpital. Quand Elzbieta apprend cela, elle veut retrouver Ivanka mais, celle-ci a déjà disparu de la clinique. Il s’ensuit une course à travers Prague, Paris, pour tenter de la retrouver. Le mari pervers, lui, court vers la Silicon Valley, pour y assouvir des rêves de grandeur.

En apparence, oui, en apparence seulement….car ce roman délivre quelques clefs pour comprendre ce qui relève à priori des hasards heureux, de coïncidences, que l’on confond parfois avec des signes du destin. C’est sur ce terrain psy qu’il faut aborder ce livre, au-delà de l’histoire intrinsèque qui déambule, brouillant parfois les pistes qui se déploient entre amitié et passion, où se ce livre excelle, galopant et galopin. Cet univers particulier retranscrit par ces « rencontres » entre ces deux femmes ne laisse aucune place au doute. Ces deux héroïnes vivent leurs retrouvailles comme une forme de consécration, de victoire sur le passé. Les psychologues disent des hasards heureux qu’ils sont synchronicité : c’est à dire qu’ils traduisent l’apparition simultanée de deux événements indépendants reliés par une signification. Le hasard n’arrive jamais vraiment … par hasard. Les coïncidences ne sont ni des raretés ni des vues de l’esprit, mais de réelles aventures racontant des histoires personnelles toutes fondées, et pourvues de sens et de signification. Balzac avait même écrit que ces « sympathies qui méconnaissent les lois de l’espace », rassemblées par ces amateurs d’impossible, «serviront un jour à asseoir les bases d’une science nouvelle à laquelle manque un homme de génie». L’homme de génie des deux orphelines, c’est la vie. Leur vie. Trajectoire gémellaire signant l’impossible séparation.

Il faut lire ce premier livre, très fragmenté, très découplé, jalonné par des déplacements incroyables, servi par une écriture ciselée et précise, où chaque mot est choisi avec soin pour décrire ou bien le climat chez le psychanalyste ou une scène intérieure autre.. On attend le second roman avec impatience.
2ème extrait

Les cinq séances de psychanalyse d’Elzbieta pourraient être jugées insuffisantes pour le profane. Il n’en est rien. La guerre intérieur, celle pour laquelle on consulte, peut en effet, cesser après quelques séances. La douleur liée à un symptôme intérieur peut disparaître alors, car il a été fait « sien ». La personne est guérie, elle l’a reçu et rangé. Chez elle, le sentiment de culpabilité lié à son origine sociale modeste d’orpheline, lui avait fait accepter presque en silence l’attaque perverse de Stuhl. C’en est bien fini. La culpabilité d’Elzbieta est rangée aux oubliettes, dissoute, désintégrée. Faire une psychanalyse, c’est réaliser une des plus grandes découvertes de sa vie, aller à la rencontre de soi, ce que l’on ne comprend plus, quelque chose à cerner dont il faut se détacher ».

Simone Stritmatter
40, rue Zitna, Prague
roman – 137 pages
Jérôme Do Bentzgizer Editeur

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