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Nakamura Fuminori : « La philosophie de l’arme à feu…. »

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Par Félix Brun –bscnews.fr/ Nishikawa est un étudiant fragile ; au milieu de l’insipidité, de l’ennui et de l’absurde de son quotidien, il essaie de donner une perspective, un sens à sa vie. Il consomme sans intérêt ni envie, aussi bien des canettes de café chaud que des jeunes femmes.

Les rues sombres, les parcs publics désertés, les lumières blafardes sous la pluie, c’est tout l’environnement préféré de Nishikawa. Au cours d’une de ses singulières promenades, il découvre près d’un cadavre l’arme qui l’a tué, un revolver aux effets subliminaires : « Ma vie était terne. Que, dans cette banalité, l’arme constitue un stimulant me semblait évident. J’appréciais aussi sa sobriété. Elle incarnait, avec une économie de forme qui frisait presque la cruauté, l’acte de faire feu. Elle était faite pour blesser, conçue pour ôter la vie, fabriquée de sorte à faciliter ce geste, aisée à tenir, dépouillée de tout superflu. Elle m’apparaissait comme le symbole même de la mort, Thanatos en personne. Mais pourquoi ce symbole me séduisait-il ? »

Est-ce l’érotisme de l’arme, sa virilité, sa nature sécurisante qui va justifier ce jeu fusionnel entre le jeune homme et le révolver ? « Le révolver est apparu, toujours d’une beauté à couper le souffle. En comparaison la fille de l’autre jour ne valait rien. Cette arme était tout pour mon être actuel, et elle renfermait peut-être aussi tout mon devenir. « Jusqu’où va le mener cette compagne dangereuse, destructrice ? » L’impression que suscite généralement une arme est liée à la mort et au crime. [….] Mais l’arme avait proliféré en moi, jusqu’à me phagocyter totalement, ce que j’avais délibérément accepté. » Une obsession hante Nishikawa, celle d’utiliser le révolver, « Mais l’arme voulait que je tire. L’arme était tout mon être. Sans elle, j’étais insignifiant, elle m’inspirait un amour violent. […] Alors j’ai pensé que je n’utiliserais pas l’arme. C’était elle qui m’utilisait, j’étais un simple élément de son dispositif de mise en marche. »
Dans ces décors noirs où « Les murs suintaient la tristesse ; l’air était vicié », le révolver va exercer une passion incontrôlable, ravageuse et sans retour sur notre « héros ». Dans le monde de Nishikawa se croisent les drames et les tragédies avec un enchaînement naturel effrayant, et un détachement terrifiant.
Un beau roman, étrange, subtil, qui plonge le lecteur dans une atmosphère inquiétante, malsaine, étouffante parfois. Avec des phrases courtes, épurées, l’écriture est sèche, directe, froide ; « Rien n’a d’importance. Rien, nulle part. »

Revolver
Auteur : Nakamura Fuminori
Edition : Philippe Picquier
Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako

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