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Lisa Spada : la nouvelle voix de la Soul française

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Par Nicolas Vidal – bscnews.fr / Nourrie au Rythm’n’Soul et à la Soul dès son plus jeune âge, Lisa Spada a connu une enfance forcément musicale dont elle a su tirer le meilleur parti pour sortir aujourd’hui un album détonnant, dynamique et bourré de groove. Family Tree a puisé ses racines dans ce que Lisa considère comme très important : la famille. Accompagnée de Tismé et du rappeur Edash Quata, Lisa Spada marque d’une pierre blanche son entrée remarquée sur la scène de la Soul française. Entretien.

Lisa Spada, quelle est votre histoire avec la Soul ?
Elle remonte à mon enfance. Vers l’âge de 7/8 ans, mon père s‘inquiétait pour mon éducation musicale. Il était un grand mélomane il m’avait fait une cassette où étaient compilés tous les grands standards soul allant d’Otis Redding, à Aretha Franklin, passant par Ray Charles, Sam and Dave, Sam Cooke, James Brown et les Staples Singers. Il voulait me faire découvrir le Rythm’n’ Blues et la Soul Music. En me montrant des films comme les Blues Brothers ou, un peu plus tard, The Commitments il a senti très tôt l’enthousiasme que j’avais pour cette musique même si j’ai été élevée aux sons des Stones, des Beatles, de Police ou du Grateful Dead pour ne citer qu’eux.
Ça a été immédiat, le coup de foudre. Je passais mon temps à écouter et apprendre tous ses morceaux et à chercher à découvrir de plus en plus de disques et d’artistes. J’ai eu tôt conscience que je m’attaquais à quelque chose de grand. J ai tout de suite été passionnée par Aretha Franklin et pendant toutes mon adolescence, je me suis procurée tous ses albums, les compilations, les lives. Je cherchais dans les brocantes ou chez les spécialistes, les pièces rares ou les enregistrements inédits qui me manquaient. Je connais quasiment tout son répertoire, allant des chants gospel qu’elle enregistrait adolescente avec son père pasteur au concert du Filmore West à San Francisco en 1971 devant les enfants du Flower Power. J’ai aussi une fascination pour le Gospel. Au-delà du message spirituel, j’aime plus que tout chanter en choeurs, en communion avec les autres. J’ai d’ailleurs intégré la chorale Gospel pour 100 voix en 2005 et j’ai créé un show réunissant plus de 30 artistes sur scène, «Let’s get together». 20 chanteurs emblématiques de la scène soul française (dont Ben l’oncle Soul, Sandra Nkaké, Rony, Juan Rozoff…) accompagnés de 10 musiciens chantant en choeurs les grands standards soul au New Morning et Trabendo en 2009. La soul m’accompagne depuis toujours.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les origines de cet album ? On imagine qu’il a un rapport étroit avec la famille ?
En 2011, j ai eu l’opportunité de faire un de mes tout 1er concert en solo à Paris. Jusqu’à là, mes projets étaient des projets de groupe, de collectifs (Let’s get Together, 175 Workshop, Ladies In Blue). J’avais écris en co-composition un 1er album avec un projet electro jazz du nom de Third Shot sorti en 2008 (The Way you Smile When You Live). N’ayant pas encore de composition en solo, j’ai décidé d’accepter cette proposition de concert et d’écrire en un été une dizaine de chansons pour l’occasion, le concert ayant lieu au mois de décembre suivant. Ça a été le coup d’envoi et j ai relevé le défi. Ce fut une période de transition pour moi tant j’avais plein de choses à sortir, beaucoup d’émotions à communiquer suite à des déceptions personnelles et professionnelles. Et les textes sont sortis tous seuls. J’ai écris certaines chansons en une nuit. Ce sont des petites histoires qui parlent à tout le monde car on a tous eu au moins une fois le coeur brisé ou vécu la sensation grisante de tomber amoureux. Les choses ne sont pas immuables et c’est ce qui fait souffrir. Alors on se raccroche à ce qui ne bouge pas, ce qui est solide, notre famille. Ce qui fait et constitue ce que l’on est, ce qui nous rend fort et qui nous pousse à continuer, à se relever. «Family Tree» c’est ça. C’est la perséverance, l’espoir, les racines. C’est ce qu’on a voulu d’ailleurs retranscrire dans le clip à venir très bientôt. Ça peut être aussi les amis, la famille musicale. C’est une appartenance et la sensation de solidité que ça procure. Voila le concept de l’album. Ne pas oublier d’où l’on vient. Le titre «Family Tree» parle de mes modèles, ma mère et ma grand mère.

D’où vous vient cette volonté de mélanger Soul, Hip Hop et groove ?
Au départ, les titres étaient destinés au live et nous les avions arrangés dans ce sens avec les musiciens. Les titres sonnaient très old school, très rythm’n blues pour la plupart. Un an plus tard après plusieurs concerts, l’envie d’un album est venue et j’ai contacté le studio Obsidienne monté par Rémi Durel avec qui nous avions collaboré pour l’album de Third Shot. Le projet lui plaisait et il me proposa d’être co-producteur de ce 1er opus. Ce fût une grande chance car c’est un studio magnifique. Nous avons pu enregistrer tous les musiciens en live dans les conditions que seuls des artistes signés en majors peuvent avoir. J’ai pu travailler sur cet album pendant près de 2 ans à le paufiner, le perfectionner, trouver les arrangements qui collaient le plus à ma vision du moment car les 1ères sessions sonnaient trop live et j’avais envie de quelque chose de plus moderne, quelque chose qui corresponde aussi à mes racines hip hop et electro. J’ai pu réaliser aux côté de Rémi Durel et Rémi Barbot un album qui rassemble toutes mes influences. Un album qui me représente. Des beatmakers sont venus apportés leur touche. Gaël Maffre avec qui j’avais écris un album de Third Shot a réalisé 3 morceaux charnières sur cet album. Tismé a collaboré sur plusieurs titres également.

Comment s’est passée votre collaboration avec Edash Quata et l’articulation musicale de vos deux personnalités ?
Ma rencontre avec Edash Quata date de notre collaboration sur un projet télé «Dancing Cuisine» (M6) en 2010. Sous la direction musicale de David Lamy (avec qui j’écrirai donc un peu plus tard la plupart des arrangements live qui ont précédés l’enregistrement de l’album et de Nicolas Humbert le réalisateur de l’émission) qui a réalisé le clip de Family Tree cité plus tôt, nous interprétions les musiques des mini programmes où des danseurs réalisaient des recettes de cuisine en dansant. Edash Quata est un rappeur sud-africain, anglophone, très talentueux. Nous nous sommes tout de suite entendus et l’idée d’un featuring sur scène a été le départ de notre aventure. Au départ Edash était présent sur une seule chanson, Be the One. Mais son écriture m’a tellement plu, ainsi que son flow, que je lui ai proposé un autre titre, puis 2 puis 6 ! Il incarne dans cet album la voix masculine qu’on entend pas toujours lorsqu’on entend une chanson d’amour par exemple. D’habitude c’est plutôt un monologue mais là on se répond on se parle, on se chamaille aussi. La nouveauté réside aussi dans le fait qu’il est rare qu’une chanteuse ait la place principale dans des titres hip-hop. En général, elle intervient sur les refrains. Là c’est moi qui «drive», c’est moi qui donne le ton. Alors parfois il suit, parfois il est un prince charmant, parfois non et il incarne avec humour le grand méchant loup. Nous sommes aussi complices sur des titres comme Family Tree. Notre message c’est «Respecte-toi, respecte les tiens, n’oublies pas qui tu es et d’où tu viens» !

Ainsi qu’avec Tismé ? A ce sujet, qu’est-ce que précisément un beatmaker ?
Avec Tismé, nous avions collaboré sur une mixtape en 2013 du nom de «Hip Hop Live». À cette occasion, j’avais écris un texte et une mélodie sur une de ses productions, «Take a look» en écoute sur soundcloud. Nous nous connaissons depuis des années et nous partageons beaucoup de connaissances en commun surtout dans le milieu de la danse. Tismé mixe souvent lors de soirées où beaucoup de danseurs se retrouvent. Le beatmaker est une pièce majeur de la scène hip-hop car il crée des beats, il produit des titres essentiellement instrumentaux sur lesquels vont venir poser des rappeur, des danseurs et des chanteurs. Ils nous offre de quoi nous exprimer, un terrain de jeux où l’on peut laisser libre cours à notre créativité. Ils sont la base de la musique hip hop actuelle. La rythmique sur laquelle évolue des coupures, des reprises, des empilement des sonorités parfois oniriques, sombres, lourdes, des mélanges entre des sons electro et des samples de jazz ou de tous styles. Le beatmaker, c’est la rencontre des genres, le plateau d’argent des mc, le terrain favoris de l’improvisation, les subtilités qui n’échappent pas aux danseurs les plus musicaux.

Vous avez su alterner la puissance vocale autant qu’une délicatesse de voix très proche du Jazz. Comment avez-vous appris à modu ler ces différents tons de voix qui vous permet de couvrir un spectre très large ?
Je suis autodidacte. Je n’ai jamais pris de cours de chant. Ma 1ère école a été pendant des années celle de mon poste avec mes cassettes que j’usais à force de faire play et rewind. C’est en écoutant beaucoup de musique et beaucoup de chanteurs et de chanteuses différents que mon oreille et ma musicalité se sont développées dans ces différentes couleurs. Très jeune, j’écoutais aussi bien des chanteurs soul que jazz. Ella Fitzgerald fait partie aussi de mes modèles ainsi que Billie Holiday. À leur écoute j’ai appris la subtilité, la douceur, les mélodies et les couleurs jazz. J’ai beaucoup chanter sur du gospel aussi, que ce soit du gospel moderne ou traditionnel ce qui m’a appris à déployer plus de puissance et de résonance mais aussi à travailler mon vibrato. Le courant nu soul avec des artistes comme Erykah Badu, D’Angelo, Bilal, Jill Scott, combinent toutes ces subtilités et c’est pourquoi ces artistes ont complètement leurs places dans les plus grands festivals de jazz internationaux. Mais tout ça n’a jamais été réfléchit ou conscient. Au final, je découvre toujours ma voix en l’écoutant ou me revoyant en live. Je ne sais pas d’où ça vient ni pourquoi je m’exprime comme ça. Je sais que c’est naturel et que ça l’a toujours été.

Diriez-vous que votre Soul a quelque chose de moderne ?
Je dirais surtout que j’offre mon interprétation de la Soul. Ce métissage des genres est mon témoignage à moi, ma vision et surtout mon expérience de la Soul. Quand on se nourrit de la culture des autres, il y a un temps d’apprentissage et un temps où l’on s’émancipe de ses maîtres. J’ai suivi le livre de recettes pendant des années et aujourd’hui je commence à faire mes propres dosages et ma propre sauce. C’est en cela que je pourrai dire qu’il y a quelque chose de moderne du moins contemporain, puisque cet album est la photographie aujourd’hui de ce qu’est la soul que j’ai écouté hier.

Si vous deviez recommander un seul des morceaux de l’album qui vous semble le mieux incarner votre travail, quel serait-il ?
«Family Tree» car il me ressemble aussi beaucoup. Un mélange de force et de fragilité, d’espoir et de persévérance.

www.lisaspada.com

Family Tree
Lisa Spada
Réalisé et Mixé par Rémi Durel & Rémi Barbot (Obsidienne Studio) / Masterisé par Chab (Translab)( Crédit Photo Hélène Berly)

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