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Livres : la sélection des fêtes d’Emmanuelle de Boysson

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Par Emmanuelle de Boysson –bscnews.fr/ Pour les fêtes, je vous suggère d’offrir des livres qui restent, ceux qu’on a envie de ranger dans sa bibliothèque, d’emporter en voyage. Pour les amoureux de Venise : « San Michele » de Thierry Clermont (Seuil). Fasciné par les ombres errantes de San Michele, cette petite île cimetière au Nord de Venise. Thierry Clermont évoque ceux qui y reposent : Stravinsky, Diaghilev, Ezra Pound, Joseph Brodsky, D’Annunzio… Venise secret, Venise festif avec ses princesses russes, ses ballerines, ses ambassadeurs, ses aviateurs. La belle église de la Madonna où gît le Tintoret, l’acqua alta, Casanova et sa bande de garnements se glissent dans le campiello de San Marcuola sur le Grand Canal, Pound arpente les Zatterre, Chateaubriand chante le pauvre gondolier, George Sand trompe Musset. Venise n’est plus seulement celle de Régnier, de Proust, de Morand, de Sollers, de Visconti, elle est aussi celle de Thierry Clermont, sa Venise, autrement, vous verrez tout cela. Je ne peux m’empêcher de citer Ezra Pound, le poète qu’il aime. Incarcéré et interné pendant treize ans, il écrit dans ses « Cantos » : « Que les dieux pardonnent ce que j’ai fait/ Puissent ceux que j’ai aimés tenter de pardonner / Ce que j’ai fait. »

Dans un monde aseptisé, « Le bouquin des méchancetés et autres traits d’esprits », de François Xavier Testu (Préface Philippe Alexandre), paru chez Robert Laffont rappelle qu’il fut un temps où on ne se privait pas pour dire des vacheries, avec panache ! Un florilège des saillies, épigrammes et autres formules assassines, de Clemenceau, à Churchill, en passant par Tristan Bernard qui disait d’une actrice en vogue : « Pour se faire un nom, elle a dû souvent dire oui ». De quoi pimenter le dîner du réveillon. Pour faire rire, un cadeau sans risques : le nouvel album de Philippe Geluk « Le chat passe à table ». On y trouve ce genre de blagues : « L’optimiste voit le verre à moitié plein, le pessimiste voit le verre à moitié vide. Aucun de ces deux cons ne se demande pourquoi on ne leur sert que des demi verres. » Si vous avez envie que vos amis s’évadent loin des miasmes et de la pollution, offrez « Explorateurs et chasseurs d’épices », d’Olivier et Patrick Poivre d’Arvor. Un livre magnifique sur des aventuriers, des photos époustouflantes de navires dans la glace, de paysages vierges. Pour les seniors et les fous d’histoire ; « Marie-Antoinette telle qu’ils l’ont vue », témoignages rassemblés par Evelyne Lever (Omnibus) fera découvrir la face cachée de la reine. Pour les plus jeunes, un peu de culture :: « Résistez, poèmes pour la liberté » (Seghers jeunesse).
Si vous avez envie d’aller au cinéma, allez voir « Respire », de Mélanie Laurent, tiré du roman d’Anne-Sophie Brasme (qui publie en janvier « Notre vie antérieure », chez Fayard). L’histoire de deux amies du lycée, d’une emprise. Peut-être parce qu’ils manquent d’idées, cinéastes et acteurs sont en quête de romans à adapter. Mélanie Laurent va adapter au cinéma « Plonger », de Christophe Ono-dit-Biot. « Une nouvelle amie » de François Ozon est à l’origine un nouvelle de Ruth Rendel. Nicole Garcia planche sur son prochain film, une adaptation de « Mal de pierres », de Milena Agus. Gilles Lellouche, quant à lui, réalisera une adaptation du livre de Sylvain Tesson, « Dans les forêts de Sibérie ».
Les prix sont passés. Un petit dernier vient d’être crée : le prix littéraire des Princes. Organisé par le magazine Point de vue, il récompense un roman historique et a été remis à Clara Dupont-Monod pour « Le roi disait que j’étais diable », (Grasset). Le 16 décembre, on saura qui a eu le prix des prix. Curieuse idée de que couronner le meilleur roman parmi les principaux prix littéraires de la rentrée : Académie Française, Décembre, Femina, Flore, Goncourt, Interallié, Médicis, Renaudot. Est-ce bien utile alors que beaucoup de bons romans ont été oubliés ? Le Prix des Prix a été créé en 2011 à l’initiative de Pierre Leroy, co-gérant du groupe Lagardère, président de l’IMEC, bibliophile et collectionneur.. Le jury : Christine Albanel ; Alexandre Bompard, Marie-Laure Delorme, Nicolas Demorand, Marie Drucker, Pierre Lescure, Rémy Pflimlin, Olivier Poivre d’Arvor, Bruno Racine, Alain Seban, Alain Terziant.
Les hommes de la rentrée de janvier ? Au fait, pourquoi les séparer des femmes ? Sans doute parce que je suis en pleine pré sélection du prix de la Closerie des Lilas. Mais, rassurez-vous, nous, les lilas’girls, on adore les hommes. Gabriel Matzneff, ce grand écrivain si injustement critiqué, sera à l’honneur. Cet esthète qui pense avec raison que « L’art n’a rien à voir avec la morale » publie « La Lettre au capitaine Brunner », en même temps que son « Journal Intime, Mais la musique soudain s’est tue », chez Gallimard, et la réédition du « Taureau de Phalaris » dans La petite vermillon.
Pour un éternel maniaco-dépressif, Michel Houellebecq en fait trop. Cinéma avec des apparitions dans « Near Death Experience » de Gustave Kervern et Benoît Delépine et dans le film TV de Guillaume Nicloux « L’Enlèvement de Michel Houellebecq », théâtre, musique, expos : dioramas à la Biennale de Lyon, exposition de photos, « Before Landing », au Pavillon Carré de Baudouin (20e), il avait délaissé la littérature. Ouf ! Le 7 janvier, il sort, « Soumission », un roman chez Flammarion. Presse et ventes assurées ! Dans la même maison paraît «Un faux pas dans la vie d’Emma Picard », de Mathieu Belezi. L’auteur clôt sa trilogie algérienne commencée par : « C’était notre terre » (Albin Michel, 2008), Grand Prix de la Société des Gens de Lettres, et poursuivie avec « Les Vieux Fou’s (Flammarion, 2011). A travers le personnage d’Emma Picard qui s’installe avec ses quatre fils, à la fin des années 1860, sur vingt hectares de terre algérienne offerts par le gouvernement français, il revient sur l’arrivée des colons et le drame qu’ils ont vécu. Un sujet délicat et audacieux qui interroge sur la nécessité de se souvenir, au moment où l’on a tendance à gommer, à se repentir, à relire l’histoire des colonies avec le regard d’aujourd’hui. Philippe Sollers publie « L’École du Mystère », (Collection Blanche, Gallimard. 29 janvier). A travers les déambulations dans Paris d’un frère et d’une soeur aux relations troubles se dégage une certaine idée du roman chez Sollers, celle du roman philosophique. Depuis « Portrait d’un joueur », dans la ligne des Lumières, Sollers défend l’introduction de la libre conversation dans le roman. Il devise, sa pensée vagabonde, il est un passeur, il donne envie d’aller voir Monet au Musée d’Orsay, le Titien, à Venise, de lire Sade, d’écouter Mozart. Il est notre Diderot. A noter que le titre du livre, « L’Ecole du mystère » s’apparente à Xuanxue, courant philosophique et culturel chinois taoïste. Toujours chez Gallimard, on saluera « Le Consul » de Salim Bachi,: un consul du Portugal qui sauva la vie de milliers de résistants et réfugiés qui ont fui les nazis en 1940. Autre livre-récit sur cette période : « Le voyant » de Jérôme Garcin, l’histoire d’un résistant déporté aveugle qui deviendra écrivain.
Côté femmes, ça ne manque pas. Fidèle à Gallimard, Anne Wiazemsky publie « Un an après », (Blanche, Gallimard, 8 janvier). Avec ce roman-récit sur ses années Godard, Anne Wiazemsky achève sa trilogie commencée avec « Jeune fille ». L’euphorie d’une jeunesse aveuglée par les idées de Mai 68, l’engagement de Godard, les drames, les films qu’il tourne, sa relation possessive avec l’actrice, les personnages qu’ils côtoient : Bertolucci, Pasoloni, Deleuze, Truffaut, les Stones. Anne Wiazemsky brosse le portrait d’un Godard porté par les illusions d’une génération de jeunes bourgeois, artistes et intellectuels avant d’être accusé de trahison par ceux qui resteront attachés à leurs idéaux. Dans un esprit différent mais autour de la même fascination pour le cinéaste, Chantal Pelletier relate dans « Et elles croyaient en Jean-Luc Godard » (Joelle Losfeld), le parcours de deux amies qui vivent dans le culte de Godard, la nostalgie d’ « À bout de souffle ». Egalement chez Joëlle Losfeld, Lise Bennica raconte l’histoire des objets d’Emmaüs. « Des objets de rencontre ». Une manière de rendre hommage à ces travailleurs sociaux qui oeuvrent pour aider des personnes en difficulté. Une belle idée. Après six romans dont « Val de Grâce » et « La Réparation », Colombe Schneck publie « Dix-sept ans », (Grasset, 7 janvier) et poursuit sa ligne autobiographique : elle avait dix-sept ans, elle découvrit l’amour, tomba enceinte. Sa vie de jeune fille choyée bascula. Un petit drame, rien de grave : le portrait d’une adolescente en quête de liberté. Colombe Schneck renoue avec la veine du roman d’apprentissage chère aux écrivains, mais on peut se demander si la tendance actuelle à l’autobiographie, avec Justine Levy, Delphine de Vigan, Christine Angot… n’est pas entrain de laisser le pas à des romans de fiction ou de récits autour d’évènements ou de personnages historiques.
Un bon exemple de roman engagé qui devrait passionné : « Quand j’étais vivant » d’Estelle Nollet (Albin Michel). Remarquée pour son premier roman « On ne boit pas les rats kangourous » qui a reçu plusieurs prix dont celui du premier roman Emmanuel Roblès et de la SGDL, suivi de « Le bon, la brute etc », lui aussi couronné, Estelle Nollet a pu, grâce à ces droits d’auteur passer presque un an en Afrique et dans l’hémisphère sud.

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