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Edward St Aubyn : un des géants de la fiction anglaise contemporaine

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Par Laurence Biava – bscnews.fr/ Edward St Aubyn fait partie des quelques géants de la fiction anglaise contemporaine, qui se comptent sur les doigts d’une main. On sait, et nombreux le savent aussi, qu’il a toujours élaboré avec talent une forme de satire qui n’exclut pas une forme de compassion et de compréhension.

Dans ce livre-ci, son regard se pose sur l’univers absurde de l’attribution des prix littéraires. Le résultat est désopilant en raison de l’ampleur de l’univers comique, riche et acerbe de Saint-Aubyn, et de l’étendue surprenante de la dimension philosophique conférée à cet ouvrage, bien plus qu’il n’y paraît.

«J’espère que vous garderez ce discours dans les entretiens, dit-il. C’est magnifique : l’illettrisme qui engendre la littérature, la rhétorique qui nie la rhétorique : «Je vous ferai un récit simple et sans ornement », comme dit Othello, avant de s’exprimer dans l’un des plus beaux anglais jamais écrits..
Edward St Aubyn excelle dans l’art de disséquer tout un univers social. On aime cette comédie satirique où tout le monde en prend pour son grade : les universitaires jargonnant, les écrivains qui s’autoproclament génies méconnus, la presse et le monde de l’édition qui préfèrent un bon vieux produit commercial à un grand livre sans oublier le monde politique et économique utilisant un prix littéraire comme moyen de communication.
On est sensibles à la mise en scène des jurés du prix Elysian, des écrivains avides d’obtenir la suprême récompense et quelques personnages gravitant autour d’eux : un éditeur, un agent et un homme politique présidant le prix.
Bien sûr, l’intrigue est intéressante et s’orchestre à la manière des histoires à tiroirs, une scène en absorbant une autre à sa suite. Et on pourrait en effet imaginer toutes ces circonvolutions mondaines se dérouler dans le microcosme littéraire parisien. Car personne n’échappe jamais au ridicule ou au pathétique. 
Il semble, vu le succès du livre en librairie, qu’Edward Saint Aubyn a su traiter un sujet finalement délicat avec un humour intelligent, osant parfois grossir les traits, mais sans manquer de pertinence. La réussite de ce livre tient à ses injonctions et à ce qu’il incite à deux grandes réflexions. La première touche à la création littéraire et les difficultés à affronter aussi la part de représentation sociale qu’implique la position d’écrivain. Car ceux qui se piquent d’être des lecteurs avisés sont souvent pris par le désir de briller. L’autre aspect essentiel du livre est la solitude qui habite tous ces personnages qui s’agitent avec son quota de réflexions sur les relations aux autres à une époque où l’apparence, la réussite, la vanité et la vélocité dévorent les âmes.

Ce roman, en confrontant les égos, met en scène notre difficulté actuelle à communiquer avec les autres. En s’autoanalysant en permanence, les personnages principaux oublient juste de vivre ! Leur égocentrisme les distrait tout en les éloignant de leurs intérêts profonds, leur attitude est en partie involontaire, modelée par l’air du temps. Ce qui séduit, amuse et interpelle, dans Sans Voix c’est le côté marqueur social, et cette satire du monde littéraire dont la description est exercée d’une main de maître reflète bien les codes de notre époque contemporaine.

Sans voix
d’Edward Saint-Aubyn
Editions Christian Bourgois Editeur

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