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Tu n’as pas tellement changé : la blessure de Marc Lambron

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Par Laurence Biava – bscnews.fr/ Le dernier livre de Marc Lambron est sans doute son plus poignant. C’est un récit et une réflexion sur l’amour fraternel, en tant que méditation sur la mort et la désagrégation.

C’est encore et surtout un texte d’une profondeur inédite sur la disparition prématurée de ce frère Philippe, mort le 17 juillet 1995, des suites du Sida, à l’hôpital de Villejuif. L’écrivain a écrit quelque temps plus tard ce texte incroyablement pudique pour raconter cet enfant né six ans après lui, cet adolescent duquel il resta un temps éloigné. Jusqu’au jour où la révélation effrayante de la maladie les rapprocha. Le combat contre la maladie de Philippe, la violence du chagrin, de l’absence, l’amour qui est au-delà de tout, la détresse, Marc Lambron dit tout cela avec une infinie justesse, beaucoup de précaution dans un désir de résilience et de résistance face à la disparition inéluctable de ce cadet tant aimé.

Le portrait de Philippe est donc tout en retenue. Lambron nous le dévoile dans sa combativité et dans la manière dont les instants tragiques les ont rattrapés tous les deux et ont indéniablement resserré les liens. Confrontés à une nouvelle réalité, les deux garçons mesurent la force du lien qui les unit. C’est l’apprentissage, en quelque sorte, de l’énergie du désespoir et d’une nouvelle relation qui se construit, entre contradictions et paradoxes. Le récit personnel de Lambron s’articule autour de ce rapprochement implicite autant qu’invincible, et la blessure qui découle de cette réalité brute, tétanisante qu’est la maladie. .

N’importe qui est à même de se retrouver dans ce livre si bien écrit, tellement touchant, tellement authentique. Passées au scalpel, les relations familiales houleuses par nature démontrent combien l’intimité de l’enfance est somme toute ce qui finit toujours, dans les moments crus de l’existence, par rejaillir et triompher. L’auteur, ici, avec beaucoup de tendresse, ravive ces souvenirs enfouis, et il les déterre pour poser un linceul sur le corps et l’âme de ce frère épaulé. Frère courageux et vaillant, affirmé, qui crie sa rage de vivre jusqu’au bout.

« C’est à cette aune que je mesure combien je l’ai connu, combien je l’ai méconnu. On peut retracer de l’extérieur la vie d’un autre ; mais le deuil ne renvoie à soi, oblige à retrouver en soi le souvenir de ce qui fut » .

Marc Lambron démontre une force mentale rare, qui l’aide certainement à surmonter sa douleur et son abattement.. En creusant le sillon de l’existence trop courte mais intense de Philippe, il fait acte de mémoire. Catharsis salutaire que d’avoir écrit ce livre absolument majestueux, ennobli par une plume littéraire d’exception, où tout est finesse et délicatesse.

Tu n’as pas tellement changé
Marc Lambron
Editions Grasset
139 pages

Crédit-photo: JF PAGA

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