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Les Indiens, artistes des Plaines

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Par Elodie Cabrera – bscnews.fr/ Exit les westerns et les peaux peinturlurées. Jusqu’au 20 juillet, l’exposition « Indiens des Plaines » présente au Musée du Quai Branly 140 œuvres appartenant aux plus grandes collections américaines et européennes. Un voyage dans le temps et les herbes hautes sous le signe de l’étonnement.

Robes à franges, coiffes à plumes et calumets de la paix, les Indiens ont bel et bien débarqué au Musée du Quai Branly, mais en laissant au placard les stéréotypes du cinéma. Déambuler dans cette exposition, à la scénographie sobre et minimaliste, c’est prendre une claque à chaque pas. L’oeil s’arrête sur une robe bleue recouverte de milliers de perles et d’épines de porc-épic, puis glisse sur une parure de plumes vert pomme et rose fushia en forme de soleil, pour finalement caresser du regard une sublime sculpture de cheval. On apprend au passage que c’est pour rendre hommage à son canasson décédé que le guerrier taillait cette statuette. Ou que les personnages peints sur une peau de bison racontent l’histoire d’une célèbre bataille. Et les anecdotes se suivent sur les petits encarts qui accompagnent chacune des 140 œuvres rassemblées exceptionnellement pour cette exposition. « Une première pour le public européen », assure Gaylord Torrence, commissaire de l’exposition et fondateur du département dédié aux Indiens d’Amérique du Nelson-Atkins Museum, au Kansas, dont il est le conservateur en chef.

Comanches, Cheyennes et Sioux
Pour ajouter quelques cordes à l’arc de la connaissance, plusieurs panneaux sont placés sur le parcours afin de mieux comprendre la répartition des Indiens des Plaines. Ce vaste territoire s’étendait des Grandes Rocheuses au bassin du Mississippi, et des provinces canadiennes du Saskatchewan jusqu’au Texas, soit le cœur des Etats-Unis actuels. Apaches, Sioux, Blackfeet, Comanches, Cheyennes ou encore Pawnees, au total près d’une vingtaine de tribus se partagent ces terres. De longues périodes de paix s’entrecoupent de guerres inter-tribales fratricides, mais la Conquête de l’Ouest sera de loin la plus meurtrière. Un choc des cultures rythmé par les épidémies et les échanges commerciaux.
Dans notre imaginaire, un Indien sans son cheval n’est pas un Indien. Pourtant, l’animal à crinière est importé par les Espagnols et c’est seulement à partir du XVII° siècle que les peuples des plaines se l’approprient. De quoi bouleverser leur société : la chasse au bison et les grandes traversées sont facilitées, dans certaines tribus la sédentarisation laisse place au nomadisme. D’autres outils et matériaux originaires du Vieux Continent font rapidement tourner la tête aux Indiens. Les perles de verre, par exemple, deviendront l’emblème de leur culture et décorent dès le début du XX° siècle une multitude d’accessoires : jambières, vestes, pare-flèches, poches à tabac… Bientôt chaque centimètre de cuir est recouvert, comme cette magnifique valise réalisée par Nellie Two Bear Gates pour sa fille afin qu’elle garde en mémoire l’histoire de son clan.

Langage figuratif
Tout au long du parcours, on comprend combien la culture amérindienne a su s’adapter, se renouveler et même se préserver au contact des colons. On a tendance à l’oublier, mais les Indiens n’avaient pas d’écriture propre. Chaque dessin sur peau de bison est donc une archive au même titre que les peintures rupestres des grottes préhistoriques. Lorsqu’ils découvrent le papier et les crayons de couleur, leur réflexe est le même : ils croquent les rites spirituels ou consignent les événements marquants dans « les comptes d’hiver », sorte de calendrier en forme de jeu de l’oie. Sur plusieurs feuilles à grands carreaux, jaunies par le temps, se détachent des personnages rassemblés sous des tipis ou dansant en cercle. On voit ainsi apparaître les premiers fusils, preuve du commerce avec les Européens.

Le Musée du Quai Branly nous propose un véritable voyage dans les contrées des peuples à plumes, dont on ressort fasciné tant le raffinement de leur savoir-faire nous saute à la figure. L’exposition s’ouvre sur les œuvres les plus récentes (1965 à nos jours) et défend une culture toujours vivante malgré une reconnaissance tardive. C’est seulement depuis une quarantaine d’années que les expositions se multiplient à travers l’Amérique du Nord. Quant au Musée national des Indiens d’Amérique, situé en plein cœur de Washington, il s’est ouvert en 2004.
En partant, on jette un dernier coup d’oeil à une sublime coiffe à cornes et crinière rouge feu, puis une autre petite couronne d’où s’échappent deux tiges, façon oreilles de lynx. Seraient-ce les scalps de « Max et les Maximonstres » ?

INDIENS DES PLAINES
Exposition du 8 avril au dimanche 20 juillet 2014
Quai Branly, 37 quai Branly 75007 Paris
Horaires: Du lundi au dimanche de 11h à 21 heures
tarif plein 9 € / tarif réduit 7 €

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