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Les confessions antinomiques d’un homme à la dérive

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Par Florence Gopikian Yérémian – Bscnewsfr / 
Jacques est seul sur scène dans son cercueil rouge. Pris entre la réalité et le mensonge, il dérive avec incertitude sur sa barque mortuaire. Avant, il avait peur de tout et la société le révoltait. À présent, sa vie a trouvé un sens et il plane au-dessus de ses semblables.

Avant, il craignait la douleur et appréhendait la mort, désormais il les apprivoise et se croit immortel. C’est en tout cas ce qu’il nous raconte car Jacques est bipolaire: d’un instant à l’autre, il passe du désespoir le plus sombre à l’exaltation absolue. La seule évidence dans son discours chaotique est que cet être fragile a besoin de se confier, il a besoin de dire tout ce qui l’écœure dans ce monde avarié: la barbarie, l’indifférence, les voleurs, les partouzeurs… À ses yeux, l’humanité est constituée de créatures malveillantes et cela quelle que soit leur condition: son médecin, ses collègues de travail, sa fiancée, tous sont corrompus… même ses parents ne sont pas épargnés par la hargne de sa virulente sentence.
Afin d’appuyer sa diatribe, Jacques évoque une foule d’anecdotes tirées de son quotidien, il nous décrit ses rencontres parisiennes, son enfance, l’appartement qu’on lui a dérobé et dont la porte a soudainement disparu de son palier…. Et puis, au fil de banalités, il nous parle enfin de ce fameux jour où une révélation mystique a tout changé à sa trajectoire….

C’est avec fougue et élégance que le comédien Frantz Morel investit la figure fluctuante et complexe de Jacques. Durant une heure vingt, il parvient avec justesse à composer un personnage à deux visages oscillant entre le naufragé dépressif et le prophète en extase. Paré de ses chaussures rouges et de sa marinière, il nous fait parfois songer à un clown triste cherchant le rire du public mais guettant surtout sa compassion. Alternant les phases silencieuses et les moments d’euphorie, il passe du mutisme aux cris, se déplace comme une mouche folle, chute, fornique puis danse sur scène au son des mélodies poignantes de la Strada. Sa prestation est ivre et pleine d’entrain : parallèlement à Jacques, il enchaine tour à tour les rôles d’une voisine grivoise, d’une vieille tante fortunée ou d’un commissaire peu scrupuleux. C’est un réel plaisir de regarder cet artiste schizophrène dont le regard franc et profond nous happe et ne cesse de nous interroger. Dommage que le texte d’Elie-Georges Berreby comporte trop de digressions et de références absurdes : à force de parler de tout et de rien, son histoire finit aussi par nous faire dériver…Un monologue à voir donc pour découvrir le talent évident de Frantz Morel.

L’homme en morceaux
D’Elie-Georges Berreby
Avec : Frantz Morel a l’huissier
Mise en scène : Geneviève Rozental / Direction d’acteur: Diana Ringel

Théâtre Aire Falguière
55, rue de la procession – Paris 15e
Métro : Volontaires, Plaisance
Jusqu’au 22 mars 2014
Samedi à 18h30 – Mercredi 22 janvier à 20h30
Tous les mercredis de février à 20h30

L’homme en morceaux sera également présent au festival d’Avignon 2014 au Théâtre des Ateliers d’Amphoux.

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