Entre la muse et l’ange, siège « le duende ». Federico Garcia Lorca vous invite à le découvrir!

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Savez-vous ce qu’est le duende? Certains peuvent l’assimiler au génie, d’autres à l’inspiration, d’autres encore à la force qui transporte quelques élus vers la création.

À mi-chemin entre la muse qui dicte et l’ange qui guide, le duende procure un pouvoir mystérieux que l’on peut ressentir mais qui ne s’explique pas: Bach a été touché par la magie du duende, il en va de même pour Le Greco ou Zurbaran sans parler de certains toréadors ou des plus grandes figures du Cante Flamenco. Tous les arts sont propices à convoquer le duende, mais lui seul décide de sa venue : on le trouve, par exemple, dans la noirceur des œuvres de Goya, dans la solitude émanant des textes de Rilke ou dans les poèmes vertigineux de Lautréamont. Pour nous parler de ce sortilège divin, la comédienne Mireille Perrier s’est vêtue d’un costume sombre ceinturé de rouge sang. À travers sa posture raide et altière, elle nous fait songer à un matador toisant sa proie au cœur de son arène théâtrale. Masculine au possible, elle incarne un Federico Garcia Lorca des plus androgynes : de sa voix rauque et imposante, elle expose au public en quoi consiste ce don des Dieux encore si cher aux Espagnols et aux Gitans d’aujourd’hui.
Il est à la fois étrange et amusant de voir qu’une comédienne en apparence sobre et réservée puisse faire preuve de tant de passion dans sa narration. Tour à tour poète, flamenca ou toréador, Mireille Perrier se laisse emporter par les sonorités noires des chanteuses andalouses ou par la liturgie sépulcrale propre aux corridas hispaniques. Oscillant entre une image austère et une parole fougueuse, il est évident que cette interprète aime son texte et le maîtrise à la perfection On regrette cependant que son monologue nous délivre beaucoup trop de références lancées dans tous les sens: Goethe, Nietzsche, Luther, Bizet, Cézanne …toutes ces sommités s’entremêlent maladroitement dans son discours précipité, sans parler des artistes andalous qui demeurent de strictes inconnus pour la majorité des spectateurs!
Bien que cette pièce soit un hymne aux forces de la création, il faut admettre que son côté encyclopédique nous étouffe. Certes, elle s’inspire entièrement d’une conférence écrite par Federico Garcia Lorca (Juego y teoria del duende) mais il aurait peut-être fallu la dépouiller d’avantage avant d’en faire une transcription scénique : l’excès de rhétorique et d’étymologie engloutit l’émotion et nous empêche réellement de parcourir Séville ou Cadix au son des palmas et des castagnettes. On crie donc « Olé » à l’érudition de Mireille Perrier, mais il faudrait justement un soupçon de « duende » pour relever cet intéressant soliloque…

Jeu et théorie du Duende
Texte de : Federico Garcia Lorca
Adaptation et mise en scène : Benjamin Barou -Crossman
Avec : Mireille Perrier

Théâtre les Déchargeurs
3, rue des déchargeurs
Paris 1er

Jusqu’au 21 décembre 2013
Du mardi au samedi à 19h30
Réservation : 0892683622 – 0142360050

Au Festival d’Avignon Off 2014 -Centre Européen de poésie d’Avignon – 21h30

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