Sur-prise : et si Marilyn n’existait pas?

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Par Florence Gopikian Yeremian – bscnews.fr/ Lorsque l’on découvre Émilie Prevosteau avec ses yeux espiègles, sa peau de porcelaine et sa petite bouche en cœur, on a l’impression de faire face à une gamine mutine ayant dérobé le rouge à lèvres de sa mère. Il suffit pourtant que cette élève de la Comédie Française entame son monologue pour qu’apparaisse devant nous une actrice d’une maturité évidente.

Bien décidée à incarner Marilyn Monroe dans la pièce d’Amine Adjina, elle revêt sa perruque blonde et plaque sur son visage enfantin un sourire blanchi aux flashs des photographes. De sa voix claire, elle confronte son public et demande même à certains spectateurs de la prendre en photo dans des poses langoureuses ! C’est qu’elle aime qu’on la regarde la Marilyn, il semblerait d’ailleurs qu’elle ne vit que pour ces moments de gloire…
Et si l’on retirait le glamour et le rêve, que resterait-il à la fragile Norma Jeane Baker? Un désespoir immense. Celui d’une enfance malheureuse auprès d’une mère hystérique, celui d’une jeune californienne transformée malgré elle en putain, celui enfin d’une femme qui ne sera jamais mère et que la vieillesse effraie.
Avec un parler cru et une incroyable assurance scénique, Émilie Prevosteau nous raconte les incertitudes et les hantises de cette désaxée. N’hésitant pas à se mettre nue, elle offre son corps laiteux aux regards étonnés des spectateurs afin que l’introspection soit complète. Dérangeante dans ses propos, elle évoque avec cynisme l’épisode indécent de cet homme qui l’a possédée dans un râle sourd à l’arrière d’un bar miteux. Puis, sautant sur son lit, elle crie sa peur d’être abandonnée par ceux qu’elle aime et qui pourtant abusent d’elle. Interpellant avec cran la salle pour qu’on la fixe, elle révèle son besoin infini de séduire qui l’emmène à se dédoubler.
Car, après tout, Marylin n’existe pas! Non, ce sex-symbol n’est qu’une icône pulpeuse qui erre entre une femme nommée Norma Jeane et son miroir. Un être imaginaire que chacun – même Daddy… – accroche sur son mur en souhaitant la posséder.
Réfléchissez bien : Marilyn est un concept made by Hollywood destiné à satisfaire toutes les frustrations ! Pour que le rêve américain perdure, elle ne pouvait finir autrement que dans l’alcool et les barbituriques.
Cette pièce est une belle SUR-PRISE (même si l’on souhaiterait que la fin soit moins soudaine). Émilie Prevosteau fait réellement honneur à son rôle: à la fois radieuse et fragile, on peut définitivement dire que c’est une actrice qui n’a pas froid aux yeux- ni ailleurs …

Sur-prise
Librement inspiré de la vie et de la mort de Marilyn Monroe
Texte et mise en scène: Amine Adjina
Avec Émilie Prevosteau

Théâtre les Déchargeurs
3, rue des déchargeurs – Paris 1er
M° Châtelet

Du 14 novembre au 21 décembre 2013
Du jeudi au samedi à 18h
Réservations : 0892 68 36 22 – 0142360050

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