Pertinent et drôle : les picards donnent dans la Dispute

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Par Julie Cadilhac –bscnews.fr/ Cet été, la région Picardie est très représentée au Festival Off et l’une de ses productions nous a particulièrement séduits! La mise en scène de Vincent Dussart est délicieuse : tout à la fois pertinente, délicate, drôle et sérieuse : sa teneur hautement théâtrale et fine charme les spectateurs et le travail de la compagnie de l’Arcade, par son exigeance esthétique et sa direction d’acteurs, ne manque pas d’élévation : un bémol, peut-être pour la comédienne qui interprète Hermiane qui surjoue un peu ( même si l’on lui accorde la difficulté de n’apparaître qu’à l’exposition et au dénouement et d’avoir un rôle qui se prête à des minauderies boudeuses).

Rappelons rapidement l’intrigue de la pièce de Marivaux : Hermiane et le Prince sont en désaccord sur la question de savoir lequel des deux sexes, depuis les origines du monde, a été le premier inconstant en amour. Pour répondre à cette question, le Prince explique que six jeunes gens ont été élevés par son père ( qui se posait la même question il y a longtemps) depuis 18 ans, isolés les uns des autres et ne connaissant rien du monde. C’est l’heure de les faire se rencontrer et ainsi il sera possible de découvrir quel sexe a été le premier inconstant. Sans véhiculer de morale mais en se contentant d’insérer des constats cruels, la langue marivaudienne coule dans cette oeuvre avec une limpidité seyante à l’oreille et les thèmes abordés sont follement amusants car y percent quelques vérités dérangeantes. Dans la mise en scène de Vincent Dussart, les quatre interprètes de ces enfants élevés dans l’innocence sont portés par un souffle enthousiasmant qui ne les lâche jamais et l’on rit, s’émeut, s’amourache avec eux tout naturellement. Fin analyste de la pièce , le metteur en scène a choisi d’y « rendre palpable ce trouble de l’ego, cette défaillance du sentiment d’exister ». Les personnages découvrent donc d’abord le « je », puis le  » vous » puis ensuite le « nous »…et de « ce schéma relationnel », il a imaginé une gestuelle associée à chaque pronom. Le verbe se lie donc à une chorégraphie qui ne cesse d’être perturbée par les émotions et rencontres nouvelles qui jalonnent le parcours d’Eglé, Azor, Adine et Mesrin. Les costumes de Rose-Marie Servenay et la scénographie de Frédéric Cheli éclairent de surcroît avec justesse l’emprisonnement de ces êtres sacrifiés pour une expérimentation et ont l’intelligence cependant de ne pas appuyer non plus trop lourdement sur l’idée. Une pièce qui se regarde presque comme un ballet tant les mots, les gestes et les caractères s’imprègnent de ce qui les entoure et se meuvent en harmonie ( même lorsque c’est en opposition) avec les autres ou face au miroir. S’il faut émettre une critique négative, on dira simplement que l’on n’adhère pas forcément à la violence de la fin et au choix d’un Dina et d’un Meslis au physique caricatural ; l’usage de la vidéo heurte l’oeil au creux d’une pièce tout en subtilités et dont l’esthétique joue sur des couleurs « naturelles » et « pures » mais l’on suppose également que , pour des questions économiques, il est compliqué d’avoir dans une troupe deux comédiens pour ne jouer sur scène que peu de répliques: on est donc conciliant. Une pièce que l’on recommande VIVEMENT!

La Dispute

De Marivaux

Mise en scène: Vincent Dussart

Avec Louis-Mariee Audubert, Jean-Pierre Bélissent, Xavier Czapla, François Duhem, Chantal Garrigues, Anne de Rocquigny, Sophie Torresi, Nathalie Yanoz

– Du 8 au 31 juillet 2013 au Théâtre des Lucioles à 21h, Festival d’Avignon Off

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