Le monde est une scène… celle de la Tour Vagabonde est exaltée !

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ On ne se lasse pas des spectacles de la Tour Vagabonde, on devient même « addict » de la fougue et de l’effervescence de ses jeunes acteurs !

Après l’impétueux Roméo & Juliette et le cocasse Bladibladibla, revoici toute la troupe des Mille chandelles joyeusement soudée autour d’une nouvelle pièce de William Shakespeare : Comme il vous plaira. Pour ceux qui ne connaissent pas cette savoureuse comédie de Sir Will, elle pourrait passer pour la grande sœur de Robin des bois, un brin plus précieuse et beaucoup plus spirituelle. On y découvre un Duc proscrit avec sa noble cours dans la forêt des Ardennes, un frère usurpateur, cruel et malveillant ainsi qu’une jeune aristocrate (Rosalinde) bannie du royaume et contrainte de se déguiser en homme pour sauver sa vie. Sur fond de trahisons et de rivalités fraternelles va transparaitre une plaisante histoire d’amour entre la belle Rosalinde et le fils d’un chevalier dénommé Orlando. Afin de mettre en scène ces amoureux en exil, Baptiste Belleudy a habillé sa Tour Vagabonde d’un charmant décor pastoral fait de paille et d’osier, agrémenté de quelques animaux (Excellent le cheval en feutrine !). Y prennent place des amitiés complices, des combats valeureux ainsi que toute une subtile réflexion autour de l’amour et des femmes. En transformant Rosalinde en homme, Shakespeare saisit là l’occasion de transvaser toute la pensée masculine dans un corps de jouvencelle ! Sublime variation sur l’ambigüité et l’identité sexuelle : cette demoiselle devenue homme peut à présent se permettre de calomnier ses semblables quels qu’ils soient ! Il en ressort un discours sans simulacre et d’une modernité impressionnante pour le XVIe siècle : Shakespeare y défend la fidélité, s’amuse de l’émoi amoureux, se perd dans la confusion des sentiments et ne manque pas de critiquer la malice et la félonie du beau sexe. Observateur de l’âme humaine, il décortique ses vices et ses vertus à tous les étages de la société. Du paysan au seigneur en passant par le bouffon, chacun joue son rôle en étant victime de ses sentiments. « Le monde est une scène dont nous sommes les acteurs », la devise du grand dramaturge trouve inéluctablement dans cette pièce sa représentation la plus adéquate. Les acteurs, de leur côté, ne manquent pas d’y rendre hommage en donnant à chaque représentation le meilleur d’eux-mêmes : tandis que les amants parsèment la scène d’odes et d’élégies, les seigneurs nous offrent de fougueuses luttes et les paysans nous comblent d’humour et de bêtises champêtres (Sylvy Ferrus est aussi désopilante dans le rôle d’Audrey la bergère qu’elle l’était dans celui de la nourrice de Roméo & Juliette !). Vêtus de pourpoints ou de guenilles, ces comédiens ambulants intervertissent leurs rôles à coups d’astuces scéniques et de déguisements. Ils font preuve d’une telle fraicheur qu’on en oublie leurs erreurs de texte ou de diction. L’ensemble du public ressort séduit par cette farandole shakespearienne sauf, peut-être, les spectateurs du second niveau : perchés dans leur pigeonnier, ils n’ont pas eu, hélas, le droit aux doux regards de Rosalinde et ont du tendre l’oreille pour percevoir toute la poésie de cette pièce. Une prochaine fois peut-être ? Comme il vous plaira…

Comme il vous plaira
De William Shakespeare
Traduction et mise en scène de Baptiste Belleudy

La Tour Vagabonde
18, rue de l’Hôtel de Ville
75004 Paris

Avec la troupe des Mille Chandelles : www.lesmillechandelles.com

Jusqu’à fin juin 2013
Résa : 07 78 52 52 27

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