Ernst Lubitsch revisité par une troupe Slovène

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ ©Peter Uhan / Le 104 est un véritable temple artistique de la nouvelle scène contemporaine : danse, théâtre, expositions, performances… il accueille chaque jour des représentations aussi classiques qu’étonnantes permettant ainsi à de jeunes artistes de se faire connaître au sein d’une capitale pas toujours facile à conquérir.

En mai 2013, le Festival Passages a donc fait escale au 104 pour une série de pièces théâtrales venues d’Europe de l’Est. Parmi les compagnies étrangères qui s’y sont succédées, la troupe slovène de Ljubljana dirigée par Diego de Brea a eu l’idée heureuse de mettre en scène l’un des premiers films muets d’Ernst Lubitsch : Quand j’étais mort. La trame est simple : un jeune marié habitant sous le même toit que son horrible belle mère se voit chassé des lieux pour oisiveté. Afin de regagner sa place auprès de son épouse, il se fait passer pour mort et endosse l’habit d’un stupide domestique.C’est dans l’interprétation muette que réside tout l’intérêt de cette pièce : il faut imaginer quatre comédiens tenus au silence et devant raconter une farce à tiroirs des plus rocambolesques. Au rythme d’une allègre portée pianistique, ils s’acharnent donc à mimer les splendeurs et les misères de cet abracadabrant foyer familial dominé par Mathilde, l’herculéenne belle-mère. A coup de farces grandiloquentes, de mimiques sournoises et de gestes ostentatoires, ces joyeux drilles parviennent à entrainer le public dans une comédie sans parole des plus burlesques. Afin de forcer le trait, Diego de Brea a choisi de transgresser le film d’Ernst Lubitsch en ne confiant les rôles de femmes qu’à des hommes. Il a donc paré ses comédiens de postiches et les a grimés outrageusement pour obtenir une jeune épousée transformée en écervelée lubrique et une belle mère pantagruélique qui domine toute la scène : grosse, grasse, grognant et maugréant à souhait, Jernej Sugman porte le personnage de cette marâtre de façon « colossale ». Pestant après la paresse de son beau-fils, dandinant sublimement son massif popotin, portant un bonnet de nuit aussi difforme qu’elle, cette épouvantable régente mène les tourtereaux et les tréteaux avec robustesse. Sous sa houlette ruminante, les tables tournent, les portes claquent, les poulets prennent leur envol et la soupe dégouline. Comprimée entre un abruti de prétendant, une promise en rut et un gendre qui ne cesse de lui jouer des tours – allant même jusqu’à la séduire ! -, cette belle-mère monstrueuse et cocasse évolue à cent à l’heure, se projette sur les murs et finit par prendre la porte pour la plus grande satisfaction des amoureux. Un joyeux charivari où l’on aurait apprécié quelques clins d’œil supplémentaires à l’époque contemporaine : on salue cependant le moment d’anthologie où Mathilde ,séduite à son insu par son propre gendre, glousse un superbe « Hello » de Stevie Wonder qui fend radicalement la salle en deux ! Coup de chapeau au pianiste qui n’a pas lâché ses notes de toute la représentation.

Dans le cadre du Festival Passages, de nouvelles pièces sont programmées jusqu’au 25 mai 2013 dont certaines en provenance de l’Inde (Ne ratez pas Maya Bazaar et les exploits du Dieu Krishna : émerveillement garanti pour petits et grands !)

Quand j’étais mort
Mise en scène Diego de Brea
Avec : Alojz Svete, Janez Skof, Jernej Sugman et Boris Mihalj

Festival Passages 2013
Le 104 – Cent Quatre
5, rue Curial – Paris 19e
www.104.fr
T. 01 53 35 50 00

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