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L’affrontement : un débat sur l’Eglise entre Francis Huster et Davy Sardou

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Par Soisic Belin – bscnews.fr/ Crédit-photo : Lot/ Un terme négatif à première vue, synonyme de «clash», de bataille verbale ou physique, mais si cette dernière permettait l’élévation morale et dans le cas présent, spirituelle?

C’est bien cette définition du mot affrontement qu’illustre la pièce de Bill C. Davis, une pièce qui se joue actuellement un peu partout dans le monde (Allemagne, Irlande, Pérou…) car elle n’a pas pris une ride depuis sa première représentation, il y a de cela 20 ans. Elle pose des questions qui sont toujours brulantes d’actualité, insiste sur le caractère sclérosé des fondements religieux et ce n’est pour une fois pas de l’Islam dont il est question mais de chrétienté. L’Eglise y est présentée comme une communauté immuable, statique où les hiérarchies mènent la barque et s’emparent des écritures saintes et des coutumes instituées pour fixer une monotonie destructrice. Sur les planches du Théâtre Rive Gauche, l’inattendu Davy Sardou donne la réplique au grand Francis Huster et le retour est plutôt bon, la salle rit, réagit, prend part indirectement aux questions posées. Les dialogues de l’auteur et la mise en scène de Steve Suissa évitent de tomber dans un pathos plaintif qui aurait terni l’intérêt du thème. Tim Farley, un vieux prêtre attaché à ses principes et Mark Dolson, un jeune séminariste échangent leurs point de vue sur l’Eglise, sa gestion et ses principes. Bien plus qu’un dialogue épineux entre deux religieux, c’est une rencontre humaine entre deux personnages que tout oppose et pourtant…

Nous avons rencontré Bill C. Davis:

Votre pièce, Bill, parle de religion catholique, vous pointez du doigt ses limites, quel est votre rapport avec les religions en général et celle-ci en particulier?
L’affrontement est né, il y a 20 ans, et les questions qu’elle pose n’ont toujours pas trouvé leurs réponses aujourd’hui: tant qu’il y aura des hommes, il y aura des religions. C’est un peu comme l’art, la religion est un moyen d’expression, elle permet aux personnes d’avoir un rôle, une place acquise dans une société, sans rentrer dans la question de la foi. L’Islam se radicalise et les médias focalisent, le catholicisme peut aussi être intolérant et disciplinaire, le judaïsme (la confession de mon grand père) est une attitude donnée.

On parle trop souvent de certaines religions ayant des préceptes inadaptés à leur siècle, qu’en pensez-vous?
Vous faites référence à l’Islam parce qu’il y a dans la pratique un côté plus ostentatoire, mais pour ce qui est du catholicisme, il y a une cission entre les autorités religieuses, le haut de la hiérarchie qui ne bouge pas et qui persiste à ne pas vouloir évoluer et le bas de cette hiérarchie, autrement dit les croyants et les pratiquants qui pour la plupart vivent avec leur temps et s’adaptent. Prenons le thème de la sexualité, si on écoute les religieux, elle n’a qu’un but, la procréation or les chrétiens ne sont pas bornés. C’est un stress permanent entre la théorie immuable et la pratique en constante évolution et adaptation.

C’est en somme, la traduction de vos deux personnages: Tim, un prêtre qui n’a plus rien à prouver, qui vit avec ses règles, qui se voile la réalité pour plus de confort et sombre dans l’alcool pour cacher son mal être et Mark, jeune, fougueux, idéaliste. Pensez-vous que vos deux personnages ne font qu’un et que le premier se fait le miroir du second dans le futur?
Non, je ne le pense pas, Mark est positif, il veut du neuf, il réfléchit, il est rebelle ; pour lui, la femme a sa place à l’Eglise autant que l’homme, pour lui, l’Eglise a le devoir de donner aux gens à se découvrir et non pas à les formater… Il est progressiste et il le restera, c’est un peu de moi que j’ai mis dans ce personnage.

Malgré leur âge et leur statut on va s’apercevoir que Tim n’est pas le plus responsable, le plus indépendant… Votre histoire n’est pas qu’un discours sur la religion, c’est aussi un regard sur les rapports humains.
Effectivement Tim Farley est alcoolique, c’est son refuge, il a aussi besoin de ses ouailles, il en est dépendant, sentir leur attention et leur amour, comme un artiste, il doit se sentir aimé pour exister. Jack au contraire est plus résistant, il a un aplomb naturel et il est borné, les deux se complètent et leur rencontre sera fructueuse dans un sens comme dans l’autre. On peut parler d’apport mutuel.

Quels sont vos projets à venir, d’autres pièces en traduction?
Trois projets sur le feu. La traduction par Alain Malraux «d’Expatrie», la traduction de «Parcours» par Dominique Piat et «Coming to termes» par Alexia Perimony.

Le mot de la fin est à vous…
Je suis heureux de l’interprétation de ma pièce par ces deux acteurs (Huster, Sardou), de la mise en scène de Steve Suissa et sensible à l’adaptation de Jean et Dominique Piat. C’est difficile de reprendre les mots d’un autre et de les faire sien.

L’Affrontement

Au Théâtre Rive Gauche

du 29 avril à fin juin 2013

Pour plus d’informations :

www.theatre-rive-gauche.com

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