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Le crime se porte bien

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr / Le roman policier se porte bien. Les petites maisons d’édition se multiplient, non sans bonheur pour plusieurs d’entre elles. Les grandes continuent d’entretenir une collection. Votre magazine mène l’enquête pour séparer le bon grain de l’ivraie et vous orienter entre flux d’hémoglobine, traîtrise politique et vengeance amoureuse.

Tragi-comédie à l’italienne. Voici déjà le septième roman de Massimo Carlotto chez Métailié. Il est traduit avec talent par Serge Quadruppani. Les familiers de l’auteur y retrouveront Giorgio Pellegrini, désormais rangé des voitures. Son restaurant, the place to be de la cité, est le quartier général du député local Brianese, par ailleurs avocat et pourvoyeur d’escort-girls à ses douteuses relations d’affaires. La belle harmonie se lézarde, le jour où Giorgio réalise que Brianese l’a escroqué et carrément pris pour un âne. Il va mûrir sa vengeance, entre ses séances de jambes en l’air avec une épouse et des maîtresses qu’il traite en goujat patenté. On va croiser des méchants, mais il en faut plus pour décourager Giorgio. C’est affreusement macho, délicieusement italien et d’une lucidité confondante : « La politique aussi est un crime créatif. C’en est même la quintessence ».
« A la fin d’un jour ennuyeux », Massimo Carlotto, Métailié Noir, 17,50 euros

Une petite nouvelle qui promet ! Amanda Kyle Williams : retenez bien ce nom. Elle a créé le personnage de Keye Street, au CV cahotique mais terriblement humain : américaine d’origine chinoise, autrefois brillante agent du FBI avant d’en être licenciée en raison de son penchant pour la bouteille, divorcée d’un pale type, elle rame aujourd’hui comme détective privée. Persona non grata auprès du chef de la police d’Atlanta, elle est toutefois appelée à la rescousse par un commissaire qui lui veut visiblement beaucoup de bien, dans le cadre de la traque d’un tueur en série cruel et sadique. AKW excelle à tourner le lecteur en bourrique, d’épisode effrayant en scène teintée d’humour désenchanté. On tente de relever le défi et d’identifier les leurres, de déceler lequel des personnages apparemment anodins dissimule le monstre qui prend plaisir à égarer les flics et engage avec Keye Street un bras de fer qui va forcément mal se terminer. Pour qui ? That’s the question.
« Celui que tu cherches », Amanda Kyle Street, Albin Michel, 21,50 euros

Le romantisme noir de la violence. Révélée par Quai des Enfers ( Série Noire, 2010), Ingrid Astier s’est prise d’affection pour la brigade fluviale de la police de Paris. Pas étonnant qu’elle l’évoque à nouveau ici, mais pas absolument nécessaire : son roman tient la route sans le ballet des Zodiacs qui avait rythmé l’entrée en littérature noire d’une romancière partageant avec Chantal Pelletier la double gourmandise de la bonne chère et des mauvais garçons. Cette fois on navigue dans les eaux très troubles du grand banditisme, à travers l’odyssée de Diego, Archibaldo et Adriana, fratrie d’origine espagnole dont deux éléments se perdent dans l’univers du braquage violent. Tout commence par un dialogue sympathique à la batte de base-ball. Les limiers du 36 (je ne vous ferai pas l’injure de préciser) entrent en scène, activent leurs indics, se triturent les méninges, sans guère progresser. Mais qu’espérer raisonnablement d’un commissaire amateur de Geluck ? Diego a la prescience du rétrécissement de la nasse, mais n’entreprend rien pour l’arrêter. C’est âpre, brûlant, élégamment désenchanté. Astier est déjà la Veuve Noire de l’île Saint-Louis.
« Angle mort », Ingrid Astier, Série Noire Gallimard, 19,90 euros

Plus un poil de secte. L’un est magistrat et député, engagé dans la vigilance et la lutte contre les dérives sectaires. L’autre est journaliste, curieux de ce qui se lit entre les lignes. Ils constituent un nouveau tandem pour évoquer les liens occultes entre une pieuvre dont chacun reconnaîtra l’identité et les arcanes d’un pouvoir dont les manigances répugnantes scandaliseraient Marianne, si elle n’en avait vu d’autres, bien d’autres. Un juge est résolu à lutter contre la corruption criminelle. Solitaire, entêté, un brin idéaliste, il veut oublier la parabole du pot de terre et du pot de fer et sauver la société française malgré elle. Le bal des maudits peut s’ouvrir. Le récit est documenté, mouvementé, riche en péripéties et retournements de situation, écrit correctement, mais la paire de débutants ne peut échapper à l’accumulation de poncifs. L’un donne les ingrédients et indique les proportions à livre ouvert ; l’autre touille, assaisonne, goûte, le palais distrait par l’enthousiasme. Quand ils auront retenu – on le leur souhaite – qu’en cuisine, il est plus simple d’ajouter que de retirer, la carpe et le lapin pourront proposer leurs services au Fouquet’s. En se recommandant de Raymond.
« Propagande noire », Georges Fenech/Alexandre Malafaye, Kero, 19,90 euros

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