Ravel et Echenoz réunis sur scène

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Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr/ Crédit-photo Lot/ « Un personnage pratiquement impossible à comprendre (…) » C’est ainsi que Jean Echenoz décrit Ravel, pour lequel il ne cache pas sa fascination.

Et c’est ainsi que nous apparaît le compositeur français (1875-1937)- à qui l’on doit entre autres le célèbre Boléro – dans cette adaptation théâtrale du roman d’Echenoz. Car c’est bien d’une fiction dont il s’agit, même si les données biographiques sont nombreuses et précises. L’auteur y retrace avec liberté, fantaisie et improvisation les dix dernières années de la vie de ce compositeur de génie au destin tragique.La pièce s’ouvre sur un décor contemporain et ingénieux, entièrement bleu. Sur scène sont représentés ou évoqués les différents lieux dans lesquels nous suivrons le personnage de Ravel à travers des évènements marquants de sa vie et jusqu’à la maladie qui finira par l’emporter. Une maison de poupée, une baignoire, la maquette d’un paquebot, une représentation de la statue de la liberté, un petit train électrique, ou encore une voiture prêtent ainsi main forte à notre imagination pour nous faire voyager à ses côtés lors de sa traversée de l’Atlantique à bord du France ou de sa glorieuse mais épuisante tournée à travers l’Amérique. Sans oublier le piano à queue, bien évidemment, depuis lequel le pianiste de jazz et compositeur Andy Emler nous offre tout au long de la pièce des instants de rêverie inspirés de l’œuvre musicale de Ravel et de l’univers littéraire d’Echenoz. Homme chic, toujours tiré à quatre épingles, le compositeur français fut le premier à se vêtir entièrement de blanc et c’est ainsi qu’il nous apparaît sur scène. A ses côtés, deux autres comédiens nous offrent des va et vient entre narration et interprétation. Nous découvrons ainsi un Ravel à la personnalité fortement contradictoire, sur lequel Jean Echenoz pose un regard tendre et teinté d’ironie. Un artiste à la fois mondain et pudique, qui ne supportait pas qu’un interprète modifie quoi que ce soit à l’une de ses œuvres. « Les interprètes sont des esclaves ! » se justifiait-il. L’homme reste flou, nous l’approchons sans jamais vraiment l’atteindre ; la vie se déroule tout autour de lui tandis qu’il semble perpétuellement flotter dans un ailleurs où il s’abandonne à son ennui, ses insomnies, sa solitude. « Mais l’ennui de cet instant, plus que jamais démuni de projet, paraît plus physique et plus oppressant que d’habitude, c’est une acédie fébrile, inquiète, où le sentiment de solitude lui serre la gorge plus douloureusement que le noeud de sa cravate à pois. » Même la musique, pourtant au centre de son univers, ne lui est d’aucun réconfort. Le temps s’arrête parfois un peu longuement sur certains moments de sa vie, sur certains instants, puis s’accélère, nous file entre les doigts comme la vie de Ravel qui doucement lui échappe. Si l’idée d’entremêler jeu, narration et musique est aussi originale qu’intéressante, l’interprétation des comédiens nous laisse néanmoins au seuil de l’émotion. Une distance qui renvoie à celle de Ravel envers lui-même, mais qui peut se révéler déstabilisante. On se laisse donc porter par le fil du récit et emporter par la mise en scène bien pensée, sans toutefois être littéralement transporté.

‘Ravel’
de Jean Echenoz
Mis en scène par Anne-Marie Lazarini
Musique originale d’Andy Emler
Avec Michel Ouimet, Marc Schapira, Coco Felgeirolles

Le Théâtre Artistic-Athévains va consacrer ses prochaines semaines (du 27 mars au 5 mai 2013) à JEAN ECHENOZ.

Dates de représentation:

Du 8 novembre au 31 décembre 2013 au THÉÂTRE ARTISTIC-ATHÉVAINS

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