ATEM : une danse macabre de Josef Nadj

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ ®Nadja La Ganza et ®Marcel van Dinther/ En Allemand, le mot « souffle » se dit « Atem ». Deux petites syllabes aux sonorités antinomiques, à la fois ouvertes et fermées, puissantes et vulnérables, comme le personnage bipolaire magistralement interprété par la danseuse Anne-Sophie Lancelin dans la nouvelle création de Josef Nadj.

La chorégraphie de Nadj se déroule à huis clos dans une pièce noire et sourde comme une tombe. Un pas de deux désarticulé vient y prendre place progressivement : une femme git au sol aux côtés d’un homme sans tête. Silence. Lenteur. Suffocation. Puis chacun se lance subtilement dans une variation glauque et singulière alternant des contorsions et des tremblements d’où émane une évidente douleur. La musique qui les accompagne est lancinante, saccadée, elle mêle des bruits de vent et d’eau qui ramènent inconsciemment le spectateur à la pureté élémentaire. Emmurés vivants dans cette cellule exigüe, les deux protagonistes semblent se débattre, ils s’étirent, s’élèvent, chutent lourdement puis trouvent d’invisibles échappatoires aux travers desquelles ils se dissimulent et réapparaissent sous un autre aspect. Une porte fenêtre s’ouvre pour laisser une silhouette disparaitre, un rideau se soulève d’où se faufile un corps rampant, un mur s’étiole pour aspirer une femme spectrale… Dans ce décor à tiroirs, tout est propice à d’obscurs enchantements susceptibles d’entrainer le spectateur dans un au-delà énigmatique et asphyxiant. Malgré la beauté évidente de ce ballet macabre, le parti pris du chorégraphe est trop complexe. Il parsème son tableau d’objets qui devraient nous servir de clefs mais leur signification demeure opaque : que représentent ces plumes aimantées sur le mur, ce pendule lancé dans le vide ou ces soufflets éteignant des bougies ? Qui est cet homme acéphale ou cet autre portant lourdement un heaume ? Quelle est la relation de ces deux êtres qui ne cessent de s’étreindre et de se heurter ? Autant de questions qui demeurent sans réponse jusqu’au bout de la performance. Mais peut-être est-ce intentionnel ? Il est possible, en effet, que Josef Nadj utilise cette approche confuse afin d’accentuer le trouble voire le malaise du spectateur. Si tel est le cas, l’effet est entièrement réussi : on ressort de la représentation oppressé, pensif et mélancolique. En manquant de souffle, en fait…

ATEM – Le souffle
Création 2012 de Josef Nadj
Avec Anne-Sophie Lancelin et Josef Nadj

Le Centquatre (104)atem 25, rue Curial
Paris 19e
T. 01 53 35 50 00
Jusqu’au 28 avril 2013

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