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Angoulême: Le Musée Privé d’Art Spiegelman

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Par Julie CadilhacBscnews.fr/ Jusqu’au 6 mai 2012, le Musée de la Bande Dessinée vous accueille pour une exposition brillante imaginée par le talentueux Art Spiegelman en personne. L’auteur de bandes dessinées, qui en janvier 2011, s’est vu décerné le Grand Prix de la Ville d’Angoulême, a voulu rendre hommage au patrimoine du Neuvième Art.

De façon inédite, lui a été confiée l’intégralité des espaces de l’exposition permanente du Musée de la BD. En utilisant les collections de la Cité et en sollicitant d’autres fonds, il a ainsi dressé son panthéon personnel des planches et des auteurs qui incarnent l’histoire de la BD et son accomplissement. Une vision subjective riche d’intérêt où – forcément – sont massivement représentés les auteurs américains mais où Art Spiegelman met en valeur des personnalités moins connues des français. Le président du jury du 39ème Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême y présente à peu près 400 oeuvres: dessins originaux, pages imprimées provenant de journaux américains de la première moitié du XXème siècle, livres et magazines anciens, objets.
Art Spiegelman est né en 1948. Dès le début des années 70, paraissent ses premiers strips dans des revues underground et psychédéliques comme Zap Comics. Plus tard, rédacteur en chef de la publication Arcade puis de RAW, en collaboration avec son épouse et romancière Françoise Mouly, il met en valeur l’avant-garde de l’illustration et de la bande dessinée américaine et contribue à faire connaître aux lecteurs outre -Atlantique de nombreux auteurs européens dont Tardi, Mattotti ou encore Loustal. C’est dans RAW qu’il fait paraître les premières pages de son oeuvre majeure, Maus- A Survivor’s Tale. Dans les années 90, il collabore au magazine The New Yorker. Donner carte blanche à Art Spiegelman pour concevoir son propre Musée Privé semblait donc tout à fait légitime tant l’auteur, du fait de ses expériences plurielles et ses contributions à des publications majeures, a une connaissance pointue de l’histoire de l’art qu’il pratique. Cette attirance pour la Bande-Dessinée est née très jeune chez cet artiste et dans Portrait de l’artiste en jeune %@*!, ce dernier déclare d’ailleurs : « Tout ce que je sais, je l’ai appris dans les comics. (…) J’étudiais MAD comme d’autres gosses le Talmud ! »
Une exposition didactique qui propose un parcours ponctué de vidéos inédites dans lesquelles Art Spiegelman commente ses choix et explique l’importance de chaque artiste sélectionné à ses yeux. Art Spiegelman précise d’ailleurs que ce Musée Privé n’aurait pu exister sans le travail quotidien et pointilleux des collectionneurs et notamment de Glenn Bray et Bill Blackbeard: ces hommes passionnés dont le premier s’est constitué une collection sur l’underground, la bd alternative et les comics books de la maison E.C et le deuxième est le fondateur de la San Francisco Academy of Comic Art dans laquelle sont rassemblées toutes les pages de journaux contenant de la BD. L’exposition est divisée en six parties: Bande dessinée et caricature de 1830 à 1914, Les grandes heures du newspaper strip américain, Les débuts du comic book et les E.C Comics, L’Underground et le Post-Underground, RAW ou l’affirmation d’une avant-garde internationale et enfin La révélation Binky Brown.
Cette rétrospective est l’occasion d’une plongée enthousiasmante dans le Neuvième Art et on y a le plaisir de toucher presque les planches originales de MuséePrivé2nombreuses figures emblématiques de la bd. Les connaisseurs s’extasieront devant la valeur des originaux, les néophytes dévoreront les bulles, s’embarqueront le temps de quelques vignettes dans les aventures de super-héros, riront de bon coeur devant l’humour décapant de la bd underground, laisseront résonner des noms nouveaux dans leur esprit curieux et les emporteront ravis dans leur bagage culturel. A quoi mesure-t-on la réussite d’une exposition? lorsqu’ à sa sortie, le désir d’en connaître davantage encore a été transmis. Ce Musée privé incite à rendre de nouvelles visites aux auteurs Wallace Wood, Bill Eider, Don Martin, Basil Wolverton, Graham Ingels, Walt Kelly, Will Eisner, Patrick Mac Donnell, Bill Geiffith, Roy Crane, Al Capp, Frank King, Elzie Chrisler Segar ( Popeye), Frank King et bien d’autres…
Parler des autres, c’est également une autre façon de parler de soi. Si l’on découvre des dizaines d’auteurs incontournables, cette exhibition est aussi l’occasion d’en apprendre davantage sur son concepteur. Devant les planches de Little Orphan Annie, un comic strip créé par Harold Gray qui apparaît pour la première fois en 1924 dans le New York Daily News, une sorte de « soap opera »,Art Spiegelman nous explique par exemple que les yeux vides d’Annie l’ont fait réfléchir sur sa façon de dessiner Maus.  » Vider les yeux de leur contenu, c’est amener le lecteur à se projeter. Le blanc de la feuille de papier devient un lieu idéal de projection. Les yeux vides des personnages permettent de se projeter. »
Il serait impensable car rébarbatif de citer ici toutes les petites merveilles dont sont truffés les présentoirs généreusement livrés à la curiosité des visiteurs. Sans être exhaustif donc, on vous dira qu’on croise les élucubrations graphiques de Georges Herriman, le créateur de Krazy Kat, strip très populaire dans les années 20. On a plaisir à observer certains dessins de Lyonel Feininger , peintre expressionniste et caricaturiste allemand-américain .

On rencontre plus loin les planches de Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay qui joue avec les perspectives architecturales originales et riches en effets inédits ou encore celles d’Arthur Burdett Frost avec son «Stuff and nonsense», un artiste graphique majeur des années 1880-1920, qui était daltonien mais a su exploiter son handicap en usant avec talent de la palette du noir et blanc et notamment utilisait avec finesse les niveaux de gris. Quelques auteurs français sont mis aussi à l’honneur comme l’illustrateur, peintre, graveur et sculpteur Gustave Doré ou le dessinateur animalier et humoriste Benjamin Rabier. Côté Underground, cette exposition donne l’occasion de découvrir le travail de Rick Griffin, Rory Hayes, Spain et même celui d’une femme Diane Noomin. Art Spiegelman n’oublie pas non plus de citer la Relève avec Jaime Hernandez et son esprit punk rock, Daniel Clowes et ses atmosphères fifties, David Mazzucchelli avec quelques planches de son excellent Asterios Polyp, Joe Sacco et son travail de bd journalisme, Peter Pontiac,illustrateur et auteur comics underground hollandais, ou encore Francis Masse qui a publié de nombreux dessins dans L’écho des Savanes, Charlie Mensuel, Métal Hurlant ou encore Fluide Glacial.
On remerciera particulièrement le Musée de la Bande Dessinée d’Angoulême d’avoir mis à notre disposition cette série de visuels qui accompagne notre propos et qui devrait, à n’en pas douter, tenter un grand nombre d’entre vous d’envisager d’ici mai une petite expédition du côté d’Angoulême pour ne pas passer à côté d’une exposition de cette qualité…

« À l’heure où la bande dessinée numérique nous éloigne de ces merveilleuses œuvres qui ont été créées sur papier, je pense qu’il existe toujours un avenir pour la bande dessinée, mais que cet avenir réside dans son passé. » (Art Spiegelman in Ma cartographie personnelle de la bande dessinée)

La Cité Internationale de la Bande dessinée d’Angoulême
121 rue de Bordeaux BP 72308
F-16023 Angoulême Cedex
renseignements: 05 45 38 65 65

MuséePrivé3

Crédit-illustrations:

-The Tijuana Bible Revival vol. 2_ couverture par Bill Griffith_DR 1977

– Arnaud Taeron ( Dessin d’Art Spiegelman)

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