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Stanislas Wails : un premier roman qui ne manque pas de charme

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Par Laurence Biava – bscnews.fr / Le 1er roman de Stanislas Wails ne manque pas de charme, il est un divertissement élégant, aux propos vifs et lucides, à la structure franchement maîtrisée. A la manière d’un metteur en scène qui ajuste les pas hésitants d’un acteur débutant, l’auteur peaufine le caractère et la présentation de ses premiers personnages.

 

Chacun opte pour le premier rôle en alternance. Les seconds couteaux, – Matthias, Luc – sont traités avec la même attention que les précédents surtout quand il s’agit de pointer leurs failles, leur solitude, leur déshérence. La lame de l’auteur se fait alors plus fine, la plaie est tranchée dans le vif. Ce sont les seuls bons points réels qui se dégagent de ce premier opus. Car, néanmoins, par son inégalité et sa manière très dispersée de présenter les situations des uns et des autres, ce roman ne me laissera pas un souvenir indélébile.
Les principaux contours : Anne, Joshua, étudiants et Pierre, l’ainé, astrophysicien, deux frères et une soeur héritent de la maison paternelle en Bourgogne, dernier témoin d’une histoire familiale aussi fascinante que perturbante, a l’image des auteurs russes -reviennent de façon récurrente parce que souvent cites Tolstoi, Dostoievsky, Tchekov, chacun des trois étant comme « affecté » à chaque enfant – que Serguei leur père leur lisait dans leur enfance. 
Après le suicide de celui-ci, la question, appuyée, soulevée, supplantée par sa soeur, la tante Vera, autre protagoniste, de savoir s’il faut vendre ou garder Saint Théraume se pose enfin. Car l’histoire ancestrale n’est pas simple, « elle est même hantée par des vies fantômes qui cascadent de génération en génération ». 

Les principaux angles : De quoi s’agit-il ? Vera ne veut pas de l’héritage d’Andrei Matchaiev, père de Serguei, car il est trop lourd a porter. Ce second, lui-même miné par la personnalité de ce père par trop encombrant, vieux bolchevik en acier trempé, homme intouchable, affairiste malhonnête, qui prend une autre identité, collabore avec l’ennemi à son arrivée en France dans les années 40 et meurt de manière infamante, tué par les Resistants, l’empêche de se réaliser et de devenir l’écrivain qu’il rêvait d’être. 

Tout l’intérêt du roman commence réellement dans la seconde partie lorsque chaque enfant voit ressurgir un pan de son passé devant la grande bibliothèque familiale et que chaque pièce à nettoyer est passée au peigne fin par la fratrie.. Avouons le : il était enfin temps de lire de grands passages lyriques, et de réfléchir sur les contradictions et les paradoxes qui recouvrent le passé et le souvenir d’un voile opaque pour s’éviter cette désagréable sensation de rester en suspens, dans l’attente de, au-delà d’un certain seuil. Idem, il semble que le propos sur la révolution d’Octobre déballé par Matthias aux trois quarts du livre  arrive trop tard, j’aurais aimé quelques références historiques ou littéraires autres que des évidences ou des oppositions brandies avec parcimonie – « Aucune cause n’est perdue tant qu’on y croit encore », « que la vapeur vous soit légère », « tout passe » (Tchekov), « la concentration, c’est juste une effroyable acceptation de l’ennui », « plus on avance dans la compréhension des choses, plus le mystère s’épaissit », « plus une question est évidente, plus on oublie de se la poser à soi-même », …ainsi que des précisions sur les tenants et les aboutissants de ces filiations obscures parce qu’elles auraient donné de l’épaisseur aux réflexions existentielles des uns et des autres et à la déclinaison de leurs évocations subtiles.
Certaines questions louables de lecteur restent donc en suspens : qu’on me permette d’en faire part. Pourquoi Elise est elle donc à ce point interdite de connaître la famille de Pierre ? (On ne comprend pas). Pourquoi deux personnages disparaissent comme par enchantement ? Pourquoi tant d’échanges trentenaires futiles qui plombent l’histoire et brouillent la narration ?

La première partie, légèrement fourre-tout, souffre d’un manque constant de synthèse. Tant de choses dites inutiles qui surviennent en catimini, qu’il aurait  fallu retirer, éradiquer. Gommer le superflu d’un texte plombé par des détails ineptes aurait épargné ce sentiment de « pétard mouille » ou « d’erreur sur la marchandise ». Cette succession de scénettes, qui consiste à nous familiariser avec le quotidien de chaque grand enfant est pesante et dessert le propos principal.

Un accident de port de lentilles délayé sur deux pages, une rencontre improbable dans la rue à laquelle on croit difficilement, une refonte d’appartement plus ou moins inutile ou des soubresauts anodins desservis par un langage outrageusement familier, des onomatopées, des tics de langage d’époque, des abréviations – « putain », « ben nan », putain de con », « oh, le plan louze », « te fais pas chier », « ben ouais, c’est naze » cernent le décalage absolument obsolète et insolite de ce roman décousu et sont a cent lieux, hélas, des passages étoffés et du style souple des pages 112 ou 131. – « Et comme d’habitude, il n’y avait pas d’étoiles. Et comme d’habitude, il ressentit un petit pincement au cœur d’être toujours si loin d’elles dans les moments où il aurait pu les contempler pour le plaisir. Il n’avait plus jamais l’occasion de se laisser submerger par la simple merveille de leur présence, de ressentir, comme lorsqu’il était enfant, ce choc incompréhensible face à quelque chose d’à la fois si réel et si impalpable, tellement brillant et pourtant inatteignable. Elles le fascinaient d’une manière presque absurde à l’époque, il les aimait tant qu’il pouvait rester des nuits entières à Saint-Théraume, couché dans le Grand Pré, juste pour sentir son corps se remplir à leur contact qui n’en était pas un, d’une matière sans poids, faite uniquement de silence et de vide. »   Ou bien encore des très belles descriptions des pages 183 a 187, qui semblent avoir été écrites pour être scellées dans un écrin. Qu’a voulu l’auteur ? Exprimer une di- symétrie ? une ambivalence ? démontrer des styles opposés ? une facture littéraire certaine ? Certes, l’essentiel est dit et le ton est donné. Qui sommes nous vraiment ? Que savons nous des nôtres ? Enfin, doit-on nourrir un ressentiment perpétuel a l’égard de ces acteurs familiaux, falsificateurs de leur propre histoire, autrement dit, -faire avec- ou se délester de ce sale terreau que sont les souvenirs encombrants, « renier » en quelque sorte ses prédécesseurs pour mieux vivre ? Honnêtement, bien que la datcha paternelle finisse par partir en fumée, je dirais, contre toute attente, qu’à la 249eme page, ce roman ne pourra pas se vanter d’avoir nourri ma réflexion sur les fils de la mémoire et sur les bienfaits/méfaits des secrets de famille et de ce qui monte du ruisseau.

« la Maison Matchaiev » de Stanislas Wails – Serge Safran éditeur.

( Copyright Photo Raphaël Gaillarde)

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