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Antoine Blondin : une certaine idée de l’hédonisme

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Par Marc Emile Baronheid- Bscnews.fr/ Voici 20 ans que l’homme des tavernes nous a quittés, sans vraiment connaître le purgatoire littéraire. En revanche, s’il a échoué dans une compagnie de buveurs d’eau c’est l’enfer assuré.

Se penchant sur son passé au moment où paraissait « L’humeur vagabonde », Antoine Blondin, 33 ans, relevait qu’à son âge, la plupart de ses contemporains avaient déjà publié au moins dix volumes. Lui n’en avait écrit que deux et se voyait comme un homme parfaitement disposé à s’endormir sur des lauriers si minces et déjà si fanés. Pour faire bouillir la marmite il prêtait sa plume à la presse. On lui reprochera ses articles pour Rivarol. Il rétorquera qu’il avait aussi signé des papiers dans l’Humanité, ajoutant « la gauche me croit de droite et la droite me croit de gauche ». Un paradoxe parmi d’autres d’un homme supérieurement doué pour l’écriture autant que pour ces bars qui sont le prolongement des salles de rédaction. Lorsque les libraires accueillent « L‘humeur vagabonde » , Blondin collabore à Elle et à L’Equipe. Ses chroniques pour le quotidien sportif assiéront durablement sa légende, en particulier les inoubliables billets donnés lors des quelque vingt-sept Tours de France cyclistes qu’il suivra ardemment (à côté de sept éditions des Jeux Olympiques) et qui lui vaudront en 1972 le Prix Henri Desgrange de l’Académie des sports.
L’été est propice aux (re)découvertes. Deux romans y invitent aujourd’hui, réunis en un volume agrémenté de plans d’écriture, de notes manuscrites, photos et confidences littéraires de Blondin. Voici 20 ans que l’homme des tavernes nous a quittés, sans vraiment connaître le purgatoire littéraire. En revanche, s’il a échoué dans une compagnie de buveurs d’eau c’est l’enfer assuré.
Dans « L’humeur vagabonde », Benoît Laborie quitte sa campagne, abandonnant femme et enfants pour tenter fortune à Paris. Un caprice du destin va réduire à néant le rêve de ce Rastignac du pauvre et déboucher sur un roman noir rappelant qu’on n’aime pas les francs-tireurs du bonheur, surtout lorsqu’ils manquent leur coup. « La vie simple ne m’avait pas armé pour l’exubérance, la futilité, l’art d’accommoder les usages ; elle me séparait de ceux qui détiennent le véritable mode d’emploi ». Une part appréciable de Blondin est déjà dans ces pages écrites au Grand Hôtel de Mayenne, à deux pas de l’imprimerie où son livre était composé au jour le jour.
C’est de ce lieu et de son gérant que Blondin s’est inspiré pour écrire « Un singe en hiver » paru en octobre 1959. L’histoire d’Albert Quentin, ancien militaire tenancier d’hôtel sur la côte normande. Il boit trop, ce qui le pousse à la nostalgie. Un serment fait à son épouse lors d’un bombardement en 1944 le détourne de sa faiblesse, jusqu’au jour où débarque un client qui tente de noyer l’échec de sa vie sentimentale. Le roman obtiendra la même année le prix Interallié, mais c’est surtout son adaptation au cinéma qui lui assurera une notoriété durable. On raconte qu’à l’origine, le producteur souhaitait tourner un scénario tiré d’un autre roman. Montant à bord du bateau prévu pour le film, Gabin aurait été écoeuré par l’odeur de morue qui s’en dégageait et décidé à refuser le rôle. Michel Audiard aurait alors suggéré d’adapter le roman de Blondin.
Antoine B. avait commencé à boire pour lutter contre le bégaiement dont il était affligé. Un traitement de longue durée, parfois de choc au point de lui valoir notamment trente-trois passages par le poste de police, une inspiration joliment dilatée et les faveurs d’un public acquis à la cause de l’écrivain talentueux qui aimait à rappeler « N’oublie par qu’on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier. Tout le reste n’est que litres et ratures ».

Titre:« L’humeur vagabonde – Un singe en hiver »

BONUS : L’Humeur vagabonde – Un singe en hiver

Auteur: Antoine Blondin

Editions: La Table Ronde

376 pages, 35 euros

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