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René de Ceccatty : un certain type d’affinité

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Par Stéphanie Hochet – bscnews.fr / Journaliste littéraire, écrivain prolixe, auteur d’une biographie de Violette Leduc et de Pier Paolo Pasolini, René de Ceccatty se penche sur un pan mystérieux de l’histoire littéraire italienne du XIXème siècle: le couple formé par Ranieri, jeune historien napolitain, et Leopardi, le célèbre poète et philosophe.

La passion chaste qui unit jusqu’à sa mort le grand poète italien Giacomo Leopardi et le jeune révolutionnaire napolitain Antonio Ranieri aura fait couler beaucoup d’encre. Dès les premières pages, René de Ceccatty ne cache pas la difficulté de son entreprise : La mort précoce de Giacomo Leopardi et le caractère posthume de son œuvre compliquent et exacerbent la mutation d’une relation intime et inhibée en passion avouée. L’intention de l’auteur dans Noir souci est de s’interroger sur ce lien, cette collaboration de deux hommes, en évitant de tirer hâtivement des conclusions.
Nous sommes en 1833, Leopardi est un auteur respecté à Florence, à Recanati (sa ville d’origine) mais il a essuyé des déboires en tant qu’auteur, il ne trouve pas toujours des éditeurs pour publier ses œuvres, sa santé est au plus bas – il souffre d’asthme, d’infections en tout genre, se plaint de douleurs aux yeux, aux dents… pas étonnant que son œuvre révèle un tel pessimisme – c’est un génie, certes, mais un génie méconnu à l’époque, un homme laid qui ne trouvera pas grâce auprès des femmes, celle qu’il aura aimée sans qu’elle ne s’en rende compte parlait de sa puanteur… August von Platen qu’il a rencontré l’a décrit comme : « petit, bossu, pâle, souffreteux » alors que Ranieri était un beau jeune homme, de huit ans son cadet. C’est à partir de cette date que Ranieri prend son ami sous sa protection et l’emmène à Naples, ignorant que là-bas, le choléra commence à faire des ravages.
Ranieri et Leopardi avaient besoin l’un de l’autre, ils s’aimaient platoniquement, créant entre eux une relation originale, un lien particulier que d’aucuns ont mal interprété et tenté de récupérer comme certains militants gays. Il est pourtant question de femmes entre ces deux hommes. L’un ou l’autre tombe amoureux ; si l’on s’accorde à penser que du côté de Leopardi, la virginité fut un état constant, du côté de Ranieri, les liaisons féminines existèrent mais furent des déceptions. Ceccatty s’interroge sur la nature subtile de leur relation. Cherchant des échos dans son vécu personnel, il décèle ce type d’affinité à un moment de sa vie, de ces amitiés qui sont plus fortes que l’amitié, qui peuvent prendre le nom d’amour sans qu’on y mêle la sexualité, il s’intéresse aux connivences, aux affinités spirituelles qui existent entre Leopardi et Benjamin Constant, il part du côté d’Henry James et de La source sacrée dans lequel il est aussi question de vampirisation…, il lit les correspondances, crée des liens entre l’œuvre et la vie, s’interroge, s’interroge beaucoup.
Entre les deux Italiens, il est question de dépendance affective, très intense, très exclusive car ce qui est en jeu est grave : la santé, l’amour, l’œuvre. Leopardi meurt en 1837, comme un vieillard âgé de 39 ans et Ranieri se vouera à la construction du mythe de l’auteur des Canti et de Zibaldone. Se chargeant de trouver des éditeurs pour le poète-philosophe, Ranieri rattacha le poète érudit des Marches et de Toscane au mouvement européen du romantisme [faisant]de son ami le lien entre Benjamin Constant et Rimbaud ou entre Heine et Schopenhauer. Un lien dont personne ne doute, celui-là.

> BONUS : Noir souci

Noir souci. Récit de René de Ceccatty.
265 pages.
Flammarion. Avril 2011.

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