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Le message: l’Amour au coeur de la guerre

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Par Mélina Hoffmann- PUTSCH.MEDIA/ « Son amour pour Steph, tourmenté et radieux, l’accompagnait partout. Cet amour stabilisait, centrait son existence; tandis que d’autres passions, éphémères, s’étaient dissipées au cours des saisons. Mais en ce jour, l’Histoire avait eu raison de son histoire. Marie faisait soudain partie de ces vies sacrifiées, rompues, écrasées par la chevauchée des guerres. »

« Quels que soient nos chemins, aux derniers jours je serai auprès de toi. » Ils se l’étaient promis.Marie est sur le point de retrouver Steph, son amour de toujours, pour lui dire qu’elle l’aime lorsqu’une balle l’atteint en plein dos. Un coup mortel, elle le sait, ce n’est qu’une question de minutes avant qu’elle ne s’effondre. Elle se livre alors à un véritable combat contre la vie qui lui échappe. Courir encore, ne pas s’arrêter, ignorer la douleur qui se propage dans tout son corps. Courir jusqu’à ce pont, le traverser pour retrouver Steph, qui l’attend, lui dire qu’elle a bien reçu sa lettre et qu’elle est là, pour enfin sceller leur amour. Il faut qu’il sache. Courir, encore. « Elle tente de se rassurer, se persuade qu’elle parviendra à tout dominer, à soumettre cette charpente à sa volonté, à son désir violent d’avancer et de se garder en état, jusqu’à la rencontre… » Mais à bout de forces, Marie s’effondre dans une rue déserte. Elle ne pourra pas atteindre ce pont, c’est désormais une évidence. Elle refuse pourtant de s’abandonner ainsi à la mort et n’a alors plus qu’une obsession : faire porter son message à Steph avant qu’il ne quitte le lieu de rendez-vous.

Cette histoire est celle de deux amants, Marie et Steph, qui tentent désespérément de réunir leur amour pris au piège d’une guerre qui ravage les villes comme les cœurs. Deux amants dont on sait peu de choses, une guerre sans nom, un cadre spatio-temporel indéfini : pourquoi tant d’informations manquantes ? Certainement parce que cette histoire est bien plus que celle de Steph et Marie, bien plus que le récit d’une guerre à une époque. C’est une histoire universelle, celle de l’Humanité tout entière et de son penchant morbide pour la destruction ; un réquisitoire contre la guerre – qui révèle l’homme dans sa nature la plus sombre -, ses horreurs, ses absurdités.
« Comment définir cette contrée, comment déterminer ses frontières ? Pourquoi cerner, ou désigner cette femme ? Tant de pays, tant de créatures, subissent le même sort. (…) Dans chaque corps torturé tous les corps gémissent. Poussés par des forces aveugles dans le même abîme, les vivants sombrent avant leur terme. Partout. »
Dans ce récit haletant, au suspense grandissant, l’auteur ouvre quelques brèves parenthèses pour nous livrer son ressenti, ses réflexions sur la guerre, son indignation devant cette sempiternelle course à la destruction qui anime les hommes, et leur incapacité à tirer des leçons de l’Histoire, ralentissant l’agonie de Marie qui nous semble déjà dramatiquement lente puisqu’elle s’étend sur toute la durée du récit. Dans cette course contre la montre, nous vivons chaque minute comme un calvaire, dans une angoisse oppressante que la plume de l’auteur rend pour le moins délicieuse, faisant s’entremêler bonheur et tragédie, guerre et amour, espoir et fatalité, ou encore courage et lâcheté. Par un procédé cinématographique, elle nous fait suivre le parcours de chacun des protagonistes en parallèle, donnant ainsi une certaine dynamique au récit.
Si la tentation de céder au pessimisme grandit à mesure que la guerre et la violence triomphent, quelques nuances d’optimisme se dessinent tout de même en filigrane. « L’homme était insaisissable, l’existence, une énigme. Parfois un geste, un paysage, une rencontre, une parole, une musique, une lecture ; surtout l’amour, rachetaient ces ombres. Il fallait savoir, s’en souvenir, parier sur ces clartés-là, les attiser sans relâche. »
L’amour qui donne à Marie la force de lutter et de continuer à espérer tout au long de son agonie. L’amour comme ultime lien qui nous retient à la vie.
Un délicieux et bouleversant moment de lecture.
Titre:Le Message

Auteur: Andrée Chedid

Editions: Flammarion

Prix: 13,30 euros

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