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Valérle Tong Cuong : Une plume douce pour une fiction tourmentée

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Par Julie Cadilhac – BSCNEWS.FR / Le dernier roman de Valérie Tong Cuong est une troublante rencontre entre une plume douce et fluide et une fiction tourmentée…
Mina est l’héroïne. Mina est un oiseau blessé. Mina n’a pas de chance, c’est le moins qu’on puisse dire. Mina a un passé éclopé.
Une maman disparue des suites d’un penchant pour la boisson,une maman négligente à la culotte toujours impeccable, une grand-mère qui lustre et qui autorise à s’asseoir sur le canapé, une grand-mère éteinte de chagrin suite au décès de sa fille, un père inconnu au bataillon et, une tante marâtre qui a honte les soirs de réception, un oncle qui joue l’hôte indifférent et qui subvient aux besoins par obligation plus que par affection.
Et en plus, Mina est insignifiante! Orpheline, effacée, presque muette, une intelligence médiocre, un physique tout juste passable et bon à être exilé de l’amour ad vitam eternam. Mina, on ne sait même pas qu’elle existe la plupart du temps.
Enfin, c’est elle qui dit tout ça…parce qu’Alice!

Vous ne connaissez pas Alice?

Un jour débarque Alice dans ce lycée morne où ne se passe jamais rien. Oui, c’est l’arrivée d’Alice, la belle Alice gâtée d’autant de qualités que d’argent de poche, Alice aussi pétillante qu’intelligente, Alice et son chauffeur personnel, Alice si jolie avec ses boucles blondes, « Alice cent millions de pixels », qui s’intéresse à Mina, c’est presque trop beau! Après toutes ces douleurs, tous ces affronts à avaler, pour Mina, Alice est un miracle, un remède tout en sourires et en compréhension.

Mais,quelques mois plus tard, Alice décide de mourir et n’en démord pas. Mina est en colère, trouve la vie décidément trop injuste! Pourquoi cette décision! Pour une fois qu’elle avait une amie!
Alors Mina propose de faire le pas aussi…puisqu’après tout elle pense que sa mort à elle est plus justifiable que celle d’Alice.
Or lorsque le train arrive, Alice saute…mais Mina pas. Et Mina ne comprend pas: pourquoi elle est toujours là, elle? Quel sursaut de vie a bien pu la retenir? Quel espoir? Comment ne pas culpabiliser de sa lâcheté vis à vis de l’admirable détermination d’Alice?

Heureusement qu’il y aura Sans-Larme, heureusement qu’il y aura des explications rationnelles pour ceux qui en cherchent, heureusement que Valérie Tong Cuong aura tendu sur la route de Mina une main aussi attentive que sensible.

L’ardoise magique est un roman étonnant non seulement parce qu’il trompe le lecteur jusqu’à la fin mais aussi parce qu’on se laisse porter par l’écriture avec une facilité déconcertante qui fait qu’il se dévore en quelques heures, compulsivement.
Oui, pas envie de s’arrêter, juste pour ne pas laisser trop longtemps Mina dans sa cabane enfantine, juste pour découvrir vite quel abominable secret se cache derrière la mort d’Alice.
Alice… jolie héroïne au serre-tête sage de Lewis Carroll qui fait actuellement l’objet de l’actualité sous les caméras de Tim Burton. Alice, jolie blonde parfaite et sage qui crapahute au pays de l’imaginaire…

L’ardoise magique est elle aussi toute d’actualité…

« Ce qui ne va pas, c’est que la raison de lui survivre, à la minute où je parle, je ne la distingue pas.
Ce qui ne va pas, c’est que depuis le crissement des roues sur le fer, je nage dans le noir, dans l’eau usée, dans un air recyclé, je ne veux aller ni vers l’avant ni vers l’arrière, je suis coincée, scotchée, clouée dans le présent comme un papillon sur la planche d’un collectionneur.
Ce qui ne vas pas, c’est que je n’ai pas sauté.
Ce qui ne va pas, c’est qu’elle, elle a sauté. » ( Valérie Tong Cuong).

Titre: L’ardoise Magique
Auteur: Valérie Tong Cuong
Editeur: Stock
Prix: 17 euros

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