Agnès Riva : un journal de bord du malaise

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Son prénom en dit long, déjà. Ema. Avec un seul aime, l’autre ayant été désarçonné par les chevaux de frise de ces émotions confuses qui désolidarisent les moments dérobés d’une première liaison clandestine. Il s’appelle Paul. Leurs activités prud’homales ont favorisé l’un de ces rapprochements à la sauvette dont le récit fait le succès des magazines pour salles d’attente de coiffeuse ou de gynécologue.

A l’ingénuité et à la tentation de prodigalité de la débutante en marivaudage, Paul oppose le détachement quasi clinique du papillonneur patenté. Il exprime son désordre émotionnel avec l’exubérance d’un employé des pompes funèbres. Elle n’ose réclamer ce que lui murmure avec insistance un romantisme réveillé. Il joue la montre et mène le jeu avec détachement. Elle est comme frappée de vertige. Paul ne propose rien mieux que des étreintes furtives dans des lieux confinés. Se dessine une géographie d’amourette pour collégiens. Brièveté frustrante, sentiment de sur-place, cadres incommodes : l’habitacle de la voiture de Paul, le coin de la cuisine de la maison d’Ema compris entre l’évier et le réfrigérateur, le coin de la porte d’entrée de la maison d’Ema.

On devine la romancière obnubilée par la configuration des lieux, dont elle donne à chaque fois une description maniaque, jusqu’au calcul des mètres carrés. Ce journal de bord du malaise et de l’intranquillité revêt une dimension balzacienne, prolongée par l’attitude de Paul, celle d’un cœur sec. Leur relation prenant des allures de procession d’Echternach, les tensions entre les amants s’intensifient. Elle parvient à arracher un rendez-vous dans la cadre enchanteur d’un « Appart’hôtel ». Paul est décidément de la race des grands seigneurs. Plus rien ne sera comme avant, dans ce premier roman annonceur de beaux jours.

« Géographie d’un adultère », Agnès Riva, L’Arbalète Gallimard. 13,50 euros

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