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Rock’n’roll : la farce amère de Guillaume Canet

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Par Jonathan Rodriguez – Guillaume Canet fait sa crise de la quarantaine. À l’heure où la comédie française patauge, l’acteur-réalisateur français revient au cinéma avec une réalité-fiction, après l’émotion dégoulinante de ses Petits mouchoirs (lire la critique ici) et l’échec commercial de Blood Ties. Pour se relever, le Petit Prince du cinéma français mise sur un scénario sous forme d’autoportrait critique et dérisoire poussé à son paroxysme. Etat des lieux.

Cette comédie qui se veut jusqu’au-boutiste et totalement déjantée tourne rapidement court, et la mayonnaise ne prend manifestement pas. Jamais. Face à cette farce amère – sorte de mise en abîme complaisante de sa propre vie – le malaise s’installe rapidement. À mesure que les minutes défilent, la gêne devient palpable. Il y a quelque chose de dérangeant à voir Guillaume Canet se filmer en train de faire le pitre pendant deux heures. Dans ce faux documentaire burlesque, la mise en situation de cette petite vie parisienne privilégiée, autocentrée sur ses problèmes d’ego et ses soirées champagne, pose un problème de décence. Qu’est-ce qui pousse aujourd’hui une célébrité à nous parler de sa vie de la sorte, filmer son entourage, en pensant que cela pourrait avoir un réel intérêt ? À cela, Guillaume Canet se justifie en conférence de presse, «  je souhaitais faire un film sur l’image que les gens peuvent avoir de nous, de soi-même, et parler de cette société dans laquelle on évolue, très recentrée sur elle-même, qui se regarde beaucoup, qui va même jusqu’à se prendre en photo. Le selfie est tout de même assez parlant. » Une réflexion critique comme un miroir de sa propre dénonciation. Le petit entre-soi du cinéma français a encore du pain sur la planche. Le serpent se mord inexorablement la queue.

Outre cette complaisance, l’humour poussif et l’enchainement de blagues ringardes viennent alourdir un tableau déjà bien terne. Toute tentative comique tombe à l’eau. On occultera la deuxième partie du film – en roue libre totale et au mauvais goût constant – à la demande de Guillaume Canet, qui ne souhaite pas en révéler l’intrigue.

Ce film indigeste vient confirmer que « Ne le dis à personne » et son César du meilleur réalisateur n’était peut-être qu’un heureux accident. Et ce n’est pas le matraquage promotionnel et médiatique en œuvre depuis un mois – à coup d’Instagram sur le couple Canet-Cotillard – qui insufflera du fond à ce film. Pour le renouveau de la comédie française, on repassera. En attendant, fuyez Rock N Roll.

Rock’n’roll
de Guillaume Canet
avec Guillaume Canet, Marion Cotillard, Camille Rowe, Gilles Lelouche
2h08 / Pathé Distribution

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