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Jean-Claude Pirotte : à relire, toutes ivresses cessantes

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Par Marc Emile Baronheid – « Poète nocturne, romancier en cavale, peintre de la lumière, de la pluie et des jours perdus ». On brocarde suffisamment et à juste titre les quatrièmes pages de couverture, pour ne pas relever la sobre pertinence de celle qui accompagne un récent hommage collectif à Jean-Claude Pirotte.

Orchestré par le poète Lionel Verdier le volume propose quatorze petites musiques, dont plusieurs sonnent juste, entre proximité et mélancolie, fêlure et intimité, telles les pages de Sylvie Doizelet, compagne de contrebande d’une « trajectoire vertigineuse, abandonnant cartons, dizaines de cartons dans votre village… ». Autant d’amorces possibles d’études ou d’essais substantiels. On retiendra ce constat paradoxal de Ph. Claudel : « L’homme a beaucoup pérégriné, sans pour autant s’embarquer très loin », auquel répond Pirotte :

j’aurai franchi les paysages
comme un oiseau dans ses voyages
j’aurai connu la terre entière
et j’aurai vu toutes les mers

Ce quatrain figure dans un recueil écrit pour de jeunes lecteurs et donnant à lire les ultimes poèmes de l’écrivain et peintre namurois. Un mois avant de tirer sa révérence, il y est tour à tour tendre, grave, narquois, fragile, humain, inquiet, à hauteur d’enfance.
Peu auparavant, Pirotte, « poète d’une littérature d’ébriété et d’émiettement » (c’est Claudel encore, dans sa préface), débouchait un ultime récit dédié au vin. Une vendange tardive, déjà promise au millésime. Envie de relire, toutes ivresses cessantes, ses « Contes bleus du vin » et le reste, qui attend sa vingt-cinquième heure dans quelque chai paisible, dormant – comme on le dit des personnages en instance de jaillissement. Car n’en doutons pas, Pirotte a encore fugué, mais il reviendra. Il a dû laisser un mot. Parti pour vendanger les petits arpents de ce bon dieu qui prétend changer l’eau en vin et la cruauté du monde en poésie. Pris à la gorge par une soif maligne. « Cette soif brutale, à quelle source de vie pourrons-nous jamais l’étancher ? A quelle source de mort ? Et comment obtenir de l’aujourd’hui qu’il nous abreuve sans mesure de ce liquide inconnu dont nous rêvons de préserver la saveur incorruptible, au moment précis où nous entreprenons de la corrompre d’un mot, d’un geste ou d’un signe ». Pirotte, tel qu’en lui-même la rébellion le fit.

« Jean-Claude Pirotte », sous la direction de Lionel Verdier, Classiques Garnier. Repères biographiques, bibliographie fouillée, index, 29 euros
« Il y a », poèmes de Jean-Claude Pirotte/ images de Didier Cros, Møtus. 10,40 euros.
« Le silence », Jean-Claude Pirotte ; préface de Philippe Claudel, Stock, 13 euros

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