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La théorie du triangle : quand les mots ont un sens

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Par Sophie Sendra – On projette souvent par « absence de », peut-être est-ce pour cela que certains voulaient penser ce siècle dans un « au-delà de ». Penser le XXIème siècle comme religieux, c’était penser qu’il redonnerait une certaine spiritualité « un peu absente » dans un XXème siècle très politisé. Les grandes figures politiques, les espoirs, les engagements étaient forts et charismatiques.

Cela n’est sans doute pas pour rien que nous faisons toujours référence à ces grandes figures : Les Jaurès, De Gaulle, Mitterrand. Les grands penseurs n’y échappent pas : les Sartre, Camus, Sweig. Penser le XXIème siècle comme « féminin » c’est penser « l’absence de » la représentation féminine au cœur de ces grandes figures malgré les Veil, De Beauvoir, Garaud etc.
Mais alors, qu’est réellement ce siècle entamé et qui se trouve encore devant nous ?

En ce début de siècle, on ne peut que s’interroger sur la crédibilité de ce qu’on projetait sur lui : « Le XXIème siècle sera religieux – spirituel ou mystique – ou ne sera pas » disait André Malraux dans des propos rapportés par le journaliste et essayiste André Frossard ; ou encore le titre de la pièce de Dominique Coubes et Nathalie Vierne « Le XXIème siècle sera féminin ou ne sera pas ».
Que pouvons-nous dire sur ce qu’est notre propre siècle en ce début 2016 ? Les mots ont un sens et il ne faut pas les confondre : « religieux » ne veut pas dire spirituel ou mystique, et « féminin » ne veut pas dire féministe ou maternelle.

La théorie du Triangle
Jusqu’au XIXème siècle, la religion était le pilier de la pensée humaine. Malgré un siècle des Lumières qui entama une mise en perspective de ce que pouvait être l’humain et son devenir propre, l’appartenance aux dogmes guida l’esprit, les mœurs, la société jusqu’à le révolution industrielle. Elle fut remplacée par un autre pilier celui de la politique. Les « églises » changèrent de dogmes et de figures charismatiques. Même le communisme, pourtant opposé au phénomène religieux et à toutes croyances, céda aux sirènes « divines » des « Dieux vivants » : Staline, Mao, Castro. Ce deuxième pilier, cette force de l’idée politique, resta debout jusqu’au milieu des années 90.
Le troisième pilier, quel est-il ? On a bien tenté de ressusciter les momies, de les rafraichir à coup de vieilles recettes, de recréer des figures charismatiques, des héritiers des Jaurès, De Gaulle et Mitterrand, tentant désespérément de réhabiliter les espoirs d’antan, sans grand succès.
On a tenté de renouer avec des dogmes ancestraux, des « figures » religieuses, des appartenances aux textes trop anciens ou mal compris : « nouvelle piste » de recherche de ceux et celles qui se sentent un peu perdus.
Mais vouloir aller quelque part sans un guide, sans une carte pour se diriger est anxiogène. Alors, beaucoup s’improvisent « guides officiels », avec distribution de « cartes directionnelles » à des fins didactiques.
En mathématiques, le triangle est la forme parfaite – tout comme le chiffre 3 –Il est le reflet de la stabilité. C’est pour cette raison qu’il est souvent utilisé en architecture ou de façon purement symbolique. Le delta est également ce qui permet de faire se rejoindre des mers, des océans, des passerelles vers des continents.
Trouver un troisième pilier solide en matière d’évolution civilisationnelle est donc impératif et nécessaire. Comme on le dit souvent « la troisième tentative sera la bonne ».

Le contenu symbolique
La figure symbolique du divin est celle d’un paternalisme fort, punissant ou pardonnant les faiblesses humaines. Cette figure est le symbole de l’omniprésence, de l’omnipotence, d’une garantie du bon déroulement des choses selon certains plans et significations du monde tel qu’il est et comme il va. La figure symbolique du politique est celle d’un paternalisme fort, guidant et bienveillant pour son peuple. C’est « le père de la nation », le « petit père des peuples » garant du bon déroulement des choses selon ses propres plans et significations du monde tel qu’il le voit et comme il le veut.
En grec, un « sumbolon » était un objet coupé en deux qui permettait de se reconnaitre. Il est désormais synonyme de représentation d’une chose ou d’un être. Il peut être une figure abstraite, une idée, un idéal, un acte, une association entre un objet et une image.
Pour trouver ce troisième pilier, on tente de renouer avec des symboles forts, guidant et bienveillants faisant sens, signification, donnant un plan et une direction au monde tel qu’il nous apparait et tel qu’il est.
Paul Ricoeur nommait « symbolique », toutes activités humaines créant des institutions, du sens permettant à l’humain de s’orienter, de se guider dans et pour un monde stable dans une structure solide. Le symbolique devenant ainsi un « guide », une carte directionnelle. Faisant fi des « dogmes », le symbolique peut être, s’il est utilisé dans « la meilleure expression possible » (Carl Gustav Jung) un bon rapprochement entre deux moitiés. Il permettrait de reconnaitre les hôtes d’une même maison, d’une même famille, d’une même humanité.
Ainsi les valeurs symboliques supprimeraient les signes arbitraires des dogmes.

S’il fallait conclure

Ce qui manque à l’humain en ce début de siècle c’est un nouvel élan qui remplacerait l’absence de perspective. En peinture, Léonard de Vinci permit de vaincre cette platitude, cette méconnaissance des proportions en faisant évoluer les représentations moyenâgeuses. Il avait compris que la perspective permet de voir au-delà de ce qui est. Peut-être ce siècle sera-t-il symbolique ? Reste plus qu’à trouver le symbole… Top départ.

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