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Platon versus Machiavel

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Par Sophie Sendra – bscnews.fr/ Il existe plusieurs façons d’envisager la Politique. Tout d’abord celle d’inspiration platonicienne qui incline cette dernière vers une vision théorique visant à rendre possible la construction d’une Politique Idéale. Elle rendrait la justice et la raison effectives dans l’art de gouverner la cité.

Puis il y a celle de Machiavel pour qui diriger un État serait une forme d’art pratique, pragmatique voire technique fait de manoeuvres diverses qui auraient pour but de conserver le pouvoir. Ces deux visions s’opposent car l’une est idéale donc considérée comme utopique et l’autre pratico-pratique donc bénéfique à l’État en dehors de toutes autres considérations. La question que pose Le Prince de Machiavel en 1516, est celle de la morale. En laïcisant la politique, Machiavel veut détacher l’État de toute question religieuse ou morale afin qu’il devienne autonome. Ainsi, la religion deviendrait un moyen utilisé par la politique et non une fin vers laquelle tendre. Pour Machiavel, il est impératif de rendre rationnel cet état afin de gouverner, le transformant en machine de conquête de pouvoir et d’auto-conservation. Tout ceci a un avantage, celui de ne faire de l’appareil politique qu’une technique de gouvernance qui ne se préoccupe que de ce qu’il doit faire et non de plaire à ceux qui voudraient l’influencer. Exit la norme morale – à l’époque religieuse – bienvenue à la technicité, voire à la « techno-cité ». La Cité idéale de Platon vouée à l’utopie s’en retrouve bouleversée et celle inspirée par Saint Augustin, Cité terrestre et royaume du pêché, devant être guidés par la morale chrétienne, étaient abandonnés. Les différentes conceptions sur un projet moral expliquées la même année, en 1516, par Thomas More dans son Utopie, étaient balayées. La morale n’est pourtant pas totalement absente de la Politique de Machiavel, il ne fait que les distinguer dans l’application du pouvoir.

Morale versus Neutralité
En fait, selon Machiavel l’exercice du pouvoir doit être neutre en matière de morale afin d’éviter toute influence. L’État doit utiliser tous les moyens, y compris les plus indigents s’il y a une nécessité, en dehors de ce ou ces cas, la politique doit s’en abstenir. Il ne s’agit donc pas d’immoralité, mais de bienfaits pour le but fixé. Si le but fixé exige de mentir, de faire preuve de mauvaise foi, de cynisme, de « panglosseries », la morale doit s’effacer. La Politique ne pratique pas une morale « neutre », mais « neutralise » la morale, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
La politique – et donc l’État – serait supérieur dans l’intérêt qu’on doit lui porter, supérieur à toute forme de morale. Supérieur ne voulant pas dire « meilleur ». Pourquoi une telle pensée ? Considérant l’homme comme incapable de se gouverner de manière raisonnable, Machiavel pense que les lois humaines ne sont pas assez fortes pour le contraindre, l’État doit donc être plus fort que les lois humaines afin d’être à la hauteur de ce qui l’attend c’est-à-dire la gestion de tout un peuple. Peut-on alors souhaiter une vision plus platonicienne ? Plus idéale, plus utopique ? Platon tenta par trois fois d’établir, en Sicile, un État fondé sur la justice et la vertu, ce fut à chaque fois un échec.

Politique et Modernité
La vision moderne d’un État est celle gouvernée par un contrat social passé entre une autorité politique et des individus égaux en droits et libres. En dehors de cette considération, l’État s’engage à protéger tous les droits des individus. Mais que reste t-il du discours Politique, de la vertu, de l’idéal qui conduiraient vers l’élévation de l’esprit ? Machiavel verserait dans l’action de gouvernance quel que soit le contenu et Platon parlerait de vertu et de justice du discours associant le souverain Bien au Bon, tout en expliquant que seul le philosophe est garant de ces concepts et de leurs applications. Entre ces deux visions : le Philosophe Roi et le Roi Politicien – et non Politique – il n’y a pas d’alternative. Le discours politicien a pris la place de la vision politique. Machiavel a sans doute rompu le pacte avec l’idéal moyenâgeux de l’État, mais ne l’a malheureusement pas remplacé par une noblesse d’esprit, une vertu, une éthique – pour en finir avec une morale captée par les vents changeants de l’histoire et des gouvernances. Le discours appelle désormais à la manoeuvre, plus qu’à l’Idéal. Les jeux de pouvoirs pour le pouvoir par les Politiques ont comme manuel d’expression le Prince de Machiavel plus que l’utopie de Platon ou celle de Thomas More. A défaut de pratiquer une éthique, une réflexion sur la vie de la Cité, c’est le combat de la communication et de la technique politicienne.
L’Histoire se rappelle encore des éléments de langage qui tirent les populations non seulement vers le bas, mais vers les abîmes au fond desquels elles finissent par se livrer bataille. La Politique consiste à élever le débat qui mènera l’homme vers un idéal de justice, il ne doit pas être livré pour la conservation ou l’appropriation d’un pouvoir. Gouverner ou vouloir gouverner c’est élever la vie de la Cité, ça n’est pas voir en elle un moyen technique et pratique de s’élever soi-même au dépend de toute éthique.

S’il fallait conclure
Il est des ouvrages qui doivent être relus et étudiés attentivement car ils se perdent dans nos mémoires ou dans nos bibliothèques. Il en est un qui semble ne pas être oublié tel un bréviaire, un manuel de conduite dont on n’oublie jamais les instructions. S’il y a bien un best-seller à retenir c’est bien celui de Machiavel, cinq siècles de succès, qui dit mieux ?

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