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Je vous écris dans le noir : une fiction remarquable sur la vie de Pauline Dubuisson

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Par Eric Yung – bscnews.fr/ Pauline Dubuisson est une femme oubliée. Pourtant, dans les années cinquante elle a marqué les esprits tant elle a –par le tumulte de sa vie- passionné le grand public. C’est Henri-Georges Clouzot, le cinéaste, qui –en 1970- avec son film « La vérité » l’a, en quelque sorte, immortalisée. Pour comprendre le livre de Jean-Luc Seigle titré « Je vous écris dans le noir » il faut se remémorer rapidement la vraie histoire de Pauline Dubuisson.

Qui est-elle ? Née en 1927 au sein d’une famille bourgeoise installée à Dunkerque elle est l’héroïne d’un fait-divers exceptionnel. En 1944, à la libération, elle est tondue en public et violée à plusieurs reprises dans les locaux du quartier général du comité d’épuration et ce, juste avant de comparaître devant un tribunal du peuple qui l’a condamnée (pour avoir couché avec un officier allemand) au peloton d’exécution. C’est son père, un ex-colonel, qui réussit à la sauver de la mort. En 1947 elle entame des études de médecine et c’est à cette époque que son destin bascule. En effet elle rencontre un étudiant, Félix Bailly. Après quelques mois de relation intime le jeune homme la demande en mariage. Pauline Dubuisson craint la réaction de son fiancé lorsqu’il apprendra ce qui lui est arrivé. Alors, elle se tait et refuse le mariage. Mais quelques semaines plus tard lorsque Félix Bailly quitte Lille pour Paris ville où il doit continuer ses études et qu’il se fiance à une autre fille, elle regrette sa décision. Elle vient dans la capitale armé d’un pistolet et, dans des circonstances qui sont toujours restées floues, elle tire par trois fois sur l’homme qu’elle aime. Elle retourne ensuite l’arme sur elle mais celle-ci s’enraye. Elle ouvre alors le gaz et enfonce le tuyau au fond de sa gorge mais les secours arrivent à temps pour la sauver. En revanche, son père lorsqu’il apprend le crime commis par sa fille, se suicide. Arrêtée elle est envoyée en Cour d’assises et l’avocat général réclame le châtiment suprême : la peine de mort. Mais le jury est plus clément : il condamne Pauline Dubuisson à la réclusion à perpétuité. Libérée pour bonne conduite après 6 ans de détention la jeune femme quitte la France et part se réfugier, avec une nouvelle identité, au Maroc. C’est à partir de cette étape de vie que Jean-Luc Seigle raconte l’histoire de ce personnage hors du commun. Un récit entièrement consacré à la seconde partie de l’existence de Pauline Dubuisson, c’est à dire à cette parcelle de temps où elle a cru pouvoir reconstruire une vie. Mais, le destin en décide autrement. Et l’habileté de l’auteur est d’avoir imaginé une sorte de correspondance intime (tenant un peu du journal) qui lui permet de se mettre dans la peau de son héroïne. Dans ces « confessions » Pauline Dubuisson s’adresse à son nouvel amoureux, un ingénieur, un homme qu’elle a rencontré dès son arrivée au Maroc et qui veut –lui aussil’épouser. Et, une nouvelle fois, le passé de Pauline Dubuissson perturbe sa nouvelle histoire d’amour. Elle tentera bien de tout expliquer, de dire sa vérité, de confier ses sentiments et d’affirmer – pour mieux se faire comprendre de celui qui dit l’aimer- qu’un « vrai procès devrait être interdit au public. Je ne comprends toujours pas ce théâtre du réel où l’accusé est livré aux autres en mémoire d’un crime dont il peut avoir du mal à se souvenir. (…) Pour ma part j’avais réclamé un huis clos, mais il fallait être mineure pour l’obtenir ; je n’avais pas encore vingt et un ans au moment du crime, mais j’en avais vingt quatre quand mon procès s’est ouvert. On m’a donc lâchée à la meute des chiens affamés d’histoires à sensations. » « Je vous écris dans le noir » est un livre remarquable et Jean-Luc Seigle signe un roman (qui est donc inspiré de fais réels) terriblement vrai.

« JE VOUS ECRIS DANS LE NOIR »

de J.Luc Seigle. Editions Flammarion.

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