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Lu Cong

Lu Cong : orfèvre de l’émotion

Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Né à Shanghaï en 1978, Lu Cong immigre aux Etats-Unis à l’âge de 11 ans. Une fois ses diplômes obtenus à l’université de l’Iowa en biologie et en arts plastiques, il décide se consacrer à l’art du portrait. Dans ses premières oeuvres déjà, outre la grandeur impressionnante, le pathos et le mélodrame intrinsèques, sa sensibilité envers ses sujets est évidente.

propos recueillis par

Lu Cong a depuis développé son propre réalisme figuratif : ses portraits ne souhaitent pas saisir simplement l’adéquation physique parfaite avec le réel mais engagent plutôt à ressentir une interaction très forte entre le sujet et son observateur. Les oeuvres de Lu Cong sont empreintes d’émotions indicibles. Sources fertiles pour l’imagination, chaque visage, chaque regard, toujours empreint d’une gravité intrinsèque, semble l’ouvrage d’un orfèvre de l’émotion et de la délicatesse. Face à ses tableaux, le monde semble en suspension. Accroché à l’expression si palpable et si vraie des êtres qui sont peints, il semble que le temps s’arrête et qu’on embrasse, dans toute sa complexité, la fragilité et la force de l’humanité.

Comment êtes-vous devenu peintre?

J’ai appris à peindre après avoir terminé mes études à l’université.

Quels techniques, matériaux, et outils utilisez-vous?

J’utilise la peinture à l’huile sur des panneaux de bois. J’utilise les techniques que j’ai appris à l’école.

Vos personnages ont de nombreuses caractéristiques communes, y compris un teint clair, parfois diaphane: pourquoi?

C’est une compulsion que je ne peux pas expliquer….

Vos portraits sont hyperréalistes; ils ressemblent à des photographies … Comment arrivez-vous à ce résultat?

J’essaie de peindre mes sujets aussi fidèlement que possible, cependant, je suis plus préoccupé par la création d’une interaction réaliste et authentiquement ressenti avec le sujet, et moins soucieux des ressemblances physiques.

Dans la plupart de vos portraits, l’arrière-plan est flou … pour mettre en évidence le visage, on suppose, mais aussi pour créer une «atmosphère», non?

Tout à fait, c’est la mise au point avec une étroite profondeur de champ que les photographes et les cinéastes aiment à utiliser. C’est un dispositif efficace, et souvent utilisé pour distinguer le sujet du fond. Je suis toujours en recherche d’une façon plus satisfaisante d’y parvenir;, toujours à la recherche de « l’atmosphère » la plus juste.

Avez-vous des mentors en matière de portrait?

Jean-Auguste Dominique Ingres.

Quelle partie du visage préférez- vous dessiner?

L’ ensemble du visage.

Et quelle partie semble pour vous la plus complexe à dessiner? Est-ce que la réponse dépend du visage que vous êtes en train de peindre ou y-a-t-il un élément du visage qui est toujours difficile à dessiner?

Jusqu’à récemment, je n’aimais pas dessiner les cheveux, mais dernièrement je suis devenu obsédé par eux.

Les yeux de vos personnages semblent être au centre de tout votre travail . Ils sont expressifs, terriblement vivants…Comment gérez-vous cette impression étonnante?

Merci pour ce compliment. Je pense que quand un visage est représenté tranquillement et subtilement, le spectateur voit le sujet intimement, et les yeux se placent alors au premier plan.

Travaillez-vous avec des modèles qui posent, des photographies, ou tout simplement avec votre imagination?

Avec les trois.

Certaines de vos oeuvres figurant sur votre site révèlent des portraits plus contextualisés dans les quels les arrière-plans sont même en expansion… un développement récent? ou, au contraire, sont-ce ces oeuvres anciennes?

Placer un sujet dans un contexte est toujours difficile, l’environnement peut ajouter une atmosphère, une histoire, et du sens, mais en même temps, ces éléments distraient le spectateur et diluent l’interaction avec l’objet. Au fil des années, j’ai expérimenté différents types d’environnements et c’est encore un travail en cours.

Votre travail semble trahir la personnalité d’un observateur et d’un être humain très sensible à la poésie qui se dégage de chaque être, on se trompe?

Lorsque je peins, j’«écoute» ce que le visage me dit et je ne peux pas arrêter jusqu’à ce qu’il «dise» quelque chose de significatif. Qu’est-ce qui se dit? C’est par contre quelque chose que je ne peux pas mettre en mots.

Pouvez-vous nous expliquer ce qui est à la genèse de vos portraits? une rencontre qui vous touche? une émotion que vous voulez peindre?

Je me sens obligé de peindre certaines personnes, comme si je me languissais de leur présence.

Vos personnages expriment tous une gravité intrinsèque. Ils ont un quoi je-ne-sais-quoi de caché dans leurs yeux, une douleur indicible, le poids du passé, non?

Ces sentiments ne sont pas souvent mes intentions initiales, mais je m’y abandonne à chaque fois.

Avez-vous déjà peint des personnages souriants ou qui rient? Est-ce compatible avec votre esthétique?

Je sens qu’un portrait «heureux» est beaucoup plus complexe à exécuter qu’un mélancolique, et j’ai encore beaucoup à apprendre…

Le site de Lu Cong

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