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Buika

Buika : la rage de chanter

“Personne ne peut t’enseigner à rire, à pleurer, à gémir… Personne ne peut t’apprendre à chanter, cela doit venir de toi, de ton envie, de ton besoin de t’exprimer” affirme Concha Buika. De sa voix rauque et sensuelle, cette chanteuse espagnole d’origine guinéenne interprète ses chansons avec une rage désespérée et instinctive. Révélée au public […]

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“Personne ne peut t’enseigner à rire, à pleurer, à gémir… Personne ne peut t’apprendre à chanter, cela doit venir de toi, de ton envie, de ton besoin de t’exprimer” affirme Concha Buika.

De sa voix rauque et sensuelle, cette chanteuse espagnole d’origine guinéenne interprète ses chansons avec une rage désespérée et instinctive. Révélée au public français avec Mi nina Lola puis La Nina de Fuego, la voix-phénomène de Buika est à la fois gitane, soul et jazz. Ses albums sont sortis dans plus de 22 pays, elle a reçu plusieurs disques d’or, deux Grammy Awards, a joué avec Chick Korea, chanté avec Luz Casal, Seal…

Découvrir Buika sur scène est une expérience marquante, elle fait partie de ces artistes qui se consument avec ses mélodies, de façon intense et habitée. De son nom Maria Concepción Balboa Buika, elle est née en 1972 à Palma de Majorque, a grandi dans le Barrio Chino, seule petite fille noire dans le quartier pauvre de la ville, refuge des prostituées, des toxicos et des poètes qui ont fui la répression franquiste. Sa mère l’élèvera seule, car son père quittera le foyer lorsqu’elle aura 9 ans.

Pour Buika, les frontières n’existent pas, elle puise dans tous les styles : les musiques populaires espagnoles comme le flamenco, la copla, le boléro. Buika s’est initiée à la culture flamenco dans la rue avec les gitans à Palma de Majorque. “J’ai appris à être à l’écoute, à écouter ma mère, tous les différents maitres que j’ai pu rencontrer tout au long de ma carrière et dans différents lieux avec les gitans… les gadjos de toutes les couleurs… les Africains… Tous m’ont inspiré, tous m’ont appris, chacun à leur façon, plein de choses sans le savoir”, ajoute-t-elle.

Pour vivre et se construire, Buika fait tous les métiers, femme de ménage, chanteuse dans les mariages et elle travaille même pour une société de téléphonie érotique ! « Je simulais l’orgasme au téléphone avec plein d’autres filles dans une grande salle… (elle rit) C’est comme ça que j’ai pu payer ma première guitare ! » Elle joue d’abord dans les cafés la nuit sur l’île, là où affluent les touristes. Et puis, impensable ! Elle est repérée par un producteur et est engagée pour jouer le sosie de Tina Turner à Las Vegas !! « Cela a duré un an, cela a été très enrichissant comme expérience ! » Frondeuse, elle travaillera aussi dans les années 90 avec la compagnie de théâtre de rue déjantée barcelonaise La Fura dels Baus, tout en composant ses propres chansons. Il faudra qu’elle attende 2006 pour connaître le succès avec Mi Niña Lola, qui est un hommage émouvant à sa grand-mère africaine. C’est pour cet album qu’elle entamera une collaboration fructueuse avec le musicien et producteur Javier Limón. Sa carrière est définitivement lancée.

Buika est une interprète de la veine de Nina Simone ou Billie Holiday don’t elle s’inspire, tout comme Édith Piaf qu’elle admire : “Ce sont des femmes blessées, qui ont beaucoup souffert… Elles sont indispensables. Elles ont ouvert la voie vers une nouvelle façon d’interpréter la musique. Chanter, c’est pouvoir exprimer des sentiments, les ressentir, les vivre, transmettre la douleur, les joies et la souffrance… ” Dans un autre album, El ultimo Trago, elle rendait aussi hommage à la légendaire chanteuse mexicaine Chavela Vargas pour ses 90 ans. Toujours habillée d’un poncho, Chavela chantait la Ranchera, une complainte habituellement chantée par les hommes. Libre et fière, elle a aussi révélé son homosexualité en 2000. Le cinéaste espagnol Pedro Almodovar en était un fan absolu. On peut entendre ses chansons dans plusieurs de ses films comme Kika ou La fleur de mon secret. « De passion, justement c’est ce dont nous parle les chansons de Chavela, et pour moi, voir chanter Chavela c’est comme un rituel religieux… Je n’ai jamais vu personne ouvrir les bras comme elle. Peut-être le christ sur la croix. » affirmait-il à la sortie du film. C’est Pedro Almodovar qui a été aussi l’initiateur de cet album de Buika : « Pour moi, il n’y a que Buika qui peut reprendre les chansons populaires mexicaines du répertoire de Chavela. Elle est de la même trempe, elle se met “à nu” devant le public. » Buika a découvert Chavela Vargas quand elle était petite. Quand sa mère, délaissée par son père, chantait ses chansons pour apaiser sa peine : « Son répertoire est très large, pas seulement mariachi. Il vient de Colombie, de Cuba… Avec son style si personnel, avec cette force et ce courage, il n’ y a qu’elle pour chanter comme ça…» nous explique Buika. Cet album de reprises est une totale réinterprétation. Il a été enregistré à La Havane en direct et en très peu de prises, avec tous les musiciens ensemble. C’est le grand pianiste cubain Chucho Valdès (le fils de Bebo, pianiste cubain de légende ) qui accompagne Buika et qui a fait les arrangements. « Le plus difficile c’est que je suis jeune et que je suis loin des origines de ces chansons. Chucho m’a aidé à les ressentir… Avec ses arrangements merveilleux, el maestro Chucho préservent l’esprit solennel de ces chansons», ajoute Buika.

Et puis en 2011, Pedro Almodovar, encore lui, fera à son tour chanter Buika… deux chansons dans son film La piel que habito – Por el Amor de Amar et Se me Hizo Fácil – tandis que sort son album rétrospectif intitulé En mi piel. Car Buika est aussi auteur-compositeur. Ses chansons parlent de manière métaphorique de l’amour et ses malentendus, de la difficulté de vivre avec les autres et de ses propres démons… Elle a une sensibilité à fleur de peau due en partie à ses origines : ses parents ont fui la Guinée Équatoriale et son dictateur Francisco Macías Nguema pour venir s’installer en Espagne. En hommage à ses racines et à sa famille, elle arbore ainsi un large tatouage sur son bras droit avec les noms tribaux de ses proches : “Celui de ma mère, puis le mien, Kitailo, hérité de ma grand-mère. Il y a aussi ceux de mes sœurs, de mes nièces et celui de mon fils ».

Le septième et dernier album de Buika s’intitule Noche más larga. Au fil des douze titres, la chanteuse réinvente le flamenco en le transfigurant : « Le flamenco appartient à quiconque veut le ressentir et le vivre. » Elle offre deux déchirantes réinterprétations : de Ne me quitte pas de Jacques Brel et Don’t explain de Billie Holiday, et puis une autre chanson, No lo sé, avec une autre des ses idoles : Pat Metheny. Buika a découvert de guitariste de légende, adolescente, lors d’un concert en Espagne et c’est ce jour-là qu’elle a décidé de devenir chanteuse… Libre et fière, aujourd’hui Buika veut être indépendante, elle a produit seule cet album, sans la participation de Javier Limon. Pour elle, chaque enregistrement est unique, elle ne fait que très peu de prises, elle ne cherche pas la perfection à tout prix, mais le ressenti. Elle a aussi écrit un recueil de poésie qu’elle souhaite adapter au cinéma. Le thème de From Loneliness to Hell ? De la solitude à l’enfer, ou comment parler de la difficulté de vivre pour une femme qui mène une carrière comme la sienne…

Buika
« La noche mas largas » – Warner Music Spain

Crésit-photo : DR

 

 

 

 

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