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Élisabeth Barillé et la rencontre entre Anna Akhmatova et Amedeo Modigliani

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Par Laurence Biava – bscnews.fr/ Élisabeth Barillé, dans son dernier roman, a merveilleusement et délicatement retracé, au fil des indices récoltés avec patience – lettres, poèmes, journaux intimes, photographies, dessins, témoignages encore existants tels que les souvenirs de la poétesse, la rencontre, l’immense Rencontre, en 1910, rencontre restée mystérieuse jusqu’alors, entre Anna Akhmatova, et Amedeo Modigliani.

L’auteur offre avec ce grand livre la résurrection de deux figures à l’aube de leur destin, deux créateurs en pleine quête, s’aimant dans un français malhabile, et naviguant entre deux pays, deux milieux, le Montparnasse des débuts du cubisme et les dandys poètes à Saint-Pétersbourg. Comment demeurer insensible à la flamboyance de ces talents en devenir, irrigués par la poésie et la recherche picturale ? Un amour à l’aube fut une révélation : enfin, connus et célébrés, ces quelques jours, ces quelques mois de passion, presque irréels, rendus ainsi à nos mémoires. Modigliani et celle qui n’a pas encore pris le nom d’Akhmatova entonnent un prélude à Montparnasse. Ils vont s’écrire régulièrement et se reverront au printemps 1911 alors qu’Anna séjourne seule à Paris. On aime cette façon de suggérer la liaison en évoquant surtout leurs dialogues par lettres interposées et leurs longues promenades durant lesquelles l’un et l’autre cessent d’être seuls. On aime l’émerveillement de Modigliani devant cette femme dont le beau visage étrange incarne alors une soudaine inspiration. On est fascinés par ces deux personnalités artistes, en quête d’idéal, encore relativement méconnus, et cette manière si émouvante dont Barillé trace la quête parallèle de ces deux jeunes artistes qui ont vu en l’autre une âme complice et amie. On succombe devant cet alliage entre amitié et amour naissant et cette éperdue mutation réciproque entre les deux protagonistes. On s’émeut de cette rencontre miraculeuse pour les messages qu’elle dispense ainsi que de ce moment de grâce amoureux et artistique, et du souvenir qu’il nous en reste. On aime le fil de la réflexion esthétique, presque transfigurée, à propos de Modigliani, qui est l’un des seuls artistes dont les funérailles seront suivies en janvier 1920, par les communautés parallèles d’artistes et de Montmartre et Montparnasse. On aime cette manière de dépeindre et d’explorer les fréquentations et les endroits de l’époque, à Paris, à Saint-Pétersbourg.
Enfin, et toujours, c’est l’écriture de Barillé qui fait merveille. Tantôt réaliste, tantôt romantique, fiévreuse, rapide, à l’instar des deux amants qui savent bien que le temps leur est compté. Un amour à l’aube est un hymne à l’amour, et un éloge de la beauté. Les dessins et les sculptures de Modigliani, les vers d’Anna Akhmatova, leur histoire, quelques lettres. Et la beauté d’Anna Akhmatova « peinte » à flux tendu. « Beauté singulière, beauté travaillée, beauté gagnée sur d’éclatants, d’insupportables défauts – nez cassé, cou à n’en plus finir – beauté arrogante pour la lycéenne qui s’en étourdissait comme d’un destin inaccessible. Car la beauté, la grande beauté, construite par le vouloir, conquise sur la disgrâce, est un destin, bien sûr ». 

Un «Amour à l’aube » est une fresque chamarrée, un voyage infini vers la beauté. Là est tout le sens et la réussite de ce livre différent. Ravissant.

Un amour à l’aube
Elisabeth Barillé
Editions Grasset
Prix: 16 €

Crédit-photo ©Helene BAMBERGER/

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