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Quand le théâtre aborde le décès d’un enfant avec un hyperréalisme bouleversant

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Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr/ On se demande ce qu’il se passe… On ne sait pas trop si la pièce a commencé…Sur les planches, une scène banale de vie de famille se déroule déjà tandis que les spectateurs continuent à s’installer. Un couple et leurs deux enfants, chacun occupé à son activité…Puis les lumières s’éteignent, les enfants quittent le salon pour aller se coucher, le couple pousse les meubles et là, tout commence vraiment.

Pascal et Annie – un auteur et une metteur en scène – forment un couple uni dans la vie, et dans la mort aussi d’ailleurs. Réunis sur scène autour du drame de leur vie – la mort de leur deuxième fille, Fée, quelques semaines après sa naissance – ces deux chaleureux québécois (doux pléonasme) nous offrent ici un moment de théâtre absolument singulier et bouleversant. Une pièce hyperréaliste qui nous plonge au coeur même de cette expérience tragique, drame ultime auquel nul parent n’est préparé et qui a bouleversé leur vie, un jour d’hiver où le froid s’est enfoui jusque dans leurs coeurs.
Sur scène, ils rejouent sans tabou des moments clés de cette période de vie, de mort, de celui de la conception de cette enfant jusqu’à quelques mois après son décès, lorsque la vie a péniblement fini par reprendre son cours, tout en alternant avec des moments de narration ou l’un et l’autre s’adressent directement à nous. Une intimité presque impudique s’installe entre le public et le couple, sans toutefois jamais créer de malaise, sans doute grâce à leur sympathie et à la manière parfaitement naturelle avec laquelle ils ponctuent ce récit grave de quelques notes d’ironie, de poésie ça et là… et de tendresse.
La pénombre et la lumière se côtoient tout comme la vie et la mort, les pleurs et les rires, les mots et le silence, dans un décor lui aussi réaliste et une mise en scène très évocatrice, comme ce moment où les voix de médecins – tandis qu’elles annoncent aux parents la mauvaise nouvelle – se chevauchent jusqu’à former une sorte de brouhaha où à peine les mots les plus importants sont perceptibles ; ou encore cet instant, un peu plus tard, où plusieurs réveils éparpillés sur la scène clignotent sur la même heure, symbole du temps qui s’est arrêté sur ce drame…
Les émotions sonnent juste, forcément, et leurs vagues nous secouent, nous confrontent à divers aspects de cette douloureuse réalité et aux interrogations délicates qui les accompagnent. Comment décliner l’identité de l’enfant au moment de l’entrée aux urgences alors que les parents n’ont même pas encore décidé d’un prénom ? Comment faire face aux différentes annonces des médecins et à ces interminables moments d’attente ? Aux discours des entreprises de crémation qui vantent leurs promotions sur les cercueils de petite taille ? Comment gérer le malaise qui entoure la question du nombre d’enfants lorsqu’elle est posée ? Comment retrouver une vie « normale » et apprivoiser la douleur, le manque ? Quel sens inventer à la perte de cet enfant pour y survivre ?
Un spectacle bouleversant et dérangeant raconte l’indicible et nous confronte de plein fouet à la plus taboue des réalités. Une démarche artistique exceptionnelle qui, au final, rend hommage à la vie.

Exclusivement destiné à un public adulte, ‘Beauté, chaleur et mort’ est le premier volet du dyptique ‘Le cycle de la perte’, dont le second volet ‘Vipérine’ – porté par un univers fantastique – explore de manière lumineuse la manière de traverser le deuil d’une enfant qui veut se débarrasser du fantôme de sa soeur, ‘tuer la morte’ pour trouver sa place et ne plus vivre pour deux.

Beauté, chaleur et mort
De Pascal Brullemans et Nini Bélanger
Mise en scène : Pascal Brullemans et Nini Bélanger

Du 23 au 28 mai 2014 au Théâtre Artistic-Athévains

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