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Vivre et comment résister en 66 pages

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Par Laurence Biava – bscnews.fr/ Eric Neirynck a fait paraître son second roman « 66 pages » en tout début d’année. C’est une longue nouvelle, -ou un récit dans sa forme très courte-, comme il le précise lui-même dans sa préface, (il y souligne le caractère de la novella). D’où ces 66 pages incisives mêlant -à priori- plus de réalité que de fiction. C’est l’histoire d’une rencontre avec « la médecine de l’esprit » et la psy qui l’exerce.

Neirynck raconte ainsi les péripéties de ces moments d’intimité avec ce médecin assez particulier. Des échanges fusent de ces rendez-vous professionnels autant que personnels qui l’aident à vivre et à se consumer et Eric Neirynck analyse ainsi son désoeuvrement avec une remarquable et non moins cruelle lucidité. Serrés entre eux, des tranches de vie, des témoignages ponctuels, des bribes et passages d’inconnus dont la profondeur souligne paradoxalement la légèreté du style de l’auteur, et son recours à des phrases simples et déliées qui ne supportent aucune aspérité. Très peu de personnages dans ce livre : le narrateur-auteur du texte principal, sa thérapeute, le fils de celle-ci, et ensuite, en superposition de texte, sous forme de récit dans le récit, le narrateur et ce couple qu’il prend en filature dans les rues d’une ville anonyme, fasciné par leur bonheur.
Car là est l’habileté de 66 pages qui contient deux récits à la première personne, le deuxième récit étant rédigé par le narrateur du premier. Ces subtilités narrative et technique ajoutent à l’ambiguïté du livre, dévoilant ainsi les jeux de miroirs et de dédoublement, le second narrateur se projetant sans cesse dans le premier. C’est peut-être là qu’est assurément le prix à payer d’une course vaine au bonheur : les redditions, les refus, les obstacles dans une savante mais (incontrôlée ?) accumulation parcourent inlassablement les pages de ce récit désespéré dans l’âme.
On sera effectivement sensible aux condensés des histoires parallèles de ces deux protagonistes et à ce qui se joue affectivement dans la tête de chacun. De leur prédilection similaire pour une littérature déchirée et râpeuse (Céline, Bukowski) et poétique (Rimbaud) jusqu’à cette solitude qui leur colle à la peau, il faut lire et ressentir ici des êtres rejetés, s’enfonçant chaque jour un peu plus dans le gouffre existentiel. C’est le point d’orgue de cette quête de tendresse encore et toujours, qui ne sait visiblement plus comment s’épancher.
On a bien aimé cet ouvrage émouvant et éperdu. On a bien aimé ce texte confidentiel évolutif et impudique parce qu’il laisse le lecteur avec le cœur serré et crie « La vie ». 

Une jolie réussite.

66 pages
Eric Neirynck
Editions Zeugme
66 pages

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