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L’enfant grec : l’hellénisme aux cuisses interminables et le nationalisme callipyge

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr/ A quoi peut bien songer un écrivain qui n’a plus à faire ses preuves ? A la vie, à celles qui l’ont joliment enjolivée, au mensonge, à la mémoire, à la naïveté et à leurs reflets désarçonnants dans le miroir du quotidien.

Depuis 1974, Vassilis Alexakis s’affirme comme dessinateur humoristique, lanceur d’aphorismes et romancier distingué par le Prix Albert Camus et le Médicis. Aussi par le Grand prix du roman de l’Académie française. Celui-ci, on le donne généralement à deux occasions. Soit pour signifier aux autres jurys qu’ils n’auront plus à débattre du roman lauré, soit pour couronner une œuvre et faire savoir à son auteur qu’il peut désormais aller en paix. Mais Vassilis ne mange pas de ce pain-là. Ni le lot de consolation, ni le dix de der ne lui conviennent. Philippidès est encore loin de Sparte, même si son cri en faveur d’un pays spolié a déjà commencé de résonner. Condamné aux béquilles par une opération, l’écrivain prend appui sur l’homme pour déambuler dans les coursives de l’écriture, en caresser la patine des meubles à secret, convoquer les héros de son enfance, détonateurs à retardement d’une addiction à la feuille blanche. Son théâtre sera le jardin du Luxembourg en novembre, son histoire, ses familiers hauts en couleurs et la noria de souvenirs que convoque l’ancien usager de l’Acropole Express. Par-delà les galipettes de la duchesse de Berry, le petit prince de Callithéa revisite l’herbier de ses propres amours. Chez lui, l’hellénisme a des cuisses interminables, le nationalisme est callipyge, la littérature possède une somptueuse chute de reins. Comme tous les timides, il frémit à l’idée que l’autre va déclencher les hostilités. Mais la riposte est souveraine et la fuite ne se conçoit qu’en avant, flamberge au vent. Même contraint au compagnonnage platonique d’Odile, de Georgette et de la « Martiniquaise plutôt âgée » en charge du ménage, l’ardent parler alexakisien n’a oublié ni la femme de Samothrace, ni celle du Pérou, pas plus que cette Anglaise qui aimait à jouer sous la couette. Il en conçoit une sagesse aux couleurs de l’arc-en-ciel. La prudence est la vertu la plus médiocre. La pire des folies consiste à n’en commettre aucune. Toutes les liaisons sont sans lendemain, mais il faut parfois du temps pour s’en rendre compte. Foin de morale du désenchantement. « Je ne m’en plains pas : elles étaient plutôt douces dans l’ensemble, avaient des doigts de fées ». Il y eut d’abord le jeune Alexis, éveillé au livre à travers les Don Quichotte, d’Artagnan, Cyrano, Robinson, Long John Silver, Tarzan, Michel Strogoff, Robin des Bois, Zorro et ce Georges Azur, au patronyme digne d’un roman de Modiano. A n’en pas douter, Alexakis aime passionnément la littérature ; elle est son oxygène, sa fontaine de jouvence. Elle constitue le fil rouge de cet étourdissant roman et sonne comme un aveu, puisque « écrire est une façon de reconnaître qu’on a une double vie ». Panthéon, il faut ouvrir au vieil enfant rompu par le voyage. Il est venu déballer des trésors de tendresse, des rivières de concupiscence. Aussi les chatoiements amers d’un pays qui pleure de n’être plus aimé.

« L’enfant grec », Vassilis Alexakis, Stock, 20 euros

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