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L’industrie du mensonge : entre relations publiques et démocratie

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Par Régis Sully – bscnews.fr / Selon les auteurs de ce livre, dans les sociétés démocratiques, il est vital pour une entreprise d’influencer l’opinion publique, de la modeler non seulement pour vendre un produit, mais pour faire accepter son activité surtout lorsque celle-ci affecte la population comme l’enfouissement des déchets radioactifs.

À défaut de l’amadouer, il lui faut, au moins, la neutraliser par tous les moyens ou tout faire pour ne pas être l’objet de son hostilité. Mieux, les grandes firmes se servent de cette opinion publique comme levier pour imposer leurs vues aux décideurs politiques. Ce sont les instituts de relations publiques qui sont chargés de fabriquer du consentement.
On tente d’éviter ainsi les débats, les critiques, la profusion des opinions bref ce qui constitue la trame de la démocratie. L’idée sous-jacente est de dégager un consensus à l’insu des citoyens, consensus produit par une élite qui préserve ainsi ses intérêts des aléas d’un vrai débat démocratique.
L’objet de ce livre est d’immuniser le citoyen lambda contre ces pratiques sournoises en dévoilant les techniques de manipulations utilisées. Il sera ainsi capable de mieux se défendre. Nul doute que nous ayons affaire à un livre militant.
Au travers d’exemples puisés aux Etats-Unis, les manoeuvres sont mises à jour, des plus visibles au plus tordues. Ainsi sont évoqués les efforts des industriels du tabac pour en nier ou minimiser les effets sur la santé, le combat de l’industrie nucléaire avec la complicité des autorités politiques pour vanter les vertus et les mérites de cette énergie propre, la lutte des industries spécialisées dans l’utilisation des boues issues du réseau d’assainissement des stations d’épuration pour louer leurs bienfaits comme engrais. Est évoquée aussi, la création de sociétés bidons composées de citoyens grugés pour faire pression sur les politiques, tactique utilisée pour faire échouer la réforme de la santé sous la présidence de Bill Clinton. Mais les entreprises ne sont pas les seules à avoir recours à ces instituts de relations publiques, les Etats le font également. On lira avec intérêt les efforts déployés par la Colombie via des agences spécialisées pour se défaire de la réputation d’un pays protégeant en son sein les cartels de la drogue. Dans ce domaine-là, l’exemple des Etats-Unis est plus connu. Mais soulignons que cette deuxième édition, la première date de 2004, est complétée par des exemples français ou européens récents que l’éditeur par souci de pédagogie militante sans doute a insérés à la fin de chaque chapitre.
Au total un livre utile pour déjouer ce que l’on veut nous imposer sans nous l’avouer. Bref les techniques sont légion pour étouffer ou discréditer des idées qui malmènent certains intérêts : propagande ou publicité déguisées sous forme d’information neutre, livres dénigrés dans une certaine presse pour dévaloriser son contenu… Certes les citoyens des démocraties occidentales ont réagi à ces campagnes plus ou moins insidieuses, mais on suit difficilement les auteurs lorsqu’ils dénient tout efficacité à la lutte menée contre des lobbies par des organisations d’envergure nationale sous prétexte qu’elles ne seront jamais aussi puissantes financièrement que les organismes qu’elles affrontent. Pour les auteurs, seul le combat des locaux, des « Not In My Back-Yard » c’est-à-dire ceux qui sont directement confrontés aux problèmes : épandage de boues toxiques, déchets nucléaires déposés près de chez eux, est efficace.
Mais on peut y voir aussi, la chose comme une régression démocratique car le passage « Pas de ça chez moi » à « Pas de ça nulle part » ne paraît pas couler de source.

Le site des Editions Agone

L’industrie du mensonge de John Stauber et de Sheldon Rampton – Editions Agone

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