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Le pays lointain: une quête identitaire désespérée

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Par Julie Cadilhacbscnews.fr/ Crédit-photo Marc Ginot/ Le pays lointain a été achevé par Jean-Luc Lagarce quinze jours avant son décès: on y décèle une urgence à dire et un désarroi à réaliser qu’on échoue.

C’est un texte exigeant: si les problématiques y sont brillamment mises en lumière, la longueur peut par contre rebuter le spectateur néophyte à l’univers de Jean-Luc Lagarce ou l’hyperactif notoire. L’écriture ,centrée sur le discours et « philosophique », nécessite une concentration sourcilleuse. Comme par une volonté tenace d’insister sur le caractère incorrigible des êtres et du monde, les mots roulent, s’ébrouent, tempêtent et sont malaxés en bouche tant et tant qu’ à force de les répéter, ils floutent le propos plutôt que de l’éclaircir.  Luc Sabot a choisi de donner à cette écriture une diction singulière, hachée, entêtante:un parti-pris qui peut séduire autant que rebuter. Dans cette histoire de familles, si la parole est un défouloir pour tous, en face, Louis dit fort peu lorsqu’on le sollicite et….sourit. Manifestation désespérée d’un échec? Accablement parce qu’il est déjà trop tard? Incapacité à communiquer? Le drame est là et tissent des malentendus nombreux  au creux d’esprits fatigués par les épreuves de la vie. Voilà une pièce dont la réception, il semble, ne peut être unanime tant sa compréhension est contigente à l’expérience personnelle de chacun.

Louis , le personnage central( troublant tant il s’apparente au dramaturge lui-même), est un homme dont la sensibilité extrême s’apparente à de la froideur et qui a choisi de ne pas revenir pendant vingt ans rendre visite à sa famille de sang. Un matin, sans être vraiment capable d’expliquer son choix, il prend le train accompagné de son meilleur ami en direction de sa « sorte de ville » natale. Après un prologue (un peu long…) où chaque personnage s’affirme, se manifeste et tente de prendre la vedette à Louis, dans lequel Luc Sabot a imaginé une mise en scène épurée où seule se manifeste le travail d’une direction d’acteurs rigoureuse devant un rideau de velours rouge traditionnel, s’opère soudain une explosion du plateau en zones de lumières où, par touches, naît là un dialogue, une dispute, une minute de tendresse volée ou encore un monologue introspectif. On y perçoit la volonté de matérialiser sur la scène les émotions quiLuc Sabot vacillent: les haines qui ressurgissent, les souvenirs qui étreignent, l’amour qui n’arrive pas à se frayer un chemin.Ensuite? S’impose une famille dont les sentiments sont empêtrés dans des années de retenue forcée. Ah Famille! monstre qui dévore l’individu en lui refusant sa liberté: la grand-mère dit « il ressemble à son grand-père »; « elle a le sale caractère de son père » et toc, voilà les petits-enfants emprisonnés à leur insu dans une image dont ils ne sauront pas s’extirper. Attention cependant! pas question pour Luc Sabot, fidèle à l’écriture de Jean-Luc Lagarce, de caricaturer la vie de ce Louis aux aventures sans lendemain ou de faire des membres de sa famille retrouvés des clichés de provinciaux paumés! On y entend bien plus un pouls lent qui bat en filigrane, hoquète puis meurt sous l’oeil impuissant de tous ceux qui n’ont jamais su « vraiment » l’aimer. Plaisir de voir les vrais visages des personnages qui se dessinent par dessus ceux qui s’imposent d’abord, coeur serré lorsqu’on comprend ensuite le destin inflexible que la fratrie a tracé pour chacun: on ne reproche rien à Louis, le fils aîné chéri dont la fragilité justifie l’égoïsme mais on ne le comprend pas, on regarde à peine la soeur cadette qui a renoncé à ses rêves pour satisfaire le confort de sa maman veuve, on accuse de brutalité l’enfant du milieu qui, sous ses airs durs, a le coeur qui saigne le plus abondamment…et côté des amis de Louis? une autre « famille » soumise aux mêmes concessions: une Hélène amoureuse qui supporte l’amitié exclusive de Louis avec son ami de Longue Date, des amants délaissés et, au mieux, cyniques…

On félicitera une mise en scène où le comique alterne sans heurt avec le pathétique, les portraits de famille émouvants présentés par flashs ou par poses longues, les bulles oniriques orchestrées par Jacques Merle durant lesquelles la musique  emporte dans les souvenirs du passé. On frémit à l’écoute de cette pensée écorchée » en train de se faire »  grâce à une grande  » famille »  très justement interprétée!

Titre: Le pays lointain

Auteur: Jean-Luc Lagarce

Mise en scène: Luc Sabot

Avec Jacques Allaire,Mathias Beyler, Charles Joris, Vanessa Liautey, Stéphanie Marc, Jacques Merle, Jean-Michel Portal, Luc Sabot, Alex Selmane, Marie-Paule Trystram, Catherine Vasseur.

Dates des représentations:

Du 25 janvier au 3 février 2012 au Théâtre des 13 Vents à Montpellier

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