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Beaucoup de bruit pour rien ou la comédie des faux-semblants

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Par Philippe Delhumeau-bscnews.fr/ C’est en 1600 que Shakespeare publie Beaucoup de bruit pour rien. Le style de ce texte mêle adroitement le langage de la comédie romantique avec le couple Claudio ( Laurent Menoret)  et Hero (Suzanne Aubert) à un sens non formel de la tragédie. L’histoire raconte le retour du Prince d’Aragon, Don Pedro incarné par Matthieu Marie, lequel avec ses compagnons de guerre rentrent victorieux d’une campagne.

Son ami de toujours le gouverneur de Messine, Leonato joué par Jean-Claude Jay, le reçoit avec les honneurs en son palais. C’est ainsi que l’imprévisible Béatrice (Alix Poisson), la nièce de Leonato, retrouve Benedict (Bruno Blairet), chevalier du Prince. L’heure n’est point au baisemain, galéjades et moqueries fusent dans des joutes verbales dont Béatrice sort vainqueur. Claudio n’a d’yeux que pour la pétillante Hero, la fille de Leonato. Sept jours suffisent pour préparer les noces et pendant ce temps, un complot fomenté par les amis de Don Pedro se trame pour déjouer les amours entre Béatrice et Benedict. La pièce évolue dans une semi pénombre, une façon d’annoter la double intrigue suspendue dans la mise en scène de Clément Poirée.
La scénographie prend les apparences d’un tableau grandeur nature où les tirés de rideaux laissent deviner la scène suivante sans en connaître le décor. Au premier plan, les personnages s’ingénient à souffler le temps au temps dans une confusion de sentiments contradictoires. L’amitié et la trahison, l’amour et la haine, la vie et la mort défilent dans cette galerie éclairée de la profondeur du texte et des répliques déclamées dans des duels engagés. En arrière-plan, le décor s’ouvre sur des fresques dépeignant l’amour désenchanté. L’entrée des jeunes femmes masquées n’est pas rappeler la satire exprimée avec subtilité par Aristophane dans L’Assemblée des femmes. Les masques couvrent l’intégralité du visage et les robes portées sont toutes identiques. Claudio et Benedict devront reconnaître sous les apparences l’élue de leur cœur. Les rapports humains dénivellent les confrontations intérieures manifestées par la cupidité et la mesquinerie. Le mensonge mal-à-propos aura raison du mariage entre Hero et Claudio. Clément Poirée épice des valeurs absolues la confusion des sentiments, lesquels sont sous l’instigation de perfides personnages prêts à tout pour anéantir un bonheur ultime au profit d’intérêts impurs. Béatrice et Benedict jouent leurs improbables amours sur un échiquier où la Dame se joue du Roi entre deux tours d’incompréhension. Les répliques sont saillantes et lequel des deux Cupidon décochera ses flèches sur le fruit mûri au cœur. Beaucoup de bruit pour rien, c’est une pièce rondement menée de bout en bout, l’intrigue se mêle à l’intrigue, l’amour à l’amour. Les comédiens donnent beaucoup de rythme et d’énergie à cette comédie main d’œuvre. Un clin d’œil à Suzanne Aubert pour le lyrisme qu’elle apporte à l’interprétation de Hero. Clément Poirée est un brillant metteur en scène qui étonne agréablement de spectacle en spectacle. A ses côtés, le théâtre vit de belles heures.

Beaucoup de bruit pour rien
De William Shakespeare
Texte français de Jude Lucas
Mise en scène Clément Poirée
Avec Suzanne Aubert, Bruno Blairet, Eddie Chignara, Manon Combes, François de Brauer, Jean-Claude Jay, Matthieu Marie, Laurent Menoret, Alix Poisson et Julien Villa.
Scénographie Erwan Creff, Lumières Maelle Payonne, musique Stéphanie Gibert, Costumes Hanna Sjodin, assistée de Camille Lamy.

 

Au Théâtre La Tempête ( Paris) jusqu’au 11 décembre 2011

Le spectacle sera présenté les 1er et 2 juin au Shakespeare’s Globe à Londres dans le cadre du Globe to Globe Festival.

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