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Le Baladin du Monde Occidental, une diabolique histoire dans l’Irlande de l’intérieur

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Par Philippe Delhumeau- bscnews.fr/ Elisabeth Chailloux n’a pas son pareil pour percer les mystères de la langue. Elle extrait le cœur des mots, les stylise à sa façon et les accroche à des histoires dont la puissance du texte aboutit à des mises en scène raffinées. Le Baladin du Monde Occidental, c’est un récit populaire qui prend sa source dans la profondeur de l’Irlande rurale.

Le débit de boisson d’un village perdu dans les collines voit par une nuit arriver Christopher Mahon. Le jeune homme a marché depuis mardi d’en huit à travers la campagne. Sale et dégingandé, il se vante d’avoir asséné un coup de bêche mortel sur le crâne à son père. Il mime le geste du revers de la main et l’accompagne de quelques mots prononcés mécaniquement “ Et crac, comme ça, vous voyez, fendu net en deux le vieux”. Les ragots ne tardent pas de se colporter de chaumière en chaumière. Christopher Mahon soulève le cœur des filles du village, lesquelles ont la ferme intention de ne pas le partager. Il est désormais considéré comme un héros au même titre que la veuve Quin, laquelle a tué son mari et enterré ses enfants.Le soi-disant père assassiné réapparait subitement le jour des noces du jeune homme avec Pegeen. S’ensuit une violente altercation avec son fils, lequel tentera de le tuer une bonne fois pour toute. Parviendra-t-il à ses fins ? Echappera-t-il aux casqués et à la corde ? D’entrée, la scénographie plonge le public dans les clairs-obscurs de la nuit. Le ciel encré d’un bleu ténébreux s’affiche en amont du plateau. L’intensité de la nuit est bouleversée par le rai de lumière diffus à chaque fois que la porte d’entrée de la taverne s’ouvre sur l’extérieur. Le décor, un grand meuble faisant office de comptoir avec une pompe à bière sis au milieu de la scène. Un braséro et quelques chaises occupent l’espace principal et en retrait un bric-à-brac d’objets hétéroclites sont déposés pèle-mêle. La lumière blafarde pose l’interrogation de la convivialité des lieux. Les personnages s’expriment dans un parler populaire dénué de finesse. Avec les mots défilent une galerie d’images, des empreintes d’humour et de sarcasme qui émaillent le maigre quotidien de ces gens de rien ou de si peu. La ligne de leur horizon s’arrête aux sommets des collines. Au-delà, c’est l’inconnu où personne n’a jamais osé s’aventurer car les légendes racontent des choses étranges. C’est dans ces moments forts que nous retrouvons la signature d’Elisabeth Chailloux. L’univers rural irlandais s’affirme dans la mise en scène. La pièce de John M. Synge fut catégorisée en 1907 de diaboliquement immorale lors de sa création à Dublin. Le style et la façon d’annoter certaines situations font penser par analogie à des extraits de La Mégère apprivoisée de Shakespeare. Les personnages sont rudes, un asservissement du aux conditions misérables de leur existence. La bière brune se consomme sans modération, une boisson maitresse qui stimule les sens et endurcit les consciences.
La mise en scène s’accorde avec l’ambiance dégagée dans le texte de Synge. Le rythme est dense, les réparties à la fois perspicaces et spontanées. Les comédiens manifestent l’envie de faire vivre cette pièce avec l’arrière gout de folklore irlandais qui s’en dégage. Les sous-entendus sont subtils et exprimés dans un gaélique au parfum terroir. Dynamisme et imprévu définissent l’interprétation de Cassandre Vittu de Kerraoul (Pegeen). Quête d’inspiration et âpreté caractérisent la personnalité de Christopher Mahon, joué par Thomas Durand. Malmené entre impertinence et mensonge, il se prête au jeu du parfait séducteur qui tyrannise l’émotionnel des jeunes filles en émoi sous ses yeux.  Les autres comédiens ne sont pas en reste car ils se répartissent d’aise l’espace scénique et cela donne de l’ampleur à la pièce. Le Baladin du Monde Occidental, le choix d’un texte sombre d’Elisabeth Chailloux qui ne laisse à aucun moment le spectateur perplexe. Une pièce intense dont l’assurance passe par la qualité de la mise en scène et l’interprétation de bons comédiens.

Le Baladin du Monde Occidental
De John M. Synge
Mise en scène Elisabeth Chailloux, assistée d’Isabelle Cagnat
Texte français Françoise Morvan
Scénographie et lumière Yves Collet
Costumes Agostino Cavalca
Vidéo Michael Dusautoy
Son Anita Praz
Avec Isabelle Cagnat, Valentine Carette, Etienne Coquereau, Jean-Charles Delaume, Thoams Durand, Serge Gaborieau, David Gouhier, François Lequesne, Catherine Mongodin, Lison Pennec, Cassandre Vittu de Kerraoul

 

Dates de représentation:
Au Théâtre Antoine Vitez à Ivry-sur-Seine, jusqu’au 30 novembre 2011
Le 6 décembre 2011 au Théâtre La Piscine à Châtenay-Malabri

 

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