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Baxter Dury : un album So Bristish

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Eddie Williamson – bscnews.fr / Baxter Dury. Ça, c’est le genre de nom qu’il faut prononcer avec l’accent britannique sous peine de passer pour le franchouillard du coin. Baxter Dury, avec inflexion sur la première syllabe du prénom et du nom, et si possible une lampée de bière juste après. Cet homme est british, il est même Londonien de son état et revendique l’influence de la ville sur son travail. Le flegme british, l’humour british et un talent de compositeur indécrottable. Oui, indécrottable, je n’ai jamais écrit ce mot de toute ma vie, il faut un début à tout.

Ses deux premiers albums ont été très bien accueillis par la critique, un peu moins par le public puisqu’il n’en a pas vendu des tonnes et s’en est suivi une période de quatre ou cinq ans assez difficile de, j’imagine, remise en question et remise au boulot. D’ailleurs je me demande toujours comment un artiste se débrouille dans ces moments-là. Tu t’es lancé dans la musique (pour Dury c’était en 2000, à l’âge 30 ans), t’as réussi à décrocher un contrat avec une maison de disques (Rough Trade, pas d’la crotte), t’arrives à te démerder pour enregistrer tes albums dans les meilleures conditions, on t’encense, et patatras, tu ne reçois plus d’appel. Baxter, que je me permets d’appeler par son prénom parce qu’on ne se connaît pas du tout, qui a passé son enfance trimbalé à droite à gauche par son dingo de papa Ian Dury (figure culte de la new wave) et qui a dû bataillé pour se détacher de cette ombre, avait selon moi déjà suffisamment d’expérience dans sa vie pour gérer correctement cette relative traversée du désert. En tout cas ce disque en témoigne avec éclat.

Il a donc bossé à droite à gauche avec d’autres artistes (dont Alister), s’est remis progressivement à écrire des démos et déclare maintenant connaître en ce moment un pic de créativité. « Peut-être », précise-t-il (source). Bon, et puis il a signé avec la vacillante major du disque EMI. Forcément, la grosse machine arriverait à faire parler n’importe qui de n’importe quoi. Mais pour le coup, c’est d’la bonne.

« Crotte alors », me suis-je dit (c’est pas vrai) en écoutant « Isabel ». Ce pourrait-il que ce filou de Julien M. d’EMI ait enfin réussi à me filer un album de vraie bonne musique, avec des paroles intelligentes et drôles, des morceaux qui te rentrent dans la tête sans que t’aies rien demandé et sans que tu te plaignes par la suite ? Pas possible.

J’aime la retenue, cette sorte de minimalisme qui n’en est pas vraiment un, d’un morceau comme « Claire » où tout repose sur une rythmique simplissime, et puis avec juste un instrument non identifié et quelques mots, Baxter et sa complice Madelaine Hart racontent leurs histoires farfelues de filles et de déceptions. Une rythmique, une petite mélodie jouée au clavier ou à la guitare, les mots délicatement posés de Dury, la charmante voix de la tout aussi charmante Madelaine qui offre une légèreté bienvenue à l’ensemble des morceaux, voilà la recette de l’album. C’est simple, c’est beau.

Et puis en prêtant encore un peu plus attention, en réécoutant l’album une fois, deux fois, treize fois, les paroles font de plus en plus sens, des petits détails sautent aux yeux, le petit solo de guitare de l’excellentissime « Picnic on the Edge » a décidément une sacrée gueule, et petit à petit les références (plus ou moins) évidentes (Pulp, Gainsbourg) s’éclipsent et Baxter Dury s’est, en l’espace de sept morceaux, imposé, pour moi, comme le meilleur représentant d’un rock indépendant britannique élégant et délicat. Sept, car les trois derniers titres de l’album ne m’ont pas du tout plu, mais c’est un détail.

In Baxter I trust.

Sorti le 16 août 2011 (EMI)
BONUS : Baxter Dury « Happy Soup »

En écoute sur Deezer : http://www.deezer.com/fr/music/baxter-dury/happy-soup-1235240

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