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Kmye chan - Boredom

Kmye Chan et ses belles intransigeantes

INTERVIEW DE KMYE CHAN – Propos recueillis par Julie Cadilhac– PUTSCH.MEDIA/ Illustrations de Kmye Chan Bonjour Kmye Chan, définiriez-vous votre univers d’onirique? Oui, tout à fait. La place du rêve est très importante dans mon travail : le réalisme, l’ordinaire ou le quotidien ne sont pas des sujets qui m’intéressent vraiment… J’aime dessiner des idées […]

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INTERVIEW DE KMYE CHAN – Propos recueillis par Julie CadilhacPUTSCH.MEDIA/ Illustrations de Kmye Chan

Bonjour Kmye Chan, définiriez-vous votre univers d’onirique? Oui, tout à fait. La place du rêve est très importante dans mon travail : le réalisme, l’ordinaire ou le quotidien ne sont pas des sujets qui m’intéressent vraiment… J’aime dessiner des idées et des associations surprenantes et improbables, qui relèvent souvent de l’univers du rêve, ou de la rêverie.
Quel(s) courant(s) influence(nt) votre trait? Citeriez-vous une toile, un peintre qui vous subjugue par son génie? Il y en a beaucoup, en fait. Quand adolescente j’ai commencé à dessiner, mon style était principalement inspiré par les mangas japonais et les BD franco-belges. Ce sont des influences qu’on retrouve encore dans mon travail, au niveau de ma façon de dessiner les personnages surtout. Mais j’ai aussi eu la chance d’avoir des parents qui m’ont emmenée (traînée ?) dans les musées, les églises, les lieux de culture quand j’étais plus jeune… et en développant mon travail, de fil en aiguille, j’ai en quelque sorte redécouvert toutes ces oeuvres que j’avais vues dans mon enfance et qui avaient marqué mon esprit. De fait, depuis quelque temps, mon travail s’enrichit aussi en s’inspirant des peintres flamands et italiens de la Renaissance, de certains peintres du XVIIème siècle, notamment Rembrandt, ou encore des peintres surréalistes du XXème siècle. Si je ne devais citer qu’une oeuvre, là comme ça tout de suite… je dirais « Les Epoux Arnolfini » de Van Eyck. C’est une oeuvre que j’ai eu l’occasion de voir en vrai à Londres, je suis restée bloquée dessus pendant plus d’une heure. Une vraie merveille.
Sur quels supports travaillez-vous et avec quels matériaux? Je travaille quasiment exclusivement sur papier. Je dessine aux crayons, puis je trace mes lignes définitives à l’encre de Chine. Ensuite, je fais la couleur en mélangeant des feutres à alcool, de l’acrylique, de l’aquarelle et des crayons. C’est une petite tambouille, j’aime bien mélanger les techniques, les matières, et expérimenter.
Vos sujets sont-ils résolument féminins? Je ne sais pas. La majorité de mon public est féminin, mes personnages sont presque toujours féminins, mais il y a tout de même une part non négligeable d’hommes parmi les gens qui suivent mon travail, donc j’imagine que mes sujets touchent aussi les esprits masculins ! C’est certain que je puise mon inspiration dans mes sentiments et mes ressentis… d’où le fait que je ne dessine que des jeunes filles, c’est un peu moi que je dessine à travers elles. Mais même si pour l’instant je n’arrive à transmettre ces émotions qu’à travers des personnages féminins, ça ne veut pas forcément dire qu’il s’agisse d’émotions exclusivement féminines.
Auriez-vous aimé vivre au temps des corsets et des grands jupons? Pourquoi cette récurrence dans les costumes? Non, à vrai dire j’ai porté le corset pour des raisons médicales étant plus jeune et je ne peux pas dire que j’aie beaucoup apprécié l’expérience ! Pour moi, au contraire, le corset, la grande robe représentent plutôt des contraintes : c’est l’enfermement, la restriction sociale, la politesse et l’élégance de façade… Surtout les corsets, que j’ai du mal à voir comme le symbole de séduction, de femme fatale qu’ils représentent dans l’imaginaire de beaucoup de gens. Après, il y a aussi les considérations esthétiques : je suis très fifille… j’aime les belles robes de princesse et les jolies chaussures, une vraie addiction ! Donc selon le dessin, le costume peut soit être un symbole de pression extérieure, et dans ces images, très souvent le costume se transforme en quelque phases - Kmye Chanchose qui va délivrer le personnage de cette pression… soit mon côté princesse qui s’exprime !
Vos sujets ont des profils de héros d’héroic fantasy dans le sens où l’on décèle une force sauvage, presque non civilisée et relativement pure…je me trompe? Oui, c’est vrai. Disons que ces personnages expriment des émotions très fortes, voire violentes, ce qui se traduit souvent par des expressions qui donnent une impression de force brute. De manière générale j’ai toujours eu une fascination pour les personnages, et notamment héroïnes de livres, chez qui l’ont retrouve cette force brute, pure et intransigeante, qui va souvent à l’encontre de la raison : l’Electre de Giraudoux, ou Catherine Earnshaw des Hauts de Hurlevent, par exemple (pas d’exemple de personnage d’héroic fantasy qui me viennent à l’esprit, je n’en lis quasiment pas en fait…!).
Un personnage de Kmye Chan se fond-il systématiquement dans le décor? La nature et l’ humain semblent, par exemple, s’entremêler souvent dans vos dessins… Je ne dirais pas vraiment que mes personnages se fondent dans le décor, plutôt qu’ils en font souvent partie intégrante.
Le temps et la métamorphose sont des thèmes récurrents, non? Oui, surtout la métamorphose, en fait. J’ai un rapport assez particulier au corps, et les modifications du corps sont une chose qui m’a toujours intriguée et interpellée. J’aime dessiner des corps modifiés, qui se prolongent, se transforment, et trouver une certaine beauté étrange dans ces corps. En plus, la métamorphose permet de symboliser beaucoup de choses et d’émotions différentes : c’est l’image même d’un état d’inconfort, d’une souffrance. Les possibilités sont infinies. Le temps est aussi un de mes sujets de prédilection : je ne sais pas vraiment pourquoi, mais le temps qui passe est un sujet auquel je pourrais consacrer des milliers de dessins sans me lasser.
Parlez-nous, par exemple de la création de « Petite Musique Mécanique »… C’est un dessin que j’ai réalisé en 2008, à une période de ma vie un peu difficile. A cette époque, dessiner était vraiment une échappatoire pour moi, un moyen de relâcher la pression et de me vider la tête des problèmes du quotidien. J’avais passé des heures et des heures sur une première version de ce dessin, qui ne me satisfaisait pas : composition trop banale, couleurs mal choisies, ombres mal placées… J’ai horreur de recommencer un dessin, c’est très rare que ça m’arrive, mais j’aimais vraiment cette idée de fille-automate, jouant du violon sur la clé qui sert à la remonter. Du coup j’ai mis à la poubelle la première version et j’ai fait celle-ci, beaucoup plus rapidement que la première version : cette fois-ci, ça coulait de source ! C’était la première fois que je m’essayais à ce type de décor courbe, presque comme un fisheye en photo. Il y a quelques erreurs que je ne ferais plus si je l’avais fait aujourd’hui, mais dans l’ensemble, c’est un des rares dessins de cette époque que je revois encore avec plaisir.
petite musique mécanique - Kmye ChanVous terminez un phd en biologie? Ces études influencent-elles votre travail d’illustration? Je commence actuellement ma troisième année de doctorat de biologie. En fait, je cloisonne beaucoup mon travail de recherche et mon travail d’illustration : le dessin me permet de faire quelque chose de complètement différent, de me changer les idées, de ne pas tourner en rond. C’est ma petite bouffée d’oxygène.
Enfant, que lisiez-vous? quelle histoire vous transportait loin, très loin dans un imaginaire sans cesse renouvelé? J’étais une boulimique de lecture étant petite. Je lisais des tonnes de livres, sans arrêt. De tout et de n’importe quoi. Des romans d’aventure, des romans policiers, des BD, puis plus tard des mangas aussi. Un livre qui m’a marqué, ce serait « L’Histoire Sans Fin » de Michael Ende : je devais avoir 8 ans quand je l’ai lu, je l’ai dévoré de bout en bout en quelques jours, ça avait été une révélation. Et tous les livres de Roald Dahl ! J’adorais surtout « Matilda », je l’ai lu une douzaine de fois au bas mot (j’adore relire mes livres préférés).
Si vous deviez recevoir un livre, un album, un portfolio sous votre sapin…lequel souhaiteriez-vous? Ouh là ! Trop compliqué, il y en a trop…!

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