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La contre-attaque d’Elvis Presley sur les Sixties : le temps d’une résurrection

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Blanc comme un smoking de crooner invétéré. Noir comme un cuir sex-symbol. Tel est le double visage du King lorsqu’il apparaît sur les écrans de NBC en ce mois de décembre 1968. En cette année, Elvis est déjà considéré comme un dinosaure. Quinze ans dans le métier, à cette époque, c’est une éternité, seuls ses deux anciens comparses de tournée, Johnny Cash et Jerry lee Lewis, ont fait aussi bien. Cela fait huit ans que les Américains n’ont plus vu leur messie à la télévision. La dernière fois c’était pour un show avec Sinatra. Il faut dire que le kid de Memphis a perdu la bataille des sixties. Lui, l’axiome des fifties, le paradigme du rock binaire, n’a pas compris les bouleversements socio-culturels qui se sont opérés durant ces années-là. Pour schématiser, il est pris en sandwich entre une Amérique pré-révolutionnaire et des hordes de chevelus partis sur les routes chercher l’utopie. C’est pourquoi la contre-attaque s’amorce en juin 1968. L’opération va durer une dizaine de jours, le temps d’une résurrection. En premier lieu, il faut du neuf musicalement. Presley s’isole dans les studios d’Hollywood avec ses musiciens. Deux pépites en sortent, Memories et le naïf et néanmoins fabuleux If I can dream, préfigurant le style qu’il va développer durant la décennie suivante (grosse production, orchestrations soul/gospel). Sa fougue vocale s’est dissipée, à l’âge du Christ celle-ci a mûri, elle s’est légèrement éraillée mais la grâce à l’état brut est toujours là. Pour la seconde phase, le public est appelé à la rescousse aux NBC Studios, un public qu’Elvis n’a plus vu dans les yeux depuis sa tournée de 1957. Deux spectacles lui est offert. Un Stand Up Show où Elvis propose un florilège de ses hits tout en énergie et élégance. Insérés dans la setlist, émergent deux medleys d’anthologie orchestrés royalement par Billy Goldenberg. Vient ensuite un Sit Down Show plus intimiste. Cette partie du spectacle, proche de la jam-session, est centré autour d’une formation musicale basique. Le maître étant entouré de ses musiciens historiques (Scottie Moore, DJ Fontana, déjà présents sur les mythiques enregistrements Sun, ainsi que Charlie Hodges et Alan Fortas). On y entend un Elvis décontracté, content d’être avec ses vieux potes de la première époque, rejouant sa genèse musicale avec un plaisir non dissimulé. D’un point de vue de l’objet lui-même, je vous recommande le double album sortie à l’occasion du trentième anniversaire plutôt que le coffret quatre CD publié l’année dernière pour le quarantième quelque peu longuet avec l’ensemble des répétitions et des soundchecks. Je finirai avec la remarque de John Landau, manager et producteur de Bruce Springsteen, qui avait parfaitement résumé l’événement : «Il y a quelque chose de magique à voir un homme qui s’était égaré, retrouver le chemin de la maison».

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