Guerre en Iran : des centaines de morts, le Golfe en feu — le monde retient son souffle

par

C’est donc fait. Ce samedi 28 février 2026, au petit matin, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive conjointe massive contre l’Iran. Opération « Epic Fury » côté américain, « Roaring Lion » côté israélien — on appréciera le lyrisme guerrier de ces noms de code, comme si bombarder un pays de 90 millions d’habitants relevait d’un scénario hollywoodien. Pendant que Donald Trump filmait son allocution depuis Mar-a-Lago, exhortant le peuple iranien à « s’emparer du pouvoir », des familles de Téhéran recevaient des SMS du gouvernement les enjoignant à fuir la capitale.

Les faits, d’abord. Selon l’armée israélienne, environ 200 avions de combat ont frappé quelque 500 cibles militaires à travers l’Iran, dans ce que Tsahal qualifie de « plus grand raid aérien de son histoire ». D’après l’AFP, les premières détonations ont retenti à Téhéran dès les premières heures du matin, avec des panaches de fumée noire s’élevant au-dessus du quartier de Pasteur — celui-là même qui abrite la résidence du guide suprême Ali Khamenei et la présidence iranienne. Sept impacts de missiles ont été confirmés dans ce secteur par l’agence Fars. Des images satellite captées par Airbus montrent plusieurs bâtiments lourdement endommagés ou détruits à l’intérieur de l’enceinte du guide suprême, selon NBC News. L’armée israélienne a par ailleurs revendiqué avoir visé « plusieurs réunions de hauts responsables iraniens à Téhéran ». Selon la télévision publique israélienne, Khamenei et le président Massoud Pezeshkian figuraient parmi les cibles. Le guide suprême aurait été transféré dans un lieu sûr, selon une source iranienne citée par Reuters. Son ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré sur NBC que Khamenei était vivant « pour autant que je sache » et que « tous les hauts responsables » étaient en vie. La télévision d’État iranienne avait annoncé dans la matinée que Khamenei ferait une apparition publique — des heures plus tard, elle n’avait toujours pas eu lieu.

Les frappes ne se sont pas limitées à la capitale. D’après les médias iraniens et l’agence Fars, des explosions ont été signalées à Ispahan — site d’un complexe nucléaire majeur —, Qom, Tabriz, Karaj, Kermanshah, Chiraz, Bouchehr et Lorestan. Des explosions ont également été entendues près de l’île de Kharg, par laquelle transite 90 % des exportations pétrolières iraniennes. Le Croissant-Rouge iranien a recensé, en fin de journée, au moins 201 morts et 747 blessés, précisant que 24 des 31 provinces du pays avaient été touchées. Plus terrible encore : au moins 85 personnes auraient péri dans une frappe contre une école primaire de filles à Minab, dans le sud du pays, selon le gouverneur du district Mohammad Radmehr, cité par CNN. Ce bilan a été revu à la hausse au cours de la journée par les autorités iraniennes. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a publié sur les réseaux sociaux une image qu’il dit être de l’école détruite, dénonçant le massacre d’« enfants innocents ».

La riposte iranienne n’a pas tardé. Téhéran a déclenché ce que ses médias ont baptisé « Promesse fidèle 4 », lançant des salves de missiles balistiques et de drones en direction d’Israël et de plusieurs bases américaines dans le Golfe. Des sirènes ont hurlé à Jérusalem, Tel Aviv et Haïfa. Des explosions ont été entendues à Jérusalem par des journalistes de l’AFP. Les habitants de Tel Aviv ont passé la journée à courir entre leurs logements et les abris, les alertes ayant retenti plus d’une douzaine de fois, selon un journaliste de CNN sur place. Israël a instauré un « état d’urgence spécial et immédiat » sur l’ensemble du territoire, interdisant les rassemblements, le travail et l’école. Le service d’ambulances Magen David Adom a annoncé avoir traité 89 blessés légers, la grande majorité de manière indirecte. Le siège de la Cinquième Flotte américaine à Bahreïn a été frappé par un missile, selon les autorités bahreïniennes — l’ambassade des États-Unis à Bahreïn a annoncé sa fermeture pour le dimanche 1ᵉʳ mars. Au Koweït, d’après le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani, un missile iranien a causé des « dégâts importants » sur la piste d’une base aérienne accueillant des militaires italiens. Le ministère koweïtien de la Défense a confirmé que la base Ali al-Salem avait été visée, faisant état de trois soldats légèrement blessés. Aux Émirats, au moins une personne a été tuée à Abou Dhabi par des débris de missile, d’après le ministère de la Défense émirati. À Dubaï, selon des témoins cités par l’AFP, une explosion a été entendue du côté de l’île artificielle The Palm, où un hôtel a été touché, faisant quatre blessés selon France 24. L’aéroport international de Dubaï, le plus fréquenté au monde pour les vols internationaux, a suspendu ses opérations « jusqu’à nouvel ordre ». Le Qatar a intercepté un missile iranien grâce à ses batteries Patriot américaines, selon un responsable qatari cité par l’AFP. L’Arabie saoudite, l’Irak et la Jordanie ont également confirmé avoir intercepté des missiles visant leur territoire. Et dans le sud de la Syrie, la chute d’un missile iranien a fait quatre morts, d’après l’agence officielle syrienne Sana.

L’Irak a fermé son espace aérien. Israël aussi. Air France a annulé ses vols vers Dubaï, Riyad, Tel Aviv et Beyrouth. L’ambassade russe à Téhéran a appelé ses ressortissants à quitter le pays. Selon Reuters, citant un responsable de l’opération européenne Aspides, les Gardiens de la Révolution ont commencé à émettre des messages radio VHF aux navires : « Aucun navire n’est autorisé à passer le détroit d’Ormuz. » Le trafic maritime a commencé à ralentir, sans être encore totalement interrompu. On mesure l’ampleur du chaos à la vitesse à laquelle les portes de sortie se ferment.

L’après-midi n’a apporté aucun répit. Vers 16 h 30 (heure de Paris), l’armée israélienne a annoncé une « nouvelle vague de frappes » visant des lanceurs de missiles et des systèmes de défense aérienne dans le centre de l’Iran. Selon la chaîne israélienne Channel 12, citant des sources gouvernementales, les dirigeants militaires et politiques israéliens prévoient que la première phase de l’opération durera quatre jours. Un responsable israélien cité par CNN a précisé qu’Israël se préparait à « plusieurs jours de frappes, et davantage si nécessaire ». Les États-Unis et Israël ont travaillé conjointement « pendant des milliers d’heures » pour constituer la banque de cibles, selon un officiel militaire israélien cité par NBC News. Dans la soirée, l’Internet iranien est tombé à 4 % de sa capacité normale, selon l’observatoire NetBlocks — un black-out quasi total, réplique de la méthode employée lors de la répression des manifestations de janvier. De son côté, la représentation permanente de l’Iran à Vienne a demandé, dans une lettre adressée à Rafael Grossi, la tenue d’une « réunion extraordinaire et urgente » du Conseil des gouverneurs de l’AIEA.

Côté réactions internationales, c’est le festival des formules creuses. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a « condamné l’escalade militaire » et appelé à « l’arrêt immédiat des hostilités ». Le haut-commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, a « déploré » les frappes en rappelant que « ce sont les civils qui finissent par en payer le prix ultime ». La Russie, par la voix de Sergueï Lavrov, a condamné une « attaque armée non provoquée » violant « les principes du droit international ». L’Ukraine de Zelensky, elle, a salué la « détermination » américaine, y voyant une « chance » pour le peuple iranien de se débarrasser d’un « régime terroriste » — le cynisme géopolitique dans toute sa splendeur. L’Arabie saoudite a condamné les frappes iraniennes sur ses voisins du Golfe, sans un mot sur les bombardements américano-israéliens qui les ont provoquées. Les Émirats arabes unis ont qualifié la journée de « moment historique » pour le Moyen-Orient, estimant que les dirigeants mondiaux avaient « échoué à garantir la stabilité de la région ».

À Londres, le Premier ministre Keir Starmer a présidé dans la matinée une réunion d’urgence du comité COBRA, entouré de ministres, de chefs militaires et de responsables du renseignement. Puis il s’est exprimé depuis Downing Street dans une déclaration vidéo publiée sur X. Le Royaume-Uni n’a joué « aucun rôle » dans ces frappes, a-t-il affirmé. Mais — et c’est ici que les choses deviennent intéressantes — il a dans la foulée qualifié le régime iranien d’« absolument abject », accusé Téhéran d’avoir « assassiné des milliers de ses propres citoyens, écrasé brutalement la dissidence et cherché à déstabiliser la région ». Surtout, Starmer a révélé que des avions britanniques étaient « dans le ciel aujourd’hui » au-dessus du Moyen-Orient, dans le cadre d’« opérations défensives régionales coordonnées pour protéger nos intérêts et nos alliés ». Selon un responsable du Foreign Office cité par Middle East Eye, le gouvernement britannique avait été informé des frappes dès vendredi après-midi. « Nous n’y avons pas participé, mais nous étions au courant et nos chasseurs sont en l’air » : la nuance est à peine voilée.

Et la France ? Emmanuel Macron a réagi en début d’après-midi sur X, parlant de « graves conséquences pour la paix et la sécurité internationale ». Il a demandé « une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations unies ». Lors d’un conseil de défense à l’Élysée à 18 heures qu’il a organisé seul — de façon assez dérangeante sur le plan diplomatique —, il a précisé à la presse présente que la France n’avait été « ni prévenue, ni impliquée » dans ces frappes, ajoutant « tout comme d’ailleurs l’ensemble des pays de la région et nos alliés ». Sauf que Londres, justement, était prévenu dès la veille. Paris, non. On appréciera le niveau d’information du « allié » français. « Nul ne peut penser que la question du nucléaire iranien se résoudra simplement par des frappes », a-t-il poursuivi. Il a exprimé son inquiétude face à « des frappes israéliennes qui visent de plus en plus des objectifs sans lien avec le programme nucléaire et balistique iranien, et un nombre croissant de victimes civiles ». Puis il a chargé Jean-Noël Barrot de prendre « une initiative avec les proches partenaires européens afin de proposer un règlement négocié ». La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont publié une déclaration conjointe affirmant n’avoir « pas participé à ces frappes » tout en condamnant « avec la plus grande fermeté les attaques iraniennes contre les pays de la région ». La formule a le mérite de contenter tout le monde et personne à la fois. On attend avec impatience le résultat de cette initiative diplomatique — lancée par un président que Washington n’a même pas jugé utile de prévenir — face à 200 avions de chasse et des centaines de missiles en vol. Notons que côté français, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a envoyé un télégramme aux préfets demandant la « mise en vigilance » des forces de sécurité, avec un renforcement autour des représentations diplomatiques. Le niveau Vigipirate, déjà au maximum — « urgence attentat » —, n’a pas été relevé. Il n’y a tout simplement plus de cran au-dessus.

Benjamin Netanyahu s’est finalement exprimé dans une déclaration vidéo, remerciant Trump pour « son leadership historique ». « Ce régime terroriste et meurtrier ne doit pas être autorisé à s’armer de l’arme nucléaire qui lui permettrait de menacer l’humanité entière », a-t-il déclaré. Puis, dans une référence à la fête de Pourim, qui commémore la victoire des Juifs de l’empire perse sur ceux qui cherchaient à les détruire : « Il y a 2 500 ans, dans la Perse antique, un tyran s’est dressé contre nous avec le même objectif : anéantir notre peuple. Aujourd’hui encore, à Pourim, le sort a été jeté, et à la fin, ce régime maléfique tombera lui aussi. » Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, a confirmé que Trump et Netanyahu s’étaient parlé par téléphone dans la journée et que le secrétaire d’État Marco Rubio avait briefé sept des huit membres du « gang of eight » du Congrès avant le lancement des frappes.

Soyons lucides. Ce qui se joue depuis ce matin dépasse largement le dossier nucléaire iranien. Trump n’a même pas pris la peine de le dissimuler : en appelant les Iraniens à « reprendre leur gouvernement », il a affiché sans ambiguïté un objectif de changement de régime. Le dossier nucléaire, les négociations avortées de Genève le 27 février — alors même que le médiateur omanais avait parlé de « progrès significatifs » —, tout cela n’était qu’un habillage. Un diplomate du Moyen-Orient ayant une connaissance directe des négociations a confié à CNBC : « Une fois de plus, quand les négociations se rapprochent du succès, Israël est intervenu pour court-circuiter la diplomatie. » La vraie partition se jouait depuis des semaines, avec le déploiement de l’USS Gerald Ford en Méditerranée et de l’USS Abraham Lincoln dans le Golfe, et cette phrase glaçante de Trump lors de son discours sur l’état de l’Union du 24 février : « L’Iran relance son programme nucléaire. »

Pendant que les chancelleries comptent les morts et rédigent des communiqués, une source de sécurité israélienne a prévenu l’AFP : les frappes continueront « aussi longtemps que nécessaire ». Le puissant groupe pro-iranien Kataëb Hezbollah en Irak a annoncé son intention de lancer des attaques imminentes contre des bases américaines — de nouvelles frappes ont d’ailleurs touché une base militaire irakienne abritant le groupe, quelques heures après une première attaque ayant tué deux combattants. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, favori démocrate pour 2028, a estimé que cette guerre était « illégale et dangereuse ». Aux États-Unis même, plusieurs alliés de Trump ont publiquement exprimé leur malaise. Andrew Kolvet, porte-parole de Turning Point USA, a déclaré sur le Charlie Kirk Show : « Nous devons admettre honnêtement que cette opération n’a pas été suffisamment vendue au peuple américain. » Le Conseil de sécurité de l’ONU, dont la présidence tournante est assurée ce mois-ci par le Royaume-Uni, doit se réunir en urgence à 22 heures, heure de Paris. La question n’est plus de savoir si la situation va dégénérer. Elle a déjà dégénéré. La seule question qui vaille désormais : jusqu’où ?

Laissez votre commentaire
🔥 Soutenir Putsch »
Putsch
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

Il vous reste

1 article à lire

M'abonner à